Le trésor de Bartholomew Sharpe : La fortune cachée du boucanier
Le 29 juillet 1681, au large de la côte de l'actuel Équateur, l'équipage de Bartholomew Sharp arraisonne le galion espagnol Rosario. Dans la cale : des jarres de vin et de brandy, du cacao, et des barres d'un métal terne que les hommes prennent pour de l'étain. C'était de l'argent brut, et ils n'en rapportèrent qu'une part. Le butin qui a vraiment compté tenait, lui, dans un livre relié.

Le trésor de Bartholomew Sharpe fait rêver les chasseurs de coffres enfouis, et aucune source de l'époque n'en signale un seul. Ce qu'on peut établir tient en peu de lignes : trois ans de commandement, cinq journaux de bord, un procès, un recueil de cartes espagnol.

Je sépare ici ce qui est attesté, ce qui relève de la légende et ce qui vient de la fiction. Avec, en cours de route, une méthode en quatre étapes pour vérifier n'importe quelle histoire de trésor pirate, et de quoi choisir une carte marine décorative qui tienne debout sur un mur.
- Bartholomew Sharp (vers 1650, mort en 1702) fut boucanier puis corsaire anglais pendant trois ans seulement, de 1679 à 1682, avec le Trinidad, pris aux Espagnols, comme navire amiral.
- Aucun document ne signale de trésor enterré par lui : son butin déterminant fut un derrotero, le routier de cartes espagnol saisi sur le Rosario le 29 juillet 1681.
- Ce recueil, recopié en anglais par le cartographe William Hack (ou Hacke) et présenté à Charles II, a pesé lourd dans son acquittement au procès pour piraterie de 1682.
- Son équipage écrivait : cinq journaux de bord, dont celui de Sharp et celui du chirurgien Basil Ringrose, documentent l'expédition, ce qui est rare pour l'âge d'or de la piraterie.
- Trois homonymes brouillent les recherches : Bartholomew Roberts, le Bartholomew Kuma de One Piece et le Richard Sharpe des romans de Bernard Cornwell.
- Pour la décoration ou une chasse au trésor, la carte est l'objet juste : c'est historiquement ce que Sharp a rapporté.
Trésor enterré sur une île : l'erreur qui colle au nom de Sharp
Aucun texte contemporain ne mentionne un coffre dissimulé par Sharp. Pas de coordonnées, pas de déposition d'équipier, rien dans les pièces de son procès. La légende évoque une île du Pacifique ou des Caraïbes ; les journaux de bord, eux, parlent de partages.
La campagne de 1680-1682 a bien produit un butin. Mais l'expédition rassemblait plusieurs centaines d'hommes venus de différents équipages, et l'argent, les marchandises et les vivres se répartissaient à la fin d'une course, selon des règles négociées à l'avance. Après un partage de ce type, il ne reste pas de tas à enfouir : il reste des hommes avec quelques centaines de pièces en poche, dispersés dans les ports antillais.
La légende s'est greffée sur son nom pour une raison assez simple : ce qu'il a ramené était une carte. Et une carte, dans l'imaginaire, appelle une croix et une pelle. L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, publié en 1883, a fixé ce cliché pour de bon, avec sa carte dessinée par l'auteur lui-même et son croisillon d'encre rouge. Les cartes au trésor imprimées vendues aujourd'hui descendent toutes de cette image de roman, pas des documents de marine.
Une carte marine du XVIIe siècle se compose autrement : un tracé central très détaillé, une bordure de flots ou de rhumbs, et l'emblème ou le cartouche relégué dans un angle. C'est ce déséquilibre volontaire qui rend un motif crédible quand on le regarde sur un mur, plus que l'accumulation de coffres et de perroquets.
Confondre Bartholomew Sharp avec Roberts, Kuma ou le Sharpe de Cornwell
Beaucoup de récits attribués à Sharp appartiennent à d'autres. Trois noms reviennent, sur trois styles différents : un pirate historique, un personnage de manga, un héros de roman. Vérifier le prénom, la date et le théâtre d'opérations suffit à trancher.
Sur ce point, Dictionary of National Biography, 1885-1900/Sharpe ... (en.wikisource.org) donne des repères vérifiables.
- Bartholomew Roberts, dit Black Bart : Atlantique et golfe de Guinée, actif de 1719 à sa mort en 1722, des centaines de navires pris. C'est lui qu'on croit souvent lire quand on cherche Sharp. J'ai détaillé son pavillon et ses variantes dans un autre article du blog.
- Bartholomew Kuma: personnage du manga One Piece. Les lecteurs y voient un clin d'œil aux Bartholomew de la piraterie, ce qui n'apporte rien à l'histoire de Sharp.
- Richard Sharpe: fusilier britannique des guerres napoléoniennes, héros des romans de Bernard Cornwell, dont Le trésor de Sharpe, sur le théâtre de la guerre d'Espagne. Rien à voir avec la mer du Sud.
- Sharp ou Sharpe: les deux orthographes circulent pour le boucanier, les sources anglaises utilisent surtout Sharp.
| Affirmation courante | Ce que disent les sources | Statut |
|---|---|---|
| Il a enterré un trésor sur une île secrète | Aucun journal de bord, aucune pièce de procès n'en fait mention | Légende |
| Son butin le plus précieux était l'or et l'argent | Un derrotero espagnol de cartes marines, saisi sur le Rosario | Attesté |
| Il a été pendu pour piraterie | Acquitté en 1682, puis bien reçu à la cour de Charles II | Attesté |
| Il a régné trente ans sur le Pacifique | Commandement de 1679 à 1682, environ trois ans | Attesté |
| Ses hommes ont laissé de l'argent par ignorance | Des barres d'argent brut prises pour de l'étain, rapporté par les journaux | Attesté, ampleur discutée |
| C'est le pirate du roman Le trésor de Sharpe | Roman de Bernard Cornwell, guerre d'Espagne, héros Richard Sharpe | Confusion |
Le butin du Rosario n'était pas fait d'or et de pierreries
La prise du 29 juillet 1681 se raconte en quelques lignes : une chasse au large de la côte équatorienne, le capitaine espagnol tué pendant l'échange, le galion saisi et fouillé. Ce que les boucaniers y trouvent tient surtout du ravitaillement.
Des centaines de jarres de vin et de brandy, du cacao, des cordages, et ces barres d'un gris mat empilées comme du lest. Les hommes en prennent une partie, la jugent sans intérêt et abandonnent le reste avec le navire. L'argent extrait des mines du Pérou, non raffiné, ressemble effectivement à du plomb : ni brillance, ni éclat blanc.
Ces boucaniers écrivaient, et c'est ce qui rend leur silence utile
Cinq hommes de l'expédition ont tenu un journal, dont Sharp lui-même et le chirurgien Basil Ringrose. Pour l'âge d'or de la piraterie, où l'on travaille d'habitude sur des dépositions et des minutes de procès, c'est un cas rare.
Autour d'eux, la même côte a été décrite par William Dampier et par le chirurgien Lionel Wafer, tous deux passés par l'isthme de Panama à cette époque et publiés ensuite en Angleterre. Le versant français est documenté par Raveneau de Lussan, qui écumait la mer du Sud quelques années plus tard. La traversée de l'isthme en 1680, menée avec John Coxon, s'est faite avec l'appui des Kunas : guides, pirogues, vivres, renseignements sur les garnisons espagnoles. Sans eux, aucun de ces équipages ne débouche sur le Pacifique.
Le journal de Sharp, lui, a été recopié et relié pour être lu à la cour, avec des passages arrangés en sa faveur. On le lit comme un plaidoyer d'homme qui joue sa tête, pas comme un rapport de bord neutre. Cela reste une source : simplement, elle a un but.
Et c'est là que le silence devient intéressant. Une expédition aussi écrite, où l'on note les mouillages, les sondes, les querelles de commandement et jusqu'au nombre de jarres embarquées, ne mentionne nulle part de dépôt de butin sur une île.
Derrotero, routier, atlas de William Hack : ce que valait une carte volée
Le vrai butin de la campagne est un derrotero : le recueil manuscrit des routes, mouillages, sondes et amers de la côte pacifique espagnole. Un document de navigation tenu secret par la Couronne d'Espagne, et sans lequel un navire anglais ne peut pas approcher les ports du Pérou et du Chili.
Rapporté en Angleterre, ce recueil a été traduit et recopié par le cartographe William Hack, qui en a tiré des atlas illustrés et aquarellés de la mer du Sud, dont un exemplaire présenté à Charles II. Des atlas de cette famille sont répertoriés dans des collections publiques, notamment du côté des collections maritimes britanniques de Greenwich. Le procès de 1682 s'est terminé par un acquittement, et Sharp est passé du statut d'accusé à celui d'homme utile à la cour.
Ces cartes valent aussi le coup d'œil pour elles-mêmes. Elles montrent des profils de côte tels qu'on les voit depuis le pont, des roses des vents reliées par des lignes de rhumbs, une mer traitée en aplats de motifs, et un cartouche décoratif poussé dans un coin. Les tracés dessinés à la main, un peu irréguliers, avec des lettres qui montent et descendent, m'intéressent davantage que les reconstitutions parfaitement régulières faites au logiciel.
Accrocher une carte au trésor chez soi : format, mur et lumière
Sur un mur, une carte doit rester lisible à deux ou trois mètres. Un tracé net et contrasté compte plus que la surcharge de détails, et un motif dont l'emblème occupe un angle plutôt que le centre se regarde plus longtemps sans lasser.
Le papier « vieilli » du commerce jaunit et gondole près d'une fenêtre ou d'un radiateur. Pour un bureau ou une chambre d'adolescent, une toile imprimée supporte mieux la lumière du jour, se dépoussière d'un chiffon sec, et reste assez légère pour se poser sans cadre lourd ni verre à percer.
Côté emplacement, la hauteur d'œil assis fonctionne bien au-dessus d'un bureau, autour de 1,40 m du sol pour le centre du motif. Un couloir sombre ou un mur perpendiculaire à la fenêtre conviennent mieux qu'un plein sud. Pour la fixation, deux pinces à ressort sur une tige de bois, une baguette collée en haut et en bas, ou de la pâte adhésive sur un mur sain suffisent pour une toile de ce poids.

Quand quelqu'un cherche à installer chez lui la trace de cette histoire, c'est bien une carte qu'il lui faut, pas un coffre : c'est l'objet que Sharp a réellement rapporté du Pacifique. Reste à en choisir une dont la composition tienne les repères ci-dessus.
Deux cas où je regarderais ailleurs. Pour une chambre d'enfant, le motif est un peu sombre : la Carte au Trésor Pirate Cabine du Capitaine, plus colorée, est faite pour ça. Et si tu cherches un fac-similé d'atlas historique, ce n'est pas le bon objet : c'est un motif décoratif inspiré des cartes de boucaniers, pas la reproduction d'un document daté. Chez Piraterie Shop, la même logique s'applique aux volumes : une carte au mur, puis un coffre pirate au sol ou une maquette de bateau pirate sur une étagère, sans empiler trois motifs sur la même paroi.
Vérifier une histoire de trésor pirate en quatre étapes
La plupart des récits de trésors enfouis s'effondrent dès qu'on demande la source. Voici l'ordre dans lequel je vérifie, et il vaut pour Sharp comme pour n'importe quel capitaine.
- Remonter au document. Journal de bord, minute de procès, registre d'armateur, lettre de gouverneur, inventaire de prise. Une compilation d'articles qui se citent entre eux ne compte pas comme source.
- Dater et localiser. Sharp a commandé de 1679 à 1682 : trois ans bornent mécaniquement ce qu'un homme a pu faire, et un butin daté de 1695 sous son nom tombe tout seul.
- Se méfier des citations d'« historiens » sans ouvrage identifiable. Sur ce sujet, les noms d'experts non sourcés reviennent souvent. Un auteur, un titre, une année, sinon on écarte.
- Distinguer les statuts. Le boucanier est au départ un chasseur des Antilles passé à l'écume, le flibustier écume les Caraïbes en bande, le corsaire agit avec une lettre de marque, le pirate n'a que lui-même. Sharp a joué sur les trois derniers registres selon les années.
Cette distinction de statuts n'est pas de la coquetterie de vocabulaire : c'est elle qui décide de la potence ou de l'acquittement, et c'est ce qui s'est joué à Londres en 1682. Si tu veux voir le même mécanisme sur un autre parcours, j'ai raconté ça à propos de David Marteen, boucanier devenu légende.
Un mot sur le présent : la piraterie maritime est aujourd'hui un délit poursuivi, et rien de ce qui précède ne la concerne. On parle d'un épisode clos, entre 1650 et 1730.
Faire vivre l'histoire de Sharp en jeu, en déco ou en chasse au trésor
Le ressort de l'histoire vraie est excellent pour une chasse au trésor : un livre de cartes volé, qu'il faut recopier avant de rendre l'original.
Dans mes chasses au trésor familiales, la carte se découpe en morceaux distribués à chaque étape, et les enfants doivent la reconstituer avant de chercher. Pour vieillir une feuille imprimée à la maison : un passage au thé fort bien refroidi, un séchage à plat, des bords déchirés à la main plutôt qu'aux ciseaux, et quelques mots à la plume. Ça se froisse, ça se tache, et c'est très bien comme ça, puisque c'est du consommable. La version décorative reste au mur, elle ne se plie pas.
Pour le costume, je préfère la piste boucanier à la piste capitaine d'opérette : chemise ample, ceinture large, tricorne, cache-œil, et rien de brillant. Les tailles et les publics se choisissent dans la collection déguisements pirate, en vérifiant l'âge indiqué pour les enfants.
Le versant fiction se revendique comme tel. Les jeux vidéo de la famille Assassin's Creed IV : Black Flag puisent dans ce même vivier de capitaines de l'âge d'or, et One Piece a son Bartholomew Kuma. Ce sont des personnages, pas des sources : l'histoire, la fiction et le jeu gagnent chacun à rester à leur place. Si l'objet t'intéresse plus que le récit, la collection carte au trésor pirate réunit les différents formats et styles, du motif enfantin au tracé sombre pour un bureau.
Sur ce point, Cet atlas très rare a sauvé la vie du pirate Bartholomew ... (nationalgeographic.fr) donne des repères vérifiables.
Questions pratiques
Est-ce que le trésor de La Buse a été trouvé ?
Non, rien n'a été présenté publiquement. Le cryptogramme attribué à Olivier Levasseur, dit La Buse, pendu à Saint-Paul de La Réunion en 1730, a nourri des fouilles menées aux Seychelles depuis le milieu du XXe siècle, en particulier du côté de Bel Ombre, sur l'île de Mahé. Aucune trouvaille inventoriée n'en est sortie à ce jour.
Quel est le trésor pirate le plus connu ?
Cela dépend de ce qu'on appelle trésor. Côté légende, celui de La Buse tient la première place en France. Côté matériel réellement remonté, c'est l'épave du Whydah, navire de Samuel Bellamy coulé en 1717 au large du Cap Cod et localisé en 1984 par l'équipe de Barry Clifford : des milliers d'objets, des pièces, des armes et la cloche du navire.
Combien est estimé le trésor de La Buse ?
Aucune estimation sérieuse n'existe, puisqu'il n'existe aucun inventaire. Les chiffres qui circulent, souvent en centaines de millions d'euros, sont des extrapolations de presse sans base documentaire. Une prise de course se chiffrait à l'époque à partir d'un inventaire de vente, et pour Levasseur, ce document manque.
Le trésor de Bartholomew Sharpe a-t-il jamais existé ?
Oui comme butin, non comme cachette. La campagne de 1680-1682 a rapporté de l'argent, des marchandises et des vivres, partagés entre les équipages. Le seul élément dont on suit la trace document par document est le recueil de cartes espagnol saisi sur le Rosario, recopié ensuite en Angleterre.
Quelle est la différence entre un boucanier, un flibustier et un corsaire ?
Le boucanier vient de la chasse : installé sur les côtes de Saint-Domingue et de la Tortue, il fumait la viande au boucan avant que beaucoup ne passent à la course. Le flibustier désigne l'écumeur des Caraïbes, souvent en petit équipage. Le corsaire, lui, détient une lettre de marque d'un État et combat les navires ennemis dans un cadre légal ; sans ce papier, il redevient pirate.
Où voir aujourd'hui l'atlas issu du butin de Sharp ?
Les atlas manuscrits dessinés par William Hack d'après le derrotero capturé sont répertoriés dans des collections publiques britanniques et américaines, et se consultent le plus souvent en ligne ou sur rendez-vous en salle de lecture. Les catalogues des institutions maritimes de Greenwich sont un bon point de départ pour les localiser.
Comment entretenir une carte murale imprimée sur toile ?
Un dépoussiérage au chiffon sec, à plat ou en surface, une ou deux fois par saison. Ni éponge mouillée, ni produit d'entretien, ni brosse. Pour un stockage, on roule la toile motif vers l'extérieur autour d'un tube plutôt que de la plier : les plis marqués restent visibles ensuite en lumière rasante.
Dernier réflexe, valable pour tout ce sujet : quand tu tombes sur une affirmation à propos d'un trésor, note en une ligne l'auteur, le titre et l'année du document invoqué. Si les trois manquent, garde l'histoire pour une chasse au trésor et pas pour une fiche de navire.