John Cabot : De nouveaux horizons, plus de défis, et un héritage durable
Le 28 mars 1476, le Sénat de Venise accorde la citoyenneté à un certain « Ioani Caboto », au motif qu'il réside dans la lagune depuis au moins quinze ans. C'est la plus ancienne pièce d'archive vraiment sûre concernant l'homme que l'Angleterre appellera John Cabot. Tout ce qui vient avant cette ligne, lieu de naissance compris, relève de l'hypothèse.

Le problème, avec Cabot, n'est pas le manque d'informations : c'est l'abondance de récits qui datent son débarquement au jour près, le font naître à Gênes et mourir héroïquement en mer, sans jamais dire d'où vient l'information.
Ce qui suit trie les faits document par document : ce qui est attesté, ce qui est probable, ce qui est ajouté après coup. Avec, au passage, une méthode en huit vérifications pour juger n'importe quelle page consacrée à Cabot, et la façon de légender correctement une image de navire de cette époque.
- Giovanni Caboto, dit Jean Cabot ou John Cabot, est un navigateur d'origine italienne, citoyen de Venise en 1476, passé au service d'Henri VII d'Angleterre à partir de 1496.
- Son objectif n'était pas l'Amérique mais une route occidentale vers l'Asie des épices ; il atteint une côte d'Amérique du Nord le 24 juin 1497 en croyant approcher l'Asie.
- Le point exact de l'atterrage (Terre-Neuve, Labrador ou Cap-Breton) reste discuté : aucune source d'époque ne le fixe.
- La retombée économique réelle du voyage, ce sont les Grands Bancs, zone de pêche à la morue exploitée pendant des siècles.
- Le sort de l'expédition de 1498 est inconnu : naufrage, retour discret ou mort en Angleterre, rien n'est tranché.
- Les Scandinaves avaient atteint Terre-Neuve cinq siècles plus tôt : Cabot n'est pas le premier Européen, il est le premier documenté de l'époque moderne.
Point 1 : vérifier le nom et l'origine avant tout le reste
Giovanni Caboto, Zuan Chabotto, Ioani Caboto, John Cabot, Jean Cabot : c'est le même homme, écrit par quatre chancelleries différentes. Aucun document ne donne son lieu ni sa date de naissance.
Le dossier vénitien est le plus net. Pour obtenir la citoyenneté en 1476, il fallait justifier d'une résidence longue dans la ville : quinze ans dans son cas, ce qui le place à Venise au plus tard vers 1461. S'il était déjà adulte à son arrivée, il naît quelque part entre 1445 et 1455. Cette fourchette est une déduction, pas une date d'état civil.
La thèse génoise s'appuie surtout sur des propos tenus à Londres en 1497-1498, où on le dit tantôt vénitien, tantôt « un autre Génois, comme Colomb », et sur des propos rapportés plus tard dans l'entourage de son fils Sébastien. Des chercheurs italiens défendent de leur côté une origine à Gaète, où le patronyme Caboto est anciennement attesté, alors qu'on ne le retrouve pas dans les registres génois du XVe siècle. Les deux hypothèses tiennent debout, aucune ne s'impose.
D'où le premier réflexe : une page qui affirme un lieu de naissance sans « probablement » se trompe de niveau de certitude. Le Dictionnaire biographique du Canada, qui reste la notice de référence en français sur le personnage, écrit lui-même que l'origine du navigateur n'est pas établie. Sa fiche est consultable en ligne sur biographi.ca.
Point 2 : vérifier le commanditaire et le cadre juridique du voyage
Cabot ne part pas de sa propre initiative. Il navigue sous mandat royal anglais, encadré par une lettre patente d'Henri VII datée du 5 mars 1496, adressée à lui et à ses fils. Ce document existe, il est daté, et il fixe les règles.
Avant Bristol, il a cherché ailleurs. On le retrouve à Valence au début des années 1490, mêlé à un projet d'aménagement portuaire, puis à Séville et à Lisbonne, où son projet de route occidentale ne trouve pas preneur. Ce détail explique beaucoup : après 1492, les cours ibériques n'avaient plus besoin d'un troisième candidat pour la même idée.
La lettre patente l'autorise à naviguer vers les mers de l'est, de l'ouest et du nord, à prendre possession de terres « non connues des chrétiens », à armer jusqu'à cinq navires à ses frais, et réserve à la Couronne une part du profit. Le sud est absent du texte : le traité de Tordesillas de 1494 a partagé les routes méridionales entre Castille et Portugal, et l'Angleterre cherche donc un passage par le nord.
Une expédition royale, une entreprise marchande et la course sont trois choses différentes. Cabot relève de la première, financée par des marchands de Bristol, avec l'aval du roi. Rien à voir avec la piraterie, et rien à voir non plus avec les corsaires munis de lettres de marque qui apparaîtront un siècle plus tard.
Point 3 : vérifier le navire, le Matthew, et son équipage réel
Le Matthew était un petit bâtiment d'une cinquantaine de tonneaux, avec dix-huit à vingt hommes à bord. C'est l'échelle réelle du voyage de 1497 : un équipage de chaloupe de pêche, pas une flotte.
Un navire d'exploration de la fin du XVe siècle se reconnaît à son gréement : deux mâts principaux portant des voiles carrées, une coque courte, haute sur l'arrière, très loin de la silhouette effilée des trois-mâts du XVIIIe siècle. Ce type de coque avance bien vent arrière et remonte mal au vent, ce qui explique le choix d'une route directe plein ouest depuis l'Irlande. Les petits gréements de ce genre, qui tirent peu d'eau et se faufilent le long des côtes, ont ma préférence sur les grands vaisseaux : ils permettent de longer, de sonder, de mouiller dans une anse et de repartir.
Départ de Bristol en mai 1497, une traversée d'environ un mois, un retour au début du mois d'août. Bristol n'a pas été choisi au hasard : ses marchands envoyaient déjà des navires vers l'ouest dans les années 1480, à la recherche d'une supposée « île de Brasil ».
Pour situer l'ordre de grandeur : la Niña et la Pinta de Colomb jouaient dans la même catégorie de tonnage. Ces navires-là n'ont rien du galion de cinéma, et c'est un point utile quand on regarde une maquette ou un set de construction dans une collection de bateaux pirate miniatures: le nombre de mâts et la forme de la poupe donnent le siècle avant même la peinture.
Point 4 : vérifier la date et le lieu de l'atterrage de 1497
La date tient : 24 juin 1497. Le lieu, non. Terre-Neuve, le Labrador et le cap Breton sont les trois hypothèses en présence, et aucune source contemporaine ne permet de choisir.
Ce qu'on sait vient de trois lettres écrites dans les mois qui suivent le retour, par des marchands et des diplomates italiens installés à Londres, et de quelques lignes dans les comptes du roi, qui enregistrent une récompense puis une pension versées à Cabot. Ces textes décrivent une terre boisée, un climat tempéré, des traces d'occupation humaine, aucune rencontre avec les habitants.
À terre, l'affaire fut brève : une prise de possession symbolique au nom du roi d'Angleterre, quelques heures ou quelques joursà terre au plus, une bannière plantée, aucun établissement, aucune tentative de rester. Le retour vers Bristol suit dans la foulée, et Cabot est de nouveau en Angleterre au début du mois d'août.
La règle que j'applique quand je lis une page sur ce voyage : la date peut être citée telle quelle, le lieu doit toujours venir avec « probablement » ou avec les trois hypothèses. Des coordonnées précises données sans discussion sont un signal clair que l'auteur a recopié quelqu'un qui inventait.
Pour aller plus loin sur ce point : 24 juin 1497 - Jean Cabot découvre Terre-Neuve, sur herodote.net.
Point 5 : vérifier ce qui a réellement été découvert
Cabot n'a trouvé ni route vers l'Asie, ni épices, ni or. Il a rapporté la description d'une côte poissonneuse et l'idée, fausse, d'avoir touché la marge nord-est du continent asiatique. La retombée durable est ailleurs : les bancs de morue.

Les lettres des marchands italiens de Londres rapportent que la mer y était si pleine de poisson qu'on en prenait au panier. Dans les décennies qui suivent, les Grands Bancs de Terre-Neuve deviennent une zone de pêche fréquentée par les bateaux de Bristol, de Normandie, de Bretagne et du Pays basque. C'est une économie complète : salaison, séchage sur les grèves, campagnes saisonnières de plusieurs mois. Beaucoup plus que les épices, c'est ce poisson qui a payé les traversées de l'Atlantique nord pendant quatre siècles.
Deuxième correction à faire, et elle compte : ces terres étaient habitées. Les côtes de Terre-Neuve et du Labrador l'étaient par les Béothuks et par d'autres peuples des rives nord-atlantiques, avec leurs propres circuits saisonniers. « Découvrir » veut dire ici : atteindre pour la première fois de façon documentée depuis l'Europe de la Renaissance.
Enfin, les Scandinaves avaient précédé tout le monde. Le site de L'Anse aux Meadows, au nord de Terre-Neuve, fouillé dans les années 1960 et inscrit au patrimoine mondial, montre un établissement norrois daté autour de l'an 1000. Cabot n'est donc pas le premier Européen à toucher l'Amérique du Nord : il est le premier de l'époque moderne dont le voyage soit attesté par des archives.
Quatre traversées de l'Atlantique nord comparées
| Expédition | Date | Commanditaire | Navire(s) | Point d'atterrage | Objectif déclaré |
|---|---|---|---|---|---|
| Leif Erikson (Scandinaves) | vers l'an 1000 | Aucun, entreprise privée | Knarr | Terre-Neuve (L'Anse aux Meadows) | Reconnaissance et installation |
| Christophe Colomb | 1492 | Couronne de Castille | Santa María, Pinta, Niña | Antilles (Bahamas) | Route occidentale vers l'Asie |
| Jean Cabot | 1497 | Henri VII d'Angleterre | Matthew (env. 50 tonneaux) | Terre-Neuve, Labrador ou cap Breton (débattu) | Route septentrionale vers l'Asie |
| Jacques Cartier | 1534 | François Ier | Deux navires d'une soixantaine de tonneaux | Golfe du Saint-Laurent | Passage vers l'Asie et richesses |
Point 6 : vérifier ce que l'on sait du voyage de 1498 et de la suite
On sait qu'une flotte d'environ cinq navires quitte Bristol en 1498, avec un appui royal renouvelé. Après cela, les sources se taisent. Naufrage, retour sans écho ou mort en Angleterre : les historiens n'ont pas tranché.
Le récit populaire préfère la fin en mer, plus satisfaisante. Elle n'est appuyée par rien. Depuis les années 2000, des travaux menés sur des archives anglaises et italiennes ont relancé l'hypothèse d'un retour d'au moins une partie de l'expédition, avec des mentions qui pourraient concerner Cabot vivant après 1498. Ces pistes sont discutées, pas établies. Écrire « mort en mer en 1498 » sans réserve, c'est trancher un débat ouvert.
La moitié des confusions en circulation viennent de son fils, Sébastien Cabot, navigateur et cartographe au service de l'Angleterre puis de l'Espagne. Il a mené ses propres voyages, notamment vers le Río de la Plata dans les années 1520, et il a raconté sa vie avec une générosité certaine, s'attribuant parfois le rôle principal de 1497. Quand un texte présente Cabot comme un explorateur ayant longuement navigué pour Charles Quint, il parle du fils.
Les hommages sont tardifs. La tour Cabot de Bristol a été élevée à la fin du XIXe siècle pour le quatrième centenaire, la toponymie canadienne a suivi (détroit de Cabot, piste Cabot au Cap-Breton), et une réplique navigante du Matthew a été construite à Bristol pour le cinquième centenaire. Rien de tout cela ne provient du XVe siècle.
Point 7 : vérifier le pavillon et l'iconographie avant d'accrocher une image
Il n'existe aucun portrait de Jean Cabot fait de son vivant. Les bustes, les fresques et les gravures qu'on voit partout sont des reconstitutions des XIXe et XXe siècles. Même chose pour les représentations du Matthew : ce sont des interprétations.
Sur une image de navire ancien, le premier détail à regarder reste le pavillon de poupe. Il désigne le royaume commanditaire, pas la nationalité de l'homme à la barre : Cabot, citoyen de Venise, naviguait sous couleurs anglaises. Le second détail, c'est le gréement. Deux mâts porteurs de voiles carrées, une coque haute et courte : on est à la fin du XVe siècle. Trois mâts élancés, beaupré marqué, superstructures basses : on est deux siècles plus tard, dans l'iconographie de l'âge d'or de la piraterie.

Une fois ce tri fait, une image de navire décorative reste une image de navire décorative, et c'est très bien ainsi. Un galion à deux mâts, voiles gonflées et pavillon espagnol hissé, c'est une scène de marine ibérique, pas un portrait documenté du bâtiment de 1497. Sur un mur de chambre ou de bureau, la question devient pratique : quelle largeur pour que le gréement reste lisible, et quel support pour poser sans percer.
Si tu cherches une illustration exacte du Matthew ou une scène datée de 1497, ce n'est pas la bonne pièce : le motif relève de la marine espagnole d'imagination, et il faut le légender comme tel. Pour un mur déjà chargé, un format plus petit ou un poster encadré se marient souvent mieux qu'un sticker de cette dimension.
L'essentiel d'abord quand on me parle de Jean Cabot
Trois vérifications suffisent à écarter l'essentiel des erreurs qui circulent. Elles portent sur la source, sur le degré de certitude, et sur la confusion père-fils.
- Identifier la source. Archive vénitienne, lettre de marchand, comptes royaux : ce sont les pièces solides. Un site de vulgarisation qui n'en cite aucune ne fait que répéter.
- Traquer les « probablement » manquants. Naissance, lieu d'atterrage, mort : trois points où l'incertitude doit apparaître noir sur blanc.
- Séparer Jean de Sébastien. Dès qu'un texte parle de voyages au service de l'Espagne ou de cartographie officielle, il a glissé vers le fils.
- Vérifier le vocabulaire du « premier ». Premier Européen, non ; premier documenté de l'époque moderne, oui.
- Regarder les images avec les mêmes yeux. Pavillon, nombre de mâts, forme de la coque : une illustration mal datée trahit un texte mal documenté.
À mon avis, Cabot mérite mieux qu'un récit d'aventure lissé. L'incertitude fait partie de son intérêt : un homme dont on ignore le lieu de naissance et la date de mort, qui traverse l'Atlantique avec une vingtaine d'hommes sur un bâtiment d'une cinquantaine de tonneaux, et dont la découverte réelle est un banc de poissons plutôt qu'un empire. C'est plus intéressant que la statue.
Pour transposer ça chez soi, une frise de dates fiables (1476, 1496, 1497, 1498) punaisée à côté d'une carte de l'Atlantique nord et d'une image de navire correctement légendée fait un petit ensemble cohérent sur un mur. Si tu veux comparer avec une expédition mieux documentée, j'ai écrit sur les voyages de Ferdinand Magellan, où les sources d'époque sont autrement plus abondantes. Et si l'envie te prend d'ajouter des maquettes ou des sets de construction autour de cette frise, la collection bateaux pirate couvre plusieurs échelles et plusieurs formats.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Jean Cabot a découvert ?
Une côte d'Amérique du Nord atteinte le 24 juin 1497, dont l'emplacement exact reste discuté entre Terre-Neuve, le Labrador et le cap Breton. Il croyait approcher l'Asie et n'a rapporté ni épices ni métaux précieux. Sa découverte utile fut celle des Grands Bancs, une zone de pêche à la morue exploitée ensuite par les flottes de Bristol, de Bretagne et du Pays basque pendant des siècles.
Qui était John Cabot ?
Un navigateur d'origine italienne, né sans doute vers le milieu du XVe siècle, marchand actif à Venise où il obtient la citoyenneté en 1476. Après avoir cherché en vain un appui en Espagne et au Portugal, il obtient d'Henri VII d'Angleterre une lettre patente en mars 1496 et arme son expédition à Bristol. Les Anglais l'appellent John Cabot, les Français Jean Cabot, les documents vénitiens Zuan Chabotto.
Quelle est l'origine du nom de famille Cabot ?
Le patronyme Caboto est attesté anciennement en Italie méridionale, notamment à Gaète, ce qui a nourri l'hypothèse d'une famille originaire de cette région avant son installation à Venise. Les registres génois du XVe siècle, eux, n'en gardent pas trace, ce qui affaiblit la thèse d'une naissance à Gênes. En anglais, le nom a été anglicisé en Cabot dès les documents de la chancellerie d'Henri VII.
Jean Cabot était-il italien, vénitien ou anglais ?
Les trois qualificatifs se justifient selon l'angle. Il est italien par origine et par langue, vénitien par citoyenneté depuis 1476, et il navigue au service de la Couronne d'Angleterre à partir de 1496. C'est pour cela que son navire portait les couleurs anglaises : le pavillon désignait son commanditaire, pas son pays de naissance.
Comment est mort Jean Cabot ?
On ne le sait pas. Il quitte Bristol en 1498 avec environ cinq navires, puis les sources cessent de le mentionner clairement. Le naufrage est l'hypothèse la plus répandue, mais des recherches d'archives menées depuis les années 2000 ont ouvert la possibilité d'un retour et d'une mort en Angleterre. Aucune de ces versions ne peut être présentée comme établie.
Un sticker mural de cette taille s'enlève-t-il sans abîmer le mur ?
Cela dépend surtout du support. Sur une peinture satinée ou une surface lisse et propre, un vinyle se retire en général sans arracher, en tirant lentement et à faible angle. Sur du papier peint ancien, une peinture mate fragile ou un mur fraîchement repeint, le risque d'emporter la couche de surface est réel : mieux vaut attendre plusieurs semaines après une peinture neuve. La description du modèle indique un vinyle résistant à l'eau en 57 x 64 cm, ce qui autorise un dépoussiérage au chiffon humide.
« Trouver, découvrir et explorer quelconques îles, pays, régions ou provinces des païens et des infidèles, en quelque partie du monde qu'elles soient situées, jusqu'ici inconnues de tous les chrétiens. » Lettre patente d'Henri VII à Jean Cabot et à ses fils, 5 mars 1496.