Black Sails : Une série sous-estimée
Black Sails a été jugée sur sa première saison, qui est la plus faible des quatre. C'est mon avis, et il explique une bonne part du malentendu : sur AlloCiné, la note presse tourne autour de 2,6/5 quand les spectateurs la placent à 4,2/5. Deux publics qui n'ont visiblement pas regardé le même nombre d'épisodes.
La série change de nature à partir de la saison 2, quand arrivent les flashbacks de Londres et que l'enjeu cesse d'être le trésor pour devenir le sort de Nassau. Quatre saisons, 38 épisodes et une fin écrite : la série est complète, elle n'a pas été interrompue en cours de route.

Dans cet article : ce que la série tient vraiment côté marine à voile, qui a existé et qui est inventé parmi les personnages, où la regarder en France, et un tableau qui la situe face aux autres fictions pirates selon ce que tu cherches aventure, histoire attestée ou pure fiction.
- 38 épisodes, 4 saisons, diffusion sur Starz de janvier 2014 à avril 2017. La série est terminée, il n'y aura pas de saison 5.
- Ce n'est pas une adaptation de L'Île au trésor: c'est une préquelle située une vingtaine d'années avant le roman de Stevenson.
- Flint et Silver sont des personnages de fiction ; Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Barbe Noire et Woodes Rogers ont réellement existé.
- L'enjeu central n'est pas le trésor de l'Urca de Lima, c'est le sort de Nassau et de sa communauté pirate.
- La saison 1 (8 épisodes) sert de mise en place ; le récit prend son ampleur à partir de la saison 2.
- Côté mer, la série soigne le gréement, les manœuvres et les pavillons, et c'est là qu'elle dépasse la plupart des fictions pirates.
« Un Spartacus avec des bandanas » : l'erreur de jugement la plus répandue
La série a été rangée d'office dans la case action musclée parce qu'elle vient de la chaîne qui a produit Spartacus et que Michael Bay figure au générique de production. Ce qu'on trouve à l'écran est bien plus lent et bien plus bavard que ce que promettait la bande-annonce.
La saison 1 tourne autour d'un journal de bord, d'une page arrachée et de négociations commerciales. Il y a des abordages, mais ils occupent moins de place qu'un vote d'équipage. Le capitaine, dans cette fiction comme dans les usages attestés de l'époque, est élu par les hommes et peut être destitué par eux : une bonne partie de la tension vient de là.
Le vrai sujet, c'est la survie économique de l'île de New Providence qui achète le butin, qui tient le port, qui traite avec les marchands des colonies. Les scénaristes ont écrit un récit politique, navires compris. Si tu attends une série d'abordages, tu vas t'ennuyer ferme pendant six heures ; si tu acceptes le rythme, la saison 1 devient la mise en place d'un jeu de pouvoir qui se referme au dernier épisode.
Une remarque en passant sur les visuels : les affiches, les pavillons et les costumes de la série reposent tous sur du noir profond, parce que c'est la seule base qui garde le contraste d'un motif à visages ou à crâne. C'est vrai à l'écran, et c'est vrai aussi sur un textile imprimé la raison pour laquelle presque tous les t-shirts pirates à fond noir tiennent visuellement là où un fond gris délave le motif.
Préquelle de L'Île au trésor : ce que Black Sails emprunte au roman
La série se situe une vingtaine d'années avant les événements du roman de Robert Louis Stevenson, publié en 1883. Elle raconte comment on en arrive à la situation de départ du livre, pas le livre lui-même.
Ce qu'elle emprunte est facile à lister : le capitaine Flint, John Silver, le nom du Walrus, Billy Bones, et l'idée d'un trésor enterré dont la localisation vaut plus cher que l'or lui-même. Ce qu'elle invente est plus important : la relation entre Flint et Silver, l'origine de la jambe de Silver, et surtout le passé de James McGraw, officier de la Royal Navy devenu pirate.
En pratique, lire le roman avant ne change rien à la compréhension de la série. Le relire après, en revanche, éclaire chaque nom cité dans les premières pages : Bones, la carte, le coffre du mort. Le dernier épisode a manifestement été écrit pour rejoindre le point de départ du livre, et il y arrive.
Sur ce point, Black Indians de La Nouvelle-Orléans (m.quaibranly.fr) donne des repères vérifiables.
Qui a existé, qui est inventé : le partage entre fiction et histoire
La série mêle des personnages inventés et des personnages historiques, qu'il vaut mieux distinguer. Certains personnages sortent du roman de Stevenson ou de l'imagination des scénaristes, d'autres figurent dans les archives et les procès de l'époque.
- Fiction: James Flint (alias James McGraw), John Silver, Eleanor Guthrie, Max, Billy Bones, Thomas et Miranda Hamilton.
- Attestés: Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Edward Teach dit Barbe Noire, Benjamin Hornigold, Woodes Rogers.
- Documenté aussi: la communauté pirate de New Providence, qu'on appelle souvent « République des pirates ». Ce n'est pas une trouvaille de scénaristes ; Nassau a réellement échappé au contrôle colonial pendant quelques années, avant l'arrivée de Rogers comme gouverneur en 1718.
- Mixte: les navires. Les types sont réels, les noms et les équipages sont arrangés pour le récit.
Cette séparation n'est pas un caprice de puriste. Le pavillon attribué à Calico Jack deux sabres croisés sous un crâne appartient à l'histoire de la piraterie, avec toutes les réserves d'usage sur les sources ; celui qu'un personnage hisse dans la série appartient à la fiction. Les deux se valent, ils ne se prouvent pas l'un l'autre. Si tu veux suivre le versant historique d'un personnage précis, la fiche de Anne Bonny montre bien l'écart entre le dossier judiciaire de 1720 et le rôle qu'on lui donne à l'écran.
Ce que la série tient vraiment côté marine à voile
C'est sur la mer que Black Sails est la plus solide. Les types de navires employés sont cohérents avec ce qu'on sait de la piraterie caribéenne : des sloops rapides et à faible tirant d'eau pour la chasse, des brigantins pour les équipages plus nombreux, et en face des navires de ligne autrement plus lourds à manœuvrer.
Les manœuvres tiennent la route. On voit border et amener des voiles, virer, prendre un ris, envoyer une équipe dans la mâture avant que le navire ne change d'amure. On voit aussi un carénage : la coque échouée sur une plage, couchée sur le flanc, pour gratter les coquillages et les algues. C'est un travail long et sale, et le montrer change complètement la crédibilité d'un récit pirate.

Le fonctionnement de l'équipage est le second point fort : les articles signés à l'embarquement, les parts de butin discutées, l'élection puis la destitution du capitaine, l'autorité du quartier-maître à bord. Rien de tout ça n'est décoratif dans la série, c'est le moteur des intrigues.

Ce qui est arrangé, ensuite. La chronologie est compressée, des capitaines s'y rencontrent alors que rien ne dit qu'ils se soient croisés, et le Nassau filmé le tournage a eu lieu au Cap, en Afrique du Sud est nettement plus vaste et plus bâti que le mouillage réel. La place et le pouvoir des femmes à Nassau relèvent, eux, du romanesque plus que du documenté.
Quelques jours passés à regarder des gréements manœuvrer pour de vrai lors d'une fête maritime servent de repère quand on revoit la série : la lenteur d'un navire qui abat, le temps qu'il faut à un équipage pour établir une voile. Black Sails ne triche presque jamais là-dessus, alors que la plupart des films de pirates font tourner un trois-mâts comme un canot.
Par où commencer et où regarder la série
Quatre saisons : 8 épisodes pour la première, 10 pour chacune des trois suivantes, entre 49 et 65 minutes l'épisode. Compte une petite quarantaine d'heures au total.
- Accorde quatre épisodes avant de juger. C'est le temps qu'il faut pour que les alliances de Nassau deviennent lisibles ; avant, on retient surtout des visages.
- Tiens bon jusqu'à la saison 2. Les flashbacks de Londres reconfigurent tout ce qu'on croyait avoir compris de Flint. C'est le vrai départ de la série.
- Regarde en version originale si tu peux. Le vocabulaire de bord et les accents passent mal en doublage ; les ordres de manœuvre y perdent leur sens.
- Choisis un axe de lecture plutôt que de suivre l'intrigue du trésor : c'est la méthode qui rend la saison 1 nettement plus supportable (détail juste en dessous).
- Ne t'arrête pas à la saison 3. Elle est la plus sombre, et la 4 en dépend entièrement.
Côté disponibilité en France : la série est proposée en abonnement sur HBO Max, en achat ou en location sur les plateformes VOD classiques, et elle existe en coffrets DVD et Blu-ray. Elle ne figure pas au catalogue de Netflix France. Les catalogues bougent d'un trimestre à l'autre, donc vérifie avant de t'engager sur un abonnement.
Suivre les arcs plutôt que l'intrigue du trésor
Le trésor de l'Urca de Lima est un moteur d'intrigue, pas le sujet. Quatre axes traversent les quatre saisons, et en choisir un rend le début beaucoup plus clair.
Flint et Silver
Le mentor et l'opportuniste. C'est l'axe principal, celui qui donne son sens au dernier épisode. James Flint est un stratège rongé par une vengeance politique ; Silver commence comme cuisinier menteur et finit par comprendre, avant tout le monde, ce qui gouverne réellement un équipage.
Vane et Rackham
Deux conceptions du commandement qui s'opposent frontalement : la force brute chez Charles Vane, le calcul et la réputation chez Jack Rackham. La série donne à Rackham un rôle bien plus intelligent que la légende ne lui prête d'habitude, et c'est une des bonnes surprises de la saison 3.
Les femmes de Nassau
Eleanor Guthrie tient le commerce et donc le port, Max travaille au renseignement, Anne Bonny se bat dans un équipage. Trois positions différentes dans la même ville, écrites sans faire d'elles des variantes du même personnage.
L'Empire
Woodes Rogers arrive avec la grâce royale en poche, et la question devient : qui accepte le pardon et redevient sujet du roi, qui refuse. Toute la saison 3 bascule là-dessus. Historiquement, cette offre de grâce a bien existé, et elle a réellement dissous une partie de la communauté de Nassau.
Prolonger la série chez soi : textile, pavillon, pièce de vitrine
Black Sails n'a jamais eu de ligne de produits dérivés. Je n'ai trouvé aucun t-shirt ni aucun pavillon officiel de la série, et il faut se méfier de tout ce qui se présente comme tel. Les spectateurs se rabattent donc sur l'univers pirate au sens large, ce qui est finalement plus cohérent avec la série : elle n'a pas de logo, elle a une époque.
Pour le vêtement, deux données concrètes suffisent à juger une pièce de fan. Un grammage élevé, d'abord : le tissu ne se déforme pas à l'épaule après quelques lavages et le col ne s'ouvre pas. Une impression qui supporte le lavage machine à 30 °C, ensuite, sinon le motif s'écaille au bout d'un hiver. Ajoute une troisième vérification : les t-shirts d'univers de fiction taillent souvent petit, donc on mesure son tour de poitrine et on consulte le guide des tailles avant de choisir.
Si tu veux une pièce noire à porter au quotidien ou en convention, avec des visages nettement contrastés sur le fond, celle-ci coche ces critères. Elle vient d'un autre univers que Black Sails, et je préfère le préciser plutôt que de laisser croire à un lien.
Ce t-shirt ne conviendra pas si tu cherches quelque chose de discret : le motif est central, large et immédiatement identifiable, on te reconnaîtra fan de la saga à dix mètres. Pour quelque chose de plus sobre, un motif de pavillon seul, crâne blanc sur fond noir, se porte plus facilement au bureau. Et si l'idée est de fabriquer une silhouette complète pour une fête, une tenue de déguisement montée pièce par pièce ira plus loin qu'un vêtement imprimé.
Pour le mur, un pavillon noir à œillets métalliques reste la solution la plus simple. Deux usages différents : hissé sur une hampe ou une drisse, il faut alors surveiller l'ourlet du guindant et l'œillet supérieur, qui lâchent toujours les premiers ; tendu à plat contre un mur, il fait office de tableau textile et supporte des dimensions plus grandes qu'un poster. Vérifie les cotes annoncées avant de commander : un pavillon de 90 × 150 cm occupe un pan de mur entier.

Pour une étagère, un petit gréement posé à plat prend moins de place qu'on ne croit, et on y distingue mieux les détails que sur une maquette de galion à trois ponts. Un coffre en bois sert de rangement autant que de décor, ce qui est plus honnête qu'un objet purement décoratif.

Où situer Black Sails parmi les fictions pirates
Cinq œuvres très différentes, que l'on confond souvent. Black Sails est la plus adulte du lot et la plus terrienne : elle parle autant de gouverner une île que de prendre un navire.
| Œuvre | Registre | Base historique | Public | Ce qu'on y gagne |
|---|---|---|---|---|
| Black Sails (2014-2017, 38 épisodes) | Drame historique et politique | Nassau, Vane, Rackham, Bonny, Rogers attestés ; Flint et Silver fictifs | Adulte (violence, nudité) | Manœuvres de bord, fonctionnement d'un équipage, enjeux de la République des pirates |
| Pirates des Caraïbes (films) | Aventure fantastique | Décors et vocabulaire empruntés, intrigue inventée | Familial, à partir de 10 ans environ | Personnages devenus des repères communs : Jack Sparrow, Elizabeth Swann, Will Turner |
| One Piece (manga et anime) | Aventure et fantaisie | Aucune, univers autonome | Adolescent et adulte | Pavillons d'équipages, notion de capitaine et de nakama |
| Assassin's Creed IV : Black Flag (jeu) | Action en monde ouvert | Caraïbes de 1715-1722, capitaines réels croisés | PEGI 18 | Navigation, types de navires, cartographie des Caraïbes |
| Dans le sillage des pirates (documentaire) | Documentaire | Fondé sur des épaves et des archives | Tout public | Faits attestés, sans romance |
Pour enchaîner après la série : Black Flag si tu veux rester à Nassau et manœuvrer toi-même, les films Pirates des Caraïbes pour le romanesque assumé, un documentaire d'archéologie sous-marine si l'envie est de vérifier ce que la fiction arrange. Et si un type de navire aperçu à l'écran t'intrigue, les articles du blog consacrés au sloop, à la goélette ou au senau donnent les dimensions et la voilure exactes.
Sur le versant objets, la collection de t-shirts pirates de Piraterie Shop couvre les trois styles du tableau, du motif de pavillon historique aux personnages de fiction : de quoi choisir selon l'univers auquel tu tiens, sans passer par le costume complet.
Ce qu'on me demande le plus
Est-ce que Black Sails est sur Netflix ?
Non, la série ne figure pas au catalogue de Netflix France. Elle est proposée en abonnement sur HBO Max, en achat ou en location sur les plateformes de VOD, et elle existe en coffrets DVD et Blu-ray. Les catalogues changent régulièrement selon les pays, donc une vérification directe sur la plateforme reste plus fiable que n'importe quelle liste publiée il y a six mois.
Quels sont les avis sur la série Black Sails ?
Ils sont nettement partagés selon le public : sur AlloCiné, la presse la note autour de 2,6/5 quand les spectateurs la placent à 4,2/5. Cet écart s'explique en grande partie par la première saison, lente et centrée sur des négociations, que beaucoup de critiques ont jugée sans voir la suite. Les retours de spectateurs qui ont terminé les quatre saisons portent presque toujours sur l'arc Flint/Silver et sur la qualité des scènes de mer.
Le capitaine Flint a-t-il réellement existé ?
Non. Flint est un personnage de fiction créé par Robert Louis Stevenson pour L'Île au trésor en 1883 ; dans le roman, il est déjà mort quand l'histoire commence. La série lui invente une identité antérieure, James McGraw, officier de la Royal Navy. En revanche, plusieurs personnages qui l'entourent à l'écran sont historiques : Charles Vane, Jack Rackham, Anne Bonny, Barbe Noire, Woodes Rogers.
Comment le capitaine Flint est-il mort ?
Chez Stevenson, Flint meurt à Savannah, rongé par le rhum, et ses dernières paroles sont rapportées par Billy Bones. La série choisit une autre voie, plus ambiguë : sa disparition y est racontée par Silver, et rien ne permet au spectateur de savoir avec certitude ce qui s'est réellement passé. C'est un des choix d'écriture les plus discutés par les spectateurs, et je ne t'en dirai pas plus si tu n'as pas terminé la saison 4.
Faut-il avoir lu L'Île au trésor avant de regarder Black Sails ?
Ce n'est pas nécessaire : la série se comprend seule et n'exige aucune connaissance préalable du roman. Le lire ou le relire après le dernier épisode donne en revanche une deuxième couche de lecture, parce que la moitié des noms des premiers chapitres deviennent des personnages qu'on a suivis pendant quatre saisons.
Comment porter et entretenir un t-shirt pirate imprimé sans l'abîmer ?
Lavage machine à 30 °C pour les modèles qui le précisent, retourné sur l'envers, et séchage à l'air plutôt qu'au sèche-linge : c'est la chaleur qui craquelle une impression, plus que l'eau. Le fer se passe à l'envers, jamais directement sur le motif. Pour la taille, mesure ton tour de poitrine et compare-le au guide des tailles : sur les modèles signalés comme taillant petit, une taille au-dessus évite un col qui tire aux épaules.
Y aura-t-il une saison 5 de Black Sails ?
Non. La série s'est arrêtée volontairement après quatre saisons, en avril 2017, avec une fin écrite à l'avance pour rejoindre le point de départ du roman de Stevenson. Ce n'est pas une annulation en cours de route, ce qui reste un argument sérieux pour se lancer dans 38 épisodes.
« Quinze marins sur le coffre du mort, Yo-ho-ho, et une bouteille de rhum ! » Robert Louis Stevenson, L'Île au trésor, 1883.