Capitaine James Flint : le redoutable stratège de Black Sails
Dans L'Île au trésor, paru en feuilleton en 1881-1882 puis en volume en 1883, le capitaine Flint est déjà mort quand le récit commence. Robert Louis Stevenson lui accorde très peu : une initiale, J., un navire, le Walrus, un trésor enterré, et une date inscrite sur la carte, 1754. Rien d'autre.
Le capitaine James Flint que la plupart des gens ont en tête aujourd'hui vient d'ailleurs : de Black Sails, diffusée sur Starz de 2014 à 2017, qui a été écrite pour remplir précisément ce vide. La série lui invente un nom d'avant, James McGraw, un passé d'officier de la Royal Navy, et le pose à Nassau en 1715 au milieu de pirates qui, eux, ont bel et bien existé.

Tu vas repartir d'ici en sachant qui est inventé, qui est attesté, ce que la série condense, pourquoi le Walrus n'est pas un choix de navire anodin, et comment séparer les trois couches (roman, série, archives) sans t'emmêler.
- Le capitaine Flint est un personnage de fiction créé par Stevenson en 1883, mort avant la première page du roman.
- Black Sails (4 saisons, Starz, 2014-2017) est une préquelle : elle invente son passé sous le nom de James McGraw, avec Toby Stephens dans le rôle.
- Autour de lui, la série place des pirates attestés de l'âge d'or : Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Barbe Noire, et le gouverneur Woodes Rogers.
- Le Walrus vient du roman ; la stratégie du personnage, elle, tient entièrement à Nassau et à l'idée d'un port soustrait à la couronne britannique.
- Il existe au moins quatre Flint distincts, dont un perroquet et un capitaine de dessin animé.
- Côté costume et objets, ce qui signale un capitaine plutôt qu'un matelot tient à peu de choses : veste longue, ceinture large, symboles de commandement.
Flint chez Stevenson : un mort dont tout le monde parle
Dans le roman, Flint n'apparaît jamais. Il est mort à Savannah avant le début de l'histoire, et tout ce qu'on sait de lui passe par ceux qui l'ont servi. C'est un choix d'écriture de Stevenson, et non une négligence de sa part.
Stevenson lui donne un navire, le Walrus, un trésor enfoui sur une île, et une carte annotée de sa main que Billy Bones garde dans son coffre. Sur cette carte figure une date, 1754, associée à la mention de sa mort. Le texte complet est librement consultable, par exemple sur le Projet Gutenberg, et la relecture est instructive : les mentions de Flint tiennent en quelques répliques.
L'équipage, en revanche, est nommé avec soin, et c'est de là que sort la moitié de l'imaginaire pirate moderne :
- Billy Bones, ancien second, qui ouvre le roman en s'installant à l'auberge de l'Amiral Benbow.
- Long John Silver, quartier-maître, cuisinier à bord de l'Hispaniola.
- Israel Hands, canonnier de Flint selon Silver.
- Chien Noir et Pew, deux revenants de l'ancien équipage, chargés de faire monter la peur.
Un personnage absent qui structure tout le récit, c'est rare et c'est efficace : chaque fois que quelqu'un prononce son nom, il ajoute une couche à un portrait que le lecteur ne pourra jamais vérifier. Les scénaristes de Black Sails se sont engouffrés là.
Pour aller plus loin sur ce point : BERT FLINT, sur museeyslmarrakech.com.
Black Sails, la préquelle qui invente son passé
Black Sails est une préquelle assumée : quatre saisons, créées par Jonathan E. Steinberg et Robert Levine, diffusées sur Starz entre 2014 et 2017. L'action se situe à Nassau, à partir de 1715, plusieurs décennies avant les événements du roman.
Le pari d'écriture consiste à donner un avant à un homme qui n'en avait pas. Flint s'appelait James McGraw, lieutenant de la Royal Navy, et la série raconte comment un officier de marine bascule du côté des pirates. Ce passé-là est une invention pure : aucune archive, aucun rôle d'équipage, rien. C'est de la fiction greffée sur de la fiction, et c'est ce qui rend le personnage intéressant.
Toby Stephens le joue en gestionnaire tendu plutôt qu'en bretteur. Il passe plus de temps à compter des parts, à négocier avec des marchands et à convaincre un équipage qu'à croiser le fer. Si tu veux le contexte de production et le ton général de la série, j'en parle ailleurs, dans mon texte sur la série télévisée « Black Sails ».
Un détail de mise en scène mérite d'être noté, parce qu'il vaut aussi pour les objets. À l'écran, un capitaine se reconnaît à trois mètres : veste longue, ceinture large, et un ou deux objets de commandement. Le même principe joue sur un bijou : un anneau large, gravé sur toute sa face externe, se voit à distance quand un jonc fin disparaît sous la manche. Les motifs qui reviennent dans les bagues pirate gravées de symboles de commandement, Jolly Roger, sabres croisés, gouvernail, boussole, sont ceux d'un capitaine, pas d'un matelot. Le poids compte aussi : autour de 10 g, un anneau reste présent au doigt sans devenir encombrant.
Pour aller plus loin sur ce point : Captain James Flint, sur bi.org.
Nassau 1715 : le décor historique réel derrière la fiction
Nassau, sur l'île de New Providence, a réellement servi de base à plusieurs centaines de pirates entre 1706 et 1718 environ. Le port était mal défendu, peu profond, difficile d'accès pour les gros navires de guerre, et l'île se trouvait à portée des routes commerciales espagnoles et anglaises.
Cette période s'achève avec l'arrivée de Woodes Rogers en juillet 1718, nommé gouverneur des Bahamas et porteur du pardon royal offert par la couronne britannique aux pirates qui déposaient les armes. Une partie l'accepte, une autre reprend la mer. La série suit cette bascule d'assez près, en la resserrant sur quelques mois et quelques personnages.
Autour du Flint inventé, on trouve donc des noms qui sortent des archives judiciaires et des procès : Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Edward Teach dit Barbe Noire, Benjamin Hornigold. Leurs dates, leurs captures et leurs fins sont documentées. Ce que la série arrange, ce sont les rencontres, les motivations et les liens de camaraderie, qui relèvent du scénario.
Cinq réflexes suffisent à ne pas confondre les registres pendant un visionnage :
- Chercher le nom dans un index de pirates documentés : Vane, Rackham, Bonny, Teach y sont, Flint et McGraw n'y sont pas.
- Regarder la date annoncée à l'écran et la comparer à celle des faits (l'arrivée de Rogers, la fin de Vane, l'exécution de l'équipage de Rackham en 1720).
- Séparer l'événement de la motivation: un raid peut être attesté, la raison que le scénario lui donne ne l'est jamais.
- Repérer les personnages de liaison, ceux qui n'existent que pour relier une figure réelle à une figure de roman : ce sont presque toujours les inventions du scénario.
- Vérifier dans quel camp l'argent circule: le recel, les marchands, les gouverneurs corrompus sont documentés, les intrigues personnelles beaucoup moins.
Un mot pour éviter le malentendu : la piraterie dont il est question ici est un fait historique daté, jugé et pendu à l'époque. Ce qui se raconte dans une série se regarde comme un récit, pas comme un modèle.
Stratège plutôt que forban : ce qui le distingue des autres capitaines de la série
Le pouvoir d'un capitaine pirate était révocable. L'équipage l'élisait, l'équipage le déposait, et le quartier-maître servait de contrepoids permanent. Les articles de bord, dont plusieurs exemplaires nous sont parvenus par la General History of the Pyrates publiée en 1724, fixaient les parts de butin, les compensations en cas de blessure et les interdits à bord.
Toute la tension du personnage vient de là. Flint ne commande pas, il convainc, il achète du temps, il retarde les votes. Sa méthode passe par le renseignement (qui transporte quoi, quand, sous quelle escorte), par l'alliance politique avec les autorités locales ou contre elles, et par le choix méthodique des cibles. L'abordage arrive tard, quand il arrive.
Le contraste avec les autres capitaines est net. Charles Vane tient son monde par la brutalité et le refus de toute négociation, ce qui marche jusqu'au jour où ça ne marche plus. Jack Rackham fonctionne à la réputation et à la mise en scène, en fabriquant sa propre légende. Trois façons de garder un équipage, trois résultats.
Le commerce compte autant que le canon : sans receleur, une prise ne vaut rien. Eleanor Guthrie, personnage inventé par la série, tient ce rôle et fait de Nassau une place de marché plutôt qu'un simple mouillage. C'est le pivot économique de l'intrigue, et c'est aussi le point où la série est la plus juste historiquement, parce que la piraterie de l'âge d'or a vécu de réseaux marchands complaisants.
Reste la mécanique de préquelle : John Silver et Billy Bones montent en puissance saison après saison, jusqu'à occuper la place qu'ils ont dans le roman. Le spectateur sait où ça va, et la série joue de cette connaissance.
Le Walrus: quel navire pour un capitaine comme lui
Stevenson ne décrit pas le Walrus. Il en donne le nom, l'équipage et le trésor, rien de plus. La série, elle, doit le montrer, et lui donne un navire à trois mâts, gréé carré, armé, capable de tenir tête à un bâtiment de guerre.
Historiquement, les capitaines de l'âge d'or ont surtout travaillé avec plus petit. Le sloop et la goélette tiraient peu d'eau, remontaient mieux au vent et se manœuvraient avec un équipage réduit. Dans les Bahamas, où les hauts-fonds et les passes étroites sont partout, un faible tirant d'eau valait mieux qu'une batterie supplémentaire : on se réfugiait où la frégate ne pouvait pas suivre.

Un gros navire apporte de la puissance de feu, de la place pour le butin et de l'autorité visuelle. Il coûte cher en hommes, se carène difficilement et se voit de loin. Les pirates qui ont armé de gros bâtiments, comme Barbe Noire avec le Queen Anne's Revenge, l'ont fait après avoir commencé sur des unités légères. Ma préférence va aux petits gréements, pour une raison simple : c'est là que la navigation est la plus fine, et les récits de fuite dans les passes sont plus intéressants que les duels d'artillerie.
Sur une maquette ou un set de construction, deux détails renseignent tout de suite. Le nombre de mâts et la forme des voiles d'abord : voiles carrées sur vergues horizontales, ou voiles auriques bordées sur une bôme. La hauteur de la coque ensuite : un franc-bord bas et une coque fine annoncent un navire rapide, une coque haute à deux ponts annonce un porteur. Si ce point t'intéresse, j'ai détaillé le fonctionnement d'un gréement léger dans mon article sur la goélette à trois mâts Tern.
Quatre Flint à ne pas confondre
Le nom circule dans plusieurs œuvres, et la confusion est fréquente, y compris entre un homme et un perroquet. Voici les quatre versions qu'on rencontre le plus souvent.
| Version | Œuvre et date | Statut du personnage | Interprète | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|---|---|
| Capitaine J. Flint | L'Île au trésor, Robert Louis Stevenson, 1883 | Déjà mort au début du récit | Capitaine du Walrus, trésor enterré, date de 1754 sur la carte | |
| Capitaine James Flint (James McGraw) | Black Sails, Starz, 2014-2017 | Personnage principal d'une préquelle | Toby Stephens | Ancien lieutenant de la Royal Navy devenu capitaine à Nassau |
| Capitaine Flint, le perroquet | L'Île au trésor, 1883 | Animal de Long John Silver | Homonyme voulu par Stevenson, source de quiproquos réguliers | |
| Capitaine Nathaniel Flint | La Planète au trésor, Disney, 2002 | Antagoniste, apparaît en ouverture | Transposition spatiale du roman : personnage distinct du Flint de Stevenson |
À cette liste s'ajoutent les adaptations télévisées du roman, qui s'autorisent parfois à montrer Flint dans une scène d'ouverture ou un flash-back, là où Stevenson ne le montre jamais. C'est un ajout d'adaptation, utile au cinéma, absent du texte de 1883.
Adopter la silhouette du capitaine, du costume au bijou
Ce qui fait passer un personnage pour un capitaine tient à la coupe et à la ligne, pas à la quantité d'accessoires. Veste longue jusqu'aux cuisses, ceinture large portée haut sur la taille, chemise à manches bouffantes, bottes à revers, tricorne. Retire la veste longue et il ne reste plus qu'un matelot.
Certaines pièces resservent en dehors d'une soirée costumée : une chemise ample, une ceinture large en cuir, une veste structurée, des bottes. D'autres restent cantonnées au déguisement, la perruque et le tricorne en tête. Pour un enfant, un sabre en mousse ou gonflable convient au jeu ; les répliques décoratives se posent sur une étagère et ne se portent pas dehors, sur la voie publique.
Le détail le plus efficace pour un budget contenu reste la main. Un anneau large gravé se remarque quand on tient une barre, une carte ou un verre, et il ne demande aucun entretien particulier au-delà d'un chiffon doux. C'est aussi la pièce qui survit le mieux à la soirée : elle se garde après.
Elle ne conviendra pas à tout le monde. Si tu travailles avec des gants, les mains dans l'eau ou sur du matériel, un anneau large et gravé accroche et se raye. Si tu portes déjà une alliance fine et que tu tiens à une ligne sobre, un bracelet ou un pendentif fera le même renvoi à l'univers pirate sans occuper la main.
Côté mur et étagère, le décor de Nassau se prolonge facilement : un pavillon noir à œillets accroché à plat, un coffre en bois posé au sol, une maquette ou un set de construction. Pour le choix du navire, la sélection de bateaux pirate permet de comparer les gréements et les encombrements avant de décider de la place qu'on lui donne.
Fin de la série et fin du roman : deux dénouements qui ne disent pas la même chose
Le roman est catégorique : Flint est mort à Savannah, bien avant que Jim Hawkins ne touche à la carte. La série, elle, se termine sur un récit rapporté, et c'est un choix d'écriture qui change tout.
Dans les derniers épisodes, c'est John Silver qui raconte le sort de Flint, et rien ne permet de savoir si sa version est la vraie ou celle qu'il a intérêt à faire circuler. La série laisse la question ouverte volontairement : elle doit se raccorder à un roman où Flint est mort et enterré dans la mémoire des autres, sans pour autant filmer cette mort. C'est un raccord élégant, parce qu'il fait du récit lui-même l'instrument de la disparition.
La date de 1754 portée sur la carte de Stevenson reste, elle, le seul point fixe. Le roman l'associe à Flint sur la carte, sans qu'on sache précisément ce qu'elle date, et elle donne l'écart avec le Nassau de 1715 montré à l'écran : plusieurs décennies séparent les deux œuvres, ce qui laisse au personnage toute une vie non racontée.
Dans quel ordre découvrir les deux ? À mon avis, le roman d'abord, même s'il se voit en trois soirées : les répliques de Silver et de Billy Bones prennent une autre densité quand on a vu la série ensuite, et l'inverse gâche un peu la surprise des retrouvailles de noms. Si tu commences par Black Sails, garde en tête que tu regardes une réponse à un texte, pas une source.
Ce qu'on me demande le plus
Le capitaine James Flint a-t-il réellement existé ?
Non. C'est un personnage inventé par Robert Louis Stevenson pour L'Île au trésor en 1883, puis développé par les scénaristes de Black Sails. Aucun rôle d'équipage, aucun procès, aucune archive coloniale ne mentionne un capitaine Flint. Les pirates qui l'entourent dans la série, en revanche, sont documentés.
Black Sails est-elle une préquelle fidèle à L'Île au trésor?
Elle est cohérente avec le roman sur les points vérifiables : le nom du navire, les personnages de Silver, Billy Bones et Israel Hands, la logique du trésor caché. Tout le reste, notamment le passé militaire de Flint et les intrigues de Nassau, est une création de la série. Stevenson n'a jamais écrit une ligne sur la jeunesse de son capitaine.
Pourquoi Flint s'appelle-t-il James McGraw dans la série ?
Parce que la série lui invente une vie d'avant la piraterie : James McGraw est son nom d'officier de la Royal Navy, et Flint le nom qu'il prend une fois passé de l'autre côté. Ce double nom permet de raconter une bascule plutôt qu'un état, et de tenir quatre saisons sur cette transformation. Le procédé est propre à Black Sails.
Comment meurt le capitaine Flint, dans le roman et dans la série ?
Chez Stevenson, il meurt à Savannah avant le début du récit, et l'on comprend que le rhum y est pour beaucoup. Dans la série, son sort est rapporté par John Silver dans les derniers épisodes, sans que le spectateur puisse vérifier cette version. Les deux œuvres aboutissent au même point, un homme qui disparaît du monde, par deux chemins différents.
Quel est le navire du capitaine Flint et à quoi ressemblait-il ?
Le Walrus, nommé dans le roman sans aucune description. Black Sails en fait un trois-mâts armé, gréé carré, ce qui sert la mise en scène des combats. Les pirates de l'âge d'or ont plus souvent navigué sur des sloops et des goélettes, plus rapides, moins gourmands en équipage et capables de se réfugier dans les hauts-fonds des Bahamas.
Quels pirates de Black Sails ont vraiment existé ?
Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Edward Teach dit Barbe Noire, Benjamin Hornigold et le gouverneur Woodes Rogers sont des figures attestées, dont les dates et les procès sont documentés. Flint, James McGraw, Eleanor Guthrie et Miranda Barlow sont inventés. La série fait cohabiter les deux catégories sans le signaler, ce qui explique la confusion fréquente.
Comment choisir la taille d'une bague large de capitaine ?
Mesure la circonférence du doigt en millimètres : c'est directement la taille française. Un anneau large repose sur une plus grande surface de peau et passe moins bien l'articulation qu'un jonc fin, donc si tu hésites entre deux mesures, prends la plus grande. Pour l'entretien, un chiffon doux et sec suffit ; évite les produits abrasifs sur une gravure noircie, qui s'éclaircit à force de frottements.
« Fifteen men on the dead man's chest
Yo-ho-ho, and a bottle of rum ! »
Robert Louis Stevenson, L'Île au trésor, chapitre I, 1883
Si l'idée d'un anneau gravé de symboles de commandement te reste en tête, les modèles sont regroupés dans la collection de Bagues pirate, avec les tailles disponibles indiquées en millimètres pour chaque référence.