Thomas Cavendish : L'audacieux navigateur et corsaire Anglais
Le 4 novembre 1587, au large du cap San Lucas, à la pointe de la Basse-Californie, le Desire de Thomas Cavendish intercepte le Santa Ana. C'est le galion de Manille, le convoi annuel qui ramène la soie de Chine vers Acapulco. La prise durera plusieurs heures et rapportera l'une des cargaisons les plus riches jamais enlevées par un corsaire anglais sous Élisabeth Ire.
De ce navire, Cavendish débarque aussi deux marins japonais, Christopher et Cosmas, qu'il ramènera en Angleterre. Ils comptent parmi les premiers Japonais arrivés sur le sol anglais.

Dans cet article : sa biographie datée, ses deux voyages de 1586 et de 1591, et une partie que l'on saute souvent, la façon dont on tenait réellement un cap en 1586, avec trois instruments tenus à la main et rien d'autre.
- Thomas Cavendish, né vers 1560 à Trimley St Martin dans le Suffolk, mort en mer en mai 1592, navigateur et corsaire anglais surnommé « le Navigateur ».
- Tour du monde bouclé entre le 21 juillet 1586, départ de Plymouth, et le 9 septembre 1588, avec le Desire, le Content et le Hugh Gallant.
- Troisième circumnavigation réussie après Magellan-Elcano et Drake, mais la première entreprise avec le tour du monde comme objectif annoncé dès le départ.
- Sa prise majeure : le galion de Manille Santa Ana, en novembre 1587.
- Le second voyage, en 1591 avec John Davis, échoue au détroit de Magellan. Cavendish meurt en mer à 31 ans.
- Corsaire et non pirate : il agissait avec l'aval de la Couronne contre les possessions espagnoles, distinction juridique qui comptait à l'époque.
Qui était Thomas Cavendish, et pourquoi le surnomme-t-on « le Navigateur » ?
Un gentilhomme du Suffolk devenu corsaire élisabéthain, qui a organisé son voyage en imitant méthodiquement celui de Francis Drake. Le surnom de « Navigateur » vient de l'intention affichée de son expédition, pas d'un titre officiel.
Il naît vers 1560 à Trimley St Martin, près d'Ipswich, dans une famille aisée. Certaines sources anciennes avancent 1555, la date de 1560 est celle que retiennent la plupart des notices modernes. Son père meurt tôt, l'héritage arrive vite et part vite : à vingt-cinq ans, Cavendish a dépensé une grande partie de ses terres et hypothèque le reste pour financer ses navires.
Il siège au Parlement d'Angleterre, à Shaftesbury en 1584-1585, puis à Wilton en 1589. Entre les deux, il a fait le tour de la Terre. Cette double vie de courtisan et de marin n'a rien d'exceptionnel dans l'Angleterre de l'époque : Raleigh, Grenville, Hawkins vivaient sur le même modèle, mi-terrien mi-armateur.
Sa première sortie en mer date de 1585 : il participe à l'expédition vers la Virginie, montée par Walter Raleigh et conduite par Richard Grenville, comme capitaine de l'un des navires de la flotte, l'Elizabeth. Un an d'apprentissage, et il repart, cette fois pour son compte, avec un plan complet.
Sur ce point, Généalogie de Thomas CAVENDISH (geneastar.org) donne des repères vérifiables.
Pour aller plus loin sur ce point : Thomas Cavendish, sur worldhistory.org.
Était-il pirate ou corsaire ?
Corsaire. Il opérait contre l'Espagne pendant la guerre anglo-espagnole ouverte en 1585, avec l'aval de la Couronne et l'obligation de rendre des comptes sur les prises. Vu de Séville ou de Manille, évidemment, c'était un pirate.
La différence n'est pas une nuance de vocabulaire. Le corsaire agit sous commission d'un souverain, contre les navires d'une puissance ennemie déclarée, et reverse une part de la prise. Le pirate attaque pour son compte, sans mandat, et risque la corde partout. Le flibustier et le boucanier sont autre chose encore : des figures des Antilles du XVIIe siècle, souvent à mi-chemin entre les deux statuts selon les périodes et les gouverneurs.
Concrètement, cela oriente les cibles. Cavendish attaque des ports espagnols de la côte du Pacifique, des barques de cabotage, et surtout le galion de Manille. Il ne pille pas au hasard, il frappe la logistique d'un empire avec lequel son pays est en guerre.
Comment s'est passé son premier voyage autour du monde (1586-1588) ?
Départ de Plymouth le 21 juillet 1586 avec trois navires, retour le 9 septembre 1588 par la route de l'ouest, après deux ans et cinquante jours de mer. C'est, selon le décompte habituel, la troisième circumnavigation réussie de l'histoire, après Magellan-Elcano et Drake.
La flotte tient en peu de choses : le Desire, environ 140 tonneaux, le Content, 60 tonneaux, et le Hugh Gallant, 40 tonneaux. Rien de comparable aux grands galions espagnols. Ces petites coques manœuvrent avec peu d'hommes, entrent dans des baies fermées et tirent peu d'eau, ce qui compte plus qu'un armement lourd quand on croise loin de toute base amie. Le Hugh Gallant sera d'ailleurs sabordé le 5 juin 1587, faute d'équipage suffisant pour l'armer après les pertes.
La route suit celle de Drake : côte africaine, Canaries, Brésil, puis un mouillage en Patagonie que Cavendish baptise Port Desire du nom de son navire amiral. Le détroit de Magellan est franchi début 1587. Suit la remontée du Pacifique, en attaquant villes côtières et petits bâtiments espagnols, jusqu'au cap San Lucas. Ensuite le grand saut : traversée du Pacifique, Philippines, Java, cap de Bonne-Espérance, Sainte-Hélène, et l'Angleterre.
Le point qui distingue ce voyage des précédents tient à sa préparation. Cavendish rassemble des cartes, interroge des marins ayant servi avec Drake, en embarque plusieurs, et se forme aux théories de navigation de son temps, les sources lui prêtant des leçons auprès du mathématicien Thomas Harriot, alors au service de Raleigh. Il ne part pas voir ce qu'il y a derrière l'horizon, il part refaire une route déjà décrite, en sachant où sont les mouillages et à quelle saison passer le détroit. Sa notice sur le site de l'Encyclopædia Britannica résume la chronologie du voyage.
Les trois premières circumnavigations réussies
| Expédition | Dates | Navire de retour | Objectif de départ | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| Magellan-Elcano | 1519-1522 | Victoria | Route occidentale vers les Moluques | Tour du monde achevé, Magellan tué en 1521 |
| Francis Drake | 1577-1580 | Golden Hind | Course contre l'Espagne dans le Pacifique | Retour très rentable, Drake anobli |
| Thomas Cavendish | 1586-1588 | Desire | Tour du monde annoncé, en imitant Drake | Réussi en 2 ans et 50 jours, Santa Ana capturé |
| Cavendish, second voyage | 1591-1592 | aucun, le Leicester rentre sans lui | Refaire la route et chercher le passage du Nord-Ouest | Échec au détroit de Magellan, mort en mer |
Si la première ligne t'intéresse, j'ai consacré un article séparé à Ferdinand Magellan, ses voyages et ses démêlés avec les pirates, avec le détail de la route de 1519.
Quelle a été sa prise la plus célèbre ?
Le Santa Ana, galion de Manille de 600 tonneaux, capturé au large du cap San Lucas en novembre 1587 après plusieurs heures de canonnade et de manœuvre.
Ce galion n'était pas une cible choisie au hasard. La ligne Manille-Acapulco fonctionnait à raison d'un ou deux convois par an, chargés de soie et de porcelaine de Chine à l'aller vers le Mexique, d'argent au retour. Tous les corsaires anglais connaissaient l'existence de ce rendez-vous annuel ; encore fallait-il être au bon endroit au bon mois, et Cavendish avait calculé son attente.
La cargaison dépassait largement la capacité du Desire et du Content. Une partie fut chargée, le reste abandonné ou détruit avec le navire, les passagers et l'équipage débarqués à terre. Parmi les hommes récupérés à bord figuraient deux marins japonais, Christopher et Cosmas, ainsi qu'un pilote portugais qui connaissait la route des Philippines. Cavendish les emmène : un homme qui sait où sont les passes vaut plus qu'une caisse de soie de plus.
La suite passe par les îles des Larrons, aujourd'hui les Mariannes, puis les Philippines. Le Content disparaît peu après le cap San Lucas et ne rentrera jamais. Le Desire revient seul à Plymouth.
Comment naviguait-on réellement en 1586 ?
Au compas et à l'estime. On savait mesurer sa latitude avec une précision correcte, on ne savait pas mesurer sa longitude : ce problème ne sera résolu qu'au XVIIIe siècle. Tenir un cap et compter les milles parcourus, c'était tout ce dont on disposait pour traverser un océan.
Tout se joue sur trois instruments tenus à la main. Le compas de route, monté dans son habitacle près de la barre, avec une rose divisée en 32 quarts, donne la direction. L'arbalestrille ou l'astrolabe de mer, visé sur le soleil à midi ou sur l'étoile polaire, donne la latitude. La sonde, un plomb au bout d'une ligne marquée, donne le fond à l'approche d'une côte. Le reste, vitesse et distance, se compte au loch et au sablier, dispositif décrit par William Bourne dans A Regiment for the Sea en 1574.

La déclinaison magnétique était connue des marins anglais de cette génération. Robert Norman avait publié The Newe Attractive en 1581, et William Borough travaillait sur la variation de l'aiguille. Connue ne veut pas dire cartographiée : l'écart entre le nord magnétique et le nord vrai variait selon les régions du globe sans que personne puisse le prévoir en plein Pacifique.
Le cap au nord reste donc la donnée de base : tout le reste s'y rapporte, l'estime, le tracé sur la carte, la position supposée. D'où l'importance du journal de bord et du routier, ce cahier où l'on note les caps tenus, les amers reconnus, les mouillages, les heures de marée. Un routier bien tenu valait de l'argent, et se volait.
L'aspect « cuivre ancien » que l'on associe aux instruments élisabéthains vient du laiton poli, qui se patine à l'air salin et prend ce ton doré-brun mat que l'on voit dans les vitrines des musées maritimes. Ce n'est pas de l'or, c'est du laiton vieilli, et c'est cette teinte que reprennent aujourd'hui les boussoles de jeu au look cuivre ancien.
Reste le détroit de Magellan. Cinq cents kilomètres de chenaux entre des falaises, des vents d'ouest dominants qui soufflent droit dans le nez d'un voilier venant de l'Atlantique, des courants de marée violents et des grains qui tombent sans prévenir. Cavendish l'a passé une fois avec un calendrier bien choisi. La seconde fois, il n'a pas eu ce luxe.

Pourquoi son second voyage de 1591 a-t-il échoué ?
Tempêtes, dissensions à bord et impossibilité de repasser le détroit de Magellan. La flotte se disloque, Cavendish reprend la route de l'Atlantique et meurt en mer en mai 1592, à trente et un ans.
L'ambition était double : refaire la route du Pacifique pour y reprendre le galion de Manille, et pousser vers le nord chercher le passage du Nord-Ouest, d'où la présence de John Davis, explorateur de l'Arctique déjà expérimenté. Cinq navires quittent Plymouth en août 1591, le Leicester comme amiral, avec le Roebuck, le Desire confié à Davis, le Dainty et une pinasse.
Tout se grippe dans le détroit. Les vents d'ouest repoussent la flotte, les vivres s'épuisent, le scorbut s'installe, les équipages se divisent. Davis et le Desire se séparent de l'amiral, chacun accusant l'autre d'abandon. Cavendish reprend l'Atlantique, tente le Brésil, subit des désertions, et s'éteint quelque part dans l'Atlantique Sud. Certaines sources citent les parages de l'île d'Ascension, sans que l'on sache où son corps a été confié à la mer.
Ce qui manque en 1591, à mon avis, c'est précisément ce qui avait fait la réussite de 1586 : le temps de préparation. Un an de rassemblement de cartes, de recrutement d'hommes ayant déjà passé le détroit, de calcul des saisons. La seconde expédition est montée vite, sur le crédit d'un premier succès et sur des associés pressés de voir revenir de l'argent. Partir en août d'Angleterre, c'est arriver au détroit au mauvais moment de l'année australe.
Comment faire découvrir cette navigation à un enfant ?
Par le geste, pas par les dates. Un enfant de six ou sept ans retient qu'on trouve le nord, qu'on choisit un cap et qu'on le tient jusqu'à un point repéré à l'avance. Les tonnages et les années viendront plus tard, ou jamais, et ce n'est pas grave.
À la base nautique où je travaille, les groupes qui découvrent l'orientation apprennent d'abord à choisir deux amers, un pylône et un clocher par exemple, avant même de parler de degrés. Le même principe se transpose dans un jardin ou dans un parc.
- Dessiner la rose des vents à la craie sur une dalle, nord en haut, les quatre points cardinaux puis les quatre intermédiaires.
- Trouver le nord avec la boussole posée à plat, à hauteur de ventre, en attendant que l'aiguille se stabilise avant de lire.
- Choisir des amers: un arbre, un portail, un banc. On vise, on nomme, on note.
- Tenir un cap annoncé à voix haute, par exemple « cap au sud-ouest jusqu'au portail », en comptant les pas comme on comptait les milles à l'estime.
- Tenir un journal sur une feuille pliée en deux : heure, cap suivi, nombre de pas, ce qu'on a vu. C'est la version courte du routier de Cavendish.
Pour ce genre d'atelier, l'objet compte moins par sa précision que par sa taille et sa solidité : il doit tenir dans une main d'enfant, se refermer, et supporter d'être posé dans l'herbe.
Elle ne conviendra pas à un adulte qui cherche un objet de vitrine en laiton, ni à quelqu'un qui veut s'orienter réellement en randonnée : c'est un accessoire de jeu, en plastique, à réserver aux parcours à terre. Pour un anniversaire complet, un déguisement et un bateau à monter font plus d'effet auprès des plus grands, qui comprennent alors à quoi servent un mât et une voile.
Où lire et prolonger l'histoire de Cavendish aujourd'hui ?
Le récit de première main se trouve dans The Principal Navigations de Richard Hakluyt, qui publie à la fin du XVIe siècle la relation du voyage de 1586-1588, attribuée à Francis Pretty, l'un des hommes embarqués. C'est de là que viennent la plupart des détails que l'on répète depuis quatre siècles.
Côté image, il existe un portrait gravé de Cavendish dans l'Herōologia Anglica de Henry Holland, publié en 1620, accompagné de la devise latine « Animum fortuna sequatur ». Le personnage y apparaît en habit de cour, sans le moindre attribut maritime.
Sur les cartes, son nom survit sous une autre forme. Puerto Deseado, en Patagonie argentine, c'est le Port Desire baptisé en 1586 du nom de son navire amiral. Un mouillage de corsaire devenu une ville de pêche.
Une dernière piste, plus maritime que biographique : le succès des petits tonnages. Le Desire faisait 140 tonneaux, et un siècle plus tard les pirates des Caraïbes choisiront des sloops et des goélettes pour les mêmes raisons, vitesse, faible tirant d'eau, équipage réduit. Pour les objets qui vont avec ce sujet, compas de jeu et instruments d'atelier, la sélection de boussoles pirate de Piraterie Shop reste consultable quand l'envie d'un accessoire se présente.
On me pose souvent ces questions
Quelle est l'origine du nom de famille Cavendish ?
C'est un nom de lieu, comme beaucoup de patronymes anglais. Il vient du village de Cavendish, dans le Suffolk, dont le nom se rattache au vieil anglais et se traduit approximativement par « le pâturage de Cafna », un nom de personne suivi du mot désignant un enclos. La famille de Thomas, dans le Suffolk, se rattache à la même souche que la lignée des ducs de Devonshire : son père Roger était le frère de Sir John Cavendish, dont descendent les ducs de Devonshire et de Newcastle.
Thomas Cavendish était-il pirate ou corsaire ?
Corsaire. Il agissait pendant la guerre ouverte entre l'Angleterre et l'Espagne, avec l'aval de la Couronne, contre des cibles espagnoles, et devait rendre compte de ses prises. Les autorités espagnoles le considéraient bien sûr comme un pirate, mais du point de vue du droit anglais de l'époque, la distinction était nette et protégeait sa tête.
Combien de temps a duré le tour du monde de Thomas Cavendish ?
Deux ans et cinquante jours, du 21 juillet 1586 au 9 septembre 1588. C'était alors la circumnavigation la plus rapide, plus courte que celle de Drake, qui avait demandé près de trois ans, et sans commune mesure avec les trois années de l'expédition Magellan-Elcano.
Quels navires composaient sa flotte de 1586 ?
Trois bâtiments : le Desire, environ 140 tonneaux, navire amiral et seul à revenir en Angleterre, le Content, 60 tonneaux, disparu dans le Pacifique après la prise du Santa Ana, et le Hugh Gallant, 40 tonneaux, sabordé le 5 juin 1587 faute d'hommes pour l'armer.
Comment et où est mort Thomas Cavendish ?
En mer, en mai 1592, à trente et un ans, au retour de son second voyage manqué. Sa flotte s'était disloquée au détroit de Magellan et il rentrait vers l'Atlantique Nord avec un équipage affaibli par la faim et le scorbut. Plusieurs sources citent les parages de l'île d'Ascension, sans certitude sur le lieu exact.
Une boussole de jeu suffit-elle pour un anniversaire, et comment la ranger ensuite ?
Pour un parcours dans un jardin ou un parc, oui : un enfant a besoin de savoir où est le nord et de suivre une direction, pas de relever un azimut au degré près. Le modèle en plastique de 13 x 6 cm évoqué plus haut tient dans une poche de veste et supporte d'être posé au sol. Après la fête, le plus simple est de le ranger avec la carte et le coffre dans une même boîte : c'est ce qui fait qu'on le retrouve l'année suivante au lieu de le racheter.
Quelle est la différence entre Cavendish et Francis Drake ?
Drake part en 1577 pour une campagne de course dans le Pacifique et achève un tour du monde qui n'était pas l'objectif initial ; il rentre anobli et devient une figure d'État. Cavendish part en 1586 en annonçant le tour du monde comme but, après avoir étudié la route de son aîné, et reste un armateur privé endetté. Drake a ouvert la voie, Cavendish l'a préparée sur cartes.
« Animum fortuna sequatur » (que la fortune suive le courage), devise inscrite sous le portrait gravé de Thomas Cavendish dans l'Herōologia Anglica de Henry Holland, 1620.