Edward Collier : Boucanier des Caraïbes et allié du roi
Taper « edward collier » dans un moteur de recherche renvoie presque toujours à un peintre néerlandais du siècle d'or, spécialiste des vanités et des trompe-l'œil. À mon avis, cette confusion est le premier obstacle quand on cherche l'autre Edward Collier: l'officier boucanier anglais qui opérait dans les Caraïbes autour de 1669-1671, aux côtés d'Henry Morgan.

Cet article sépare les deux hommes, puis reprend ce qui est réellement daté chez le boucanier : un navire nommé, une commission signée par un gouverneur, une expédition. Le reste, tu verras, tient du récit recopié.
Tu y trouveras aussi la grille que j'utilise pour trier une page sur une figure secondaire de la flibuste : quatre points d'accroche, et une méthode qui marche pour n'importe quel capitaine oublié, pas seulement pour Collier.
- Deux hommes, un nom : Edwaert (ou Evert) Collier, peintre né à Bréda vers 1642 et mort à Londres vers 1708, et Edward Collier, officier boucanier anglais actif dans les Caraïbes autour de 1669-1671.
- Collier le boucanier apparaît dans l'entourage d'Henry Morgan, à la Jamaïque, quand le gouverneur Thomas Modyford distribuait des commissions contre les possessions espagnoles.
- Boucanier, flibustier, corsaire et pirate désignent quatre situations différentes : la distinction tient à l'autorisation écrite, à la cible et au sort en cas de capture.
- Les épisodes les plus cités : la perte du HMS Oxford en 1669, la saisie d'un navire français aux Antilles, l'expédition contre Panama en 1671.
- Sa naissance, sa mort et sa fin de carrière ne sont pas établies. L'absence de date est une information en soi.
- Aucun pavillon personnel ne lui est attesté : ce que tu trouveras sous ce nom relève du dessin moderne.
Deux Edward Collier, un seul nom : la confusion à lever d'abord
Le peintre et le boucanier n'ont aucun lien de parenté connu, aucune biographie commune, et ne se sont probablement jamais croisés. Le premier travaille aux Pays-Bas puis à Londres, le second navigue aux Antilles. Seule l'homophonie les réunit.
Edwaert Collier, dont le nom apparaît aussi sous les formes Evert Colyer, Edwart Collier ou Kollier, est né à Bréda vers 1642. Il est enregistré dans les guildes de Saint-Luc de Haarlem puis de Leyde, passe par Amsterdam puis s'installe à Londres, où il meurt en 1708. Ses tableaux les plus reconnaissables sont des vanités (crâne, sablier, bougie éteinte) et des trompe-l'œil de porte-lettres. Ses toiles sont conservées dans plusieurs musées européens et américains, ce qui explique sa présence massive dans les résultats de recherche.
Edward Collier le boucanier, lui, n'a laissé ni portrait ni signature d'artiste. Il existe dans les rapports coloniaux anglais et dans les récits sur Morgan, comme officier, jamais comme personnage central.
On retrouve ce point dans Edward Collier (lindahall.org).
Sur ce point, Edward, un prénom chic et indémodable ! (bebesetmamans.20minutes.fr) donne des repères vérifiables.
Statut : boucanier, flibustier, corsaire ou pirate ?
Collier appartient à la catégorie la plus floue des quatre. Il agit avec l'accord du gouverneur de la Jamaïque contre les possessions espagnoles, ce qui en fait un corsaire aux yeux de Londres, un pirate aux yeux de Madrid. Le mot qu'on choisit dépend du camp depuis lequel on regarde.
Le mot boucanier vient d'une pratique terrestre : les chasseurs de bétail sauvage de Saint-Domingue et de la Tortue fumaient la viande sur un gril de bois, le boucan. Ces hommes sont passés de la chasse à la course sur mer au fil du XVIIe siècle. Flibustier, lui, vient du néerlandais vrijbuiter, celui qui fait libre butin. Corsaire est un terme juridique : il suppose une lettre de marque ou une commission écrite, une nation ennemie désignée et une part du butin reversée à l'autorité qui a signé. Pirate, du grec peiratês, ne suppose rien du tout, sinon la corde en cas de capture.
| Statut | Origine du mot | Autorisation écrite | Cibles | Sort en cas de capture |
|---|---|---|---|---|
| Boucanier | Chasseurs de bétail de Saint-Domingue et de la Tortue, du boucan (viande fumée) | Variable, souvent obtenue après coup à la Jamaïque | Ports et navires espagnols des Caraïbes | Traité en pirate par l'Espagne, protégé par l'Angleterre selon la période |
| Flibustier | Du néerlandais vrijbuiter, celui qui fait libre butin | Parfois, selon le protecteur du moment | Navires marchands et villes côtières | Selon le pavillon sous lequel il opérait |
| Corsaire | Terme juridique européen | Oui : lettre de marque ou commission signée | Uniquement les navires de la nation ennemie désignée | Prisonnier de guerre |
| Pirate | Du grec peiratês, celui qui attaque | Aucune | Tous les navires, sans distinction de pavillon | Jugé et pendu |
On parle ici d'une période qui s'achève au début du XVIIIe siècle. La criminalité maritime contemporaine est un délit poursuivi, sans rapport avec ce folklore.
Dates et faits : ce qui est daté, ce qui ne l'est pas
Trois épisodes sont solidement rattachés à son nom, tous entre 1669 et 1671, tous liés à Morgan. Avant et après, plus rien de daté.
1669, l'Île-à-Vache. Le HMS Oxford, frégate envoyée par la Couronne pour appuyer les opérations jamaïcaines, explose au mouillage au large de la côte sud d'Hispaniola, sainte-barbe partie par accident. Morgan survit, l'essentiel de l'équipage non. Collier est associé à ce navire dans les rapports de l'époque.
1669 encore, un navire français saisi. Un bâtiment français, Le Cerf Volant, est pris aux Antilles et passe sous pavillon anglais sous le nom de Satisfaction. Changer le nom et le pavillon d'une prise était la règle, pas l'exception.
1670-1671. Opérations sur la côte de la Nouvelle-Grenade pour ravitailler la flotte, rassemblement des équipages, puis l'expédition contre Panama, la plus grosse entreprise de Morgan. Collier y figure comme officier de second rang, avec un commandement réel mais un rôle de subordonné.
Sa date de naissance, sa mort, sa famille et sa fin de carrière restent inconnues. Quand une page te donne « né en 16.. à Bristol » sans référence, c'est du remplissage.
Navires : quel gréement pour ce type d'opérations
Une flotte de flibuste des années 1670 n'était pas une escadre homogène. Un ou deux gros bâtiments donnaient l'artillerie et l'autorité, une nuée de petites coques assurait le reste : reconnaissance, débarquement, remontée de rivière.

La frégate apportait le poids de la Couronne, au sens propre comme au sens figuré : batterie continue, équipage nombreux, et le pavillon d'un roi derrière l'opération. Sa perte, comme celle de l'Oxford, coûtait cher et se voyait dans les archives, ce qui explique qu'on la date précisément.
Le reste de la flotte tenait aux sloops et aux petites barques longues. Faible tirant d'eau pour passer les hauts-fonds antillais, mâture simple, capacité à remonter au vent, équipage réduit. La goélette telle qu'on l'imagine se répand plus tard, au XVIIIe siècle : pour les années 1670, mieux vaut parler de sloop et de barque. J'ai un faible assumé pour ces petites coques ; elles expliquent mieux une carrière de boucanier qu'un grand navire de ligne, parce que ce sont elles qui décidaient où l'on pouvait aller.
Si tu veux voir à quoi ressemble concrètement un gréement de ce genre, une maquette ou un set de construction reste le plus lisible : les bateaux pirate en maquette et en sets permettent de repérer d'un coup d'œil la coque courte, le mât unique et la longue bôme.
Commissions et traités : le cadre légal derrière les raids
Les raids de Morgan et de ses officiers reposaient sur des commissions délivrées à la Jamaïque, avec Port Royal comme base arrière. Un traité signé en Europe pouvait rendre ces mêmes commissions illégales du jour au lendemain.
Thomas Modyford, gouverneur de la Jamaïque, avait un intérêt direct à armer les flibustiers : ils défendaient l'île à peu de frais et faisaient rentrer de l'argent à Port Royal. Le traité anglo-espagnol conclu à Madrid en 1670 change la ligne de Londres : l'Angleterre et l'Espagne reconnaissent mutuellement leurs possessions américaines. L'attaque de Panama, menée après cette signature, devient donc un embarras diplomatique. Modyford est rappelé et arrêté, Morgan envoyé en Angleterre pour s'expliquer avant de revenir plus tard à la Jamaïque comme lieutenant-gouverneur.
Les officiers de second rang, eux, ne bénéficient pas de ce traitement. Ils cessent simplement d'apparaître dans les correspondances officielles. C'est probablement ce qui est arrivé à Collier : pas une disparition romanesque, une sortie de la paperasse. Voilà pourquoi la piraterie de cette période se comprend mieux en regardant les gouverneurs que les hors-la-loi solitaires.
Sources : à quoi se fier quand on lit sur Collier
Trois familles de sources tiennent : le récit d'Exquemelin, les archives coloniales anglaises, et les travaux universitaires consacrés à Morgan. Le reste recopie, souvent en ajoutant.
Alexandre Olivier Exquemelin, chirurgien embarqué, publie en 1678 De Americaensche Zee-Roovers, la source de référence sur les boucaniers. Témoin direct, donc précieux, mais partial et surtout remanié à chaque traduction : les éditions anglaise, espagnole et française ne racontent pas tout à fait la même chose. Les rapports de gouverneurs, listes de navires et dépositions figurent dans les Calendars of State Papers coloniaux numérisés sur British History Online : c'est là que se trouvent les dates et les noms de bâtiments.
- Identifier le Collier dont il s'agit avant de lire la suite : peintre ou boucanier.
- Chercher un navire nommé. Sans nom de bateau, on lit un résumé de résumé.
- Chercher une date d'archive rattachée à un rapport, pas une fourchette vague.
- Vérifier s'il y a une commission derrière l'action. Elle change le statut du personnage, donc tout le récit.
- Se méfier des ajouts décoratifs: dialogues reconstitués, portrait gravé, pavillon personnel, devise. Aucun de ces éléments n'est attesté pour lui.
Sur la question du pavillon, la réponse est simple : les emblèmes documentés appartiennent à des capitaines de la génération suivante, celle des années 1710-1720. J'ai détaillé les plus fiables dans mon tour d'horizon des drapeaux pirates les plus célèbres, si tu veux voir la différence entre un pavillon décrit dans un procès et un dessin inventé au XXe siècle.
Symboles marins : lire un gouvernail, une ancre, une rose des vents
Faute de pavillon attesté, ceux qui veulent porter quelque chose en rapport avec cette période se tournent vers les symboles de métier : gouvernail, ancre, rose des vents. Ce sont des signes de fonction, pas des emblèmes de capitaine, et c'est précisément ce qui les rend utilisables aujourd'hui.
Ce que portaient réellement les hommes d'équipage était plus modeste que ce que montre le cinéma : une boucle d'oreille, une petite croix, parfois une médaille de dévotion, une bague marquée. Rien d'ostentatoire, pour la raison simple qu'un objet trop voyant se perd ou se vend.
Deux critères concrets suffisent à juger un pendentif marin. La matière d'abord : l'acier inoxydable 316L est la référence pour une pièce destinée à être portée près de la mer, parce qu'il ne noircit pas et ne rouille pas, contrairement au laiton doré qui se ternit au contact de la peau et de l'humidité. Les dimensions ensuite : une chaîne de 60 cm descend sur le haut du sternum et se porte aussi bien sur un t-shirt uni que sous une chemise ouverte, et un pendentif autour de 45 x 40 mm reste lisible à un mètre sans encombrer le col.
Si tu cherches à garder sur toi un rappel marin sans passer par un faux emblème historique, c'est ce couple gouvernail-ancre que je regarde en premier.
Ce n'est pas la bonne pièce pour tout le monde. Si tu portes déjà une chaîne courte et que tu veux un bijou qui disparaisse sous un col fermé, 60 cm et 45 mm de pendentif seront trop présents : une ancre seule, plus petite, ou une bague marquée conviendront mieux. Et pour qui cherche une reconstitution d'époque, aucun bijou du commerce ne remplira ce rôle.

Décor, costume, jeu : où placer Collier chez soi
Aucun portrait de Collier n'existe, donc rien à accrocher sous son nom. Ce qui fonctionne pour évoquer cette période, c'est le décor de sa géographie : une carte des Caraïbes, un pavillon générique, une vue de Port Royal.
Côté mur, un pavillon Jolly Roger classique ou une carte marine tiennent mieux qu'un faux portrait d'époque acheté en poster. Pour un pavillon destiné à un mur, regarde les dimensions et les œillets avant le dessin : une pièce de 90 x 150 cm demande un pan de mur dégagé, et deux œillets suffisent pour une punaise ou une tringle fine.
Côté costume, la silhouette de la fin du XVIIe siècle est plus simple que celle des films : chemise à manches bouffantes, gilet ou veste longue, ceinture large, tricorne, bottes. C'est une tenue d'officier, pas de forban en haillons, et elle se compose très bien à partir des déguisements pirate par public en gardant deux ou trois pièces neutres qui se reportent ensuite.
Côté famille, raconter Morgan et ses officiers à des enfants marche mieux avec un objet à manipuler qu'avec un cours. Une carte au trésor et un coffre en bois à ouvrir suffisent à tenir une bande de six ans pendant une heure : on cache le coffre, on trace le trajet, on parle des îles au passage. Les sabres et pistolets du catalogue sont des accessoires de costume, en mousse, gonflables ou décoratifs, et ils restent à la maison.
Le critère qui compte le plus
Sur une page consacrée à une figure secondaire de la flibuste, quatre points d'accroche décident de tout : l'orthographe du nom, la commission, le navire nommé, la date d'archive. Ce qui ne se rattache à aucun des quatre est un récit.
Pour Collier, l'ordre est toujours le même chez moi. D'abord vérifier de quel Collier on parle. Ensuite chercher un bateau et une date. Puis regarder s'il y a une autorité derrière l'action, parce qu'un officier commissionné et un pirate ne se racontent pas de la même façon. Enfin écarter les pavillons personnels attribués après coup, très fréquents pour les officiers de second rang, dont personne ne connaît le visage.
Et pour l'objet qu'on met sur un mur ou autour du cou, je préfère un symbole marin juste gouvernail, ancre, rose des vents à un emblème historique inventé. Le reste des motifs marins, ancre seule, boussole ou tête de mort, se compare tranquillement dans la sélection de colliers de Piraterie Shop si tu veux voir les formats côte à côte.
Ce qu'on me demande le plus
Qui était Edward Collier, le boucanier des Caraïbes ?
Un officier anglais actif dans les Caraïbes autour de 1669-1671, associé aux opérations d'Henry Morgan depuis la Jamaïque. Il apparaît dans les rapports coloniaux comme commandant subordonné, notamment autour du HMS Oxford et de l'expédition contre Panama. Sa naissance, sa mort et sa fin de carrière ne sont pas documentées.
Pourquoi la recherche « Edward Collier » renvoie-t-elle à un peintre néerlandais ?
Parce qu'Edwaert Collier, né à Bréda vers 1642 et mort à Londres vers 1708, a laissé plusieurs centaines d'œuvres, dont beaucoup conservées dans des musées, tous indexés en ligne avec son nom. Le boucanier, lui, n'existe que dans des archives et quelques pages spécialisées. La graphie flottante du nom du peintre (Evert, Colyer, Kollier) mélange encore un peu plus les résultats.
Quelle est la différence entre un boucanier et un pirate ?
Le boucanier tire son nom des chasseurs de bétail sauvage de Saint-Domingue et de la Tortue, et il opérait le plus souvent avec l'accord tacite ou écrit d'une autorité coloniale, presque toujours contre les Espagnols. Le pirate n'a aucune autorisation et s'attaque à tous les pavillons, avec la pendaison au bout s'il est pris. La frontière était poreuse : une commission arrivait parfois après le raid.
Quel était le lien entre Edward Collier et Henry Morgan ?
Collier servait sous Morgan comme officier de second rang, avec un commandement propre. C'est dans ce cadre qu'on le trouve rattaché au HMS Oxford en 1669, à la prise d'un navire français aux Antilles, puis à la campagne de 1671 contre Panama. Rien n'indique une relation autre que hiérarchique et opérationnelle.
Edward Collier avait-il son propre pavillon ou Jolly Roger ?
Aucun pavillon personnel ne lui est attesté, et c'est logique : les emblèmes individuels décrits dans les sources apparaissent surtout dans les années 1710-1720, une génération après lui. Les officiers commissionnés naviguaient sous le pavillon anglais, qui était justement l'intérêt de la commission. Un « drapeau d'Edward Collier » vendu ou dessiné aujourd'hui est une création moderne.
Que symbolisent le gouvernail et l'ancre sur un bijou marin ?
Ce sont des symboles de métier repris de la marine : on associe généralement le gouvernail à la tenue du cap et au commandement, l'ancre au mouillage et à la stabilité. Beaucoup de personnes y voient un rappel de ces deux idées réunies, sans que cela renvoie à un capitaine particulier. C'est une interprétation courante, pas une signification fixée.
Comment entretenir un pendentif marin en acier au quotidien ?
Un chiffon doux et sec suffit dans la plupart des cas, avec un passage à l'eau tiède si la pièce a pris de la sueur ou du sel. L'acier inoxydable 316L ne noircit pas et ne rouille pas, mais un bijou est un assemblage : chaîne, fermoir, anneau de suspension. Je l'ôte avant la piscine et avant le sport, moins pour le métal que pour éviter les tractions sur le fermoir.
Un nom de navire et une date valent mieux qu'un beau récit : sans eux, je considère que je lis un roman.