Benjamin Hornigold : Le pirate devenu corsaire
Vers 1716-1717, au large du Honduras, l'équipage de Benjamin Hornigold arraisonne un navire marchand, fouille la cale et repart avec les chapeaux des marins. Rien d'autre. Ses hommes avaient jeté les leurs à la mer pendant une nuit de beuverie, et il fallait bien se recouvrir la tête avant le soleil du matin.

L'épisode nous vient des dépositions recueillies auprès des victimes, et il décrit assez bien le capitaine : méthodique, économe en violence, voleur selon ses propres règles. C'est ce même homme qui, deux ans plus tard, acceptera le pardon du roi et pourchassera ses anciens compagnons.
Les dates établies, l'état réel des sources, la flottille qu'il commandait, et un critère simple pour comprendre ses retournements : regarder les papiers avant de regarder le pavillon. Le tout dans l'ordre où les documents le donnent.
- Benjamin Hornigold, né vers 1680 dans le Norfolk, est corsaire anglais avant de devenir pirate en 1713, à la fin de la guerre de Succession d'Espagne.
- Il fait partie du noyau fondateur de la base de New Providence (Nassau), qu'on appelle aujourd'hui la « République des pirates », et commande le Ranger, un sloop lourdement armé.
- Son équipage a formé Edward Teach, futur Barbe Noire, et croisé Samuel Bellamy comme Olivier Levasseur dit La Buse.
- Son refus d'attaquer les navires anglais lui coûte son commandement : ses hommes le destituent et élisent Bellamy.
- Il accepte le pardon royal appliqué aux Bahamas en 1718 par Woodes Rogers et devient chasseur de pirates.
- Il meurt en 1719 dans un naufrage entre les Bahamas et la Nouvelle-Espagne. La source d'époque la plus suivie reste l'ouvrage de Charles Johnson (1724).
Hornigold en dix lignes : dates, faits établis et sources disponibles
Naissance vers 1680, probablement dans le comté de Norfolk. Corsaire jusqu'à la paix de 1713, pirate depuis New Providence de 1713 à 1718, chasseur de pirates de 1718 à sa mort en 1719, par naufrage. Voilà ce que l'état des sources permet d'affirmer sans broder.
Le reste est plus flou qu'on ne le lit d'habitude. On ne connaît ni son acte de baptême, ni le nom de ses parents, ni la date à laquelle il est passé aux Bahamas. La source qui structure presque tous les récits est l'Histoire générale des plus fameux pirates, publiée à Londres en 1724 sous le nom de Charles Johnson, pseudonyme dont on a longtemps attribué la paternité à Daniel Defoe sans jamais le prouver. Le livre est proche des faits sur beaucoup de points, romancé sur d'autres, et rédigé pour être vendu.
Le second jeu de documents est plus sec et plus fiable : dépositions de capitaines marchands dépouillés, correspondance des gouverneurs coloniaux, transcriptions de procès de l'Amirauté. C'est là que se trouvent les chapeaux du Honduras.
- Chercher les papiers d'abord. Lettre de marque, commission, pardon : un statut juridique explique mieux une carrière qu'un caractère supposé.
- Dater la source, pas seulement l'événement. Un récit de 1724 sur une prise de 1716 n'a pas la valeur d'une déposition signée en 1716.
- Séparer déposition et narration. Une victime décrit ce qu'elle a vu ; un auteur londonien raconte ce qui se voit bien.
- Vérifier les noms de navires. Les sloops changent de nom à chaque prise, et les homonymes abondent.
- Ranger la fiction à part. Ce que Black Sails ou un jeu vidéo ajoute reste de la fiction, même quand c'est bien vu.
Corsaire du roi : la lettre de marque, la guerre d'Espagne et la rupture de 1713
Une lettre de marque est un mandat écrit délivré par une Couronne : elle autorise un armateur privé à capturer les navires d'une nation ennemie, fixe les cibles permises et règle le partage du butin après jugement de la prise. Hornigold a commencé là, du bon côté du papier.
Pendant la guerre de Succession d'Espagne, les Antilles fourmillent de ces équipages sous commission, anglais, français, espagnols, qui se chassent les uns les autres avec l'accord de leur gouvernement. Le métier est dur mais légal, et il nourrit des milliers de marins.
Le traité d'Utrecht met fin à la guerre en 1713. La conséquence est immédiate : les commissions ne valent plus rien, les marines réduisent leurs équipages, et des centaines d'hommes se retrouvent à quai sans solde, sans indemnité et sans autre compétence que la prise en mer. Beaucoup ont continué le même travail avec les mêmes navires et les mêmes proies, en retirant simplement les papiers de l'équation. Hornigold est de ceux-là.
Nassau et la République des pirates : comment fonctionnait la base de New Providence
New Providence n'a jamais été un État. C'était un mouillage bien choisi : une rade abritée, deux passes d'entrée, des fonds trop faibles pour qu'un navire de guerre de rang y manœuvre, et aucune autorité royale effective entre les raids franco-espagnols de 1703 et 1706 et l'arrivée d'un gouverneur en 1718.
Autour de ce mouillage s'organise une économie complète : receleurs qui rachètent les cargaisons, taverniers, charpentiers, plages où l'on couche un sloop sur le flanc pour gratter sa coque. Un capitaine pouvait y écouler du sucre, du cacao ou du bois de teinture sans qu'on lui demande d'où ils venaient. Thomas Barrow s'y proclame gouverneur, sans le moindre titre. Hornigold appartient au premier cercle, avant l'arrivée de Charles Vane, de Jack Rackham et d'Anne Bonny.
Le moteur économique des débuts se trouve au nord-ouest : en juillet 1715, une flotte espagnole chargée d'argent fait naufrage sur la côte de Floride. Pendant des mois, des équipages venus de Nassau vont pêcher sur les épaves ou détrousser les chantiers de sauvetage espagnols. C'est plus rentable et moins risqué qu'un abordage.
À bord, tout se règle par charte-partie : un contrat écrit ou juré, qui fixe les parts de butin, les indemnités en cas de blessure, l'interdiction des jeux d'argent parfois, et surtout le principe qui coûtera son commandement à Hornigold, l'élection du capitaine par l'équipage et sa destitution au même vote.
Le pavillon fait partie de cet outillage. En mer, il sert d'abord à parler à distance : un motif clair sur fond sombre se distingue à plusieurs encablures, bien avant qu'on puisse crier une sommation. Les toiles noires à motif blanc de la collection Drapeaux Pirate reprennent cette logique de contraste, qui n'a rien de décoratif à l'origine : c'était une question de lisibilité sous le vent.
Sloops, pirogues et le Ranger : la flottille qui a fait sa réputation
Hornigold commence petit : des pirogues armées et un seul sloop, avec un équipage réparti en trois groupes selon les relations d'époque. Il finira avec l'un des bâtiments les plus armés de la région, le Ranger, un sloop d'une trentaine de canons.
Le sloop des Bahamas est le bon outil pour ce métier. Un mât unique, une grand-voile aurique très longue sur bôme, souvent un foc et un hunier : peu d'hommes suffisent à la manœuvre, le bateau remonte bien au vent et tire peu d'eau, donc il se réfugie derrière un banc de sable où une frégate ne peut pas le suivre. Je préfère de loin ces coques-là aux grands trois-mâts : tout y est calculé pour partir vite et se faufiler, pas pour impressionner un port. Si tu veux le détail des gréements, le fonds navires du blog et la collection bateaux pirate couvrent le sloop, la goélette et le brigantin séparément.
La prise la plus lourde de conséquences date de la fin 1717 : un négrier français, La Concorde, capturé au large des Petites Antilles. Hornigold en confie le commandement à Edward Teach, qui le rebaptise Queen Anne's Revenge. C'est le navire avec lequel Barbe Noire bloquera Charleston quelques mois plus tard.
La tactique, elle, ressemble peu aux scènes de cinéma. Approche au plus près, sommation, pavillon hissé pour annoncer l'intention, puis reddition dans la grande majorité des cas. Un capitaine marchand mal armé, avec dix hommes d'équipage et une cargaison qui appartient à un armateur de Bristol, n'a aucune raison de se battre.
L'école Hornigold : Barbe Noire, Bellamy, La Buse
Hornigold pèse plus par les capitaines sortis de son bord que par ses propres prises. Trois noms suffisent à le montrer, et tous les trois ont fini plus célèbres que lui.
- Edward Teach, engagé vers 1716, sert d'abord sous ses ordres, reçoit un commandement subalterne en 1717, puis le Queen Anne's Revenge. Il deviendra Barbe Noire.
- Samuel Bellamy, associé aux mêmes eaux, commande un sloop d'une huitaine de canons avant de s'emparer du Whydah, un négrier anglais. Le navire sombre dans une tempête au large de Cape Cod en avril 1717 ; l'épave a été retrouvée dans les années 1980.
- Olivier Levasseur, dit La Buse, Français passé par Nassau, est l'un des rares de ce groupe à poursuivre sa carrière dans l'océan Indien.
Ces équipages naviguaient souvent « in consort » : deux ou trois navires associés pour une croisière, butin partagé à parts égales entre les bords, quel que soit celui qui a fait la prise. Cela explique pourquoi les récits mélangent les noms, et pourquoi un même coup se retrouve attribué à deux capitaines différents selon la déposition qu'on lit.
« Pas de quartier » : ce que disaient réellement les pavillons de Nassau
Accorder le quartier, dans le droit de la mer, c'est laisser la vie sauve à un équipage qui se rend. Le refuser signifie que l'assaut se poursuivra jusqu'au bout. Le pavillon servait à annoncer ce choix avant l'abordage, quand il était encore temps de rendre les armes.

L'interprétation la plus courante, appuyée sur plusieurs dépositions, distingue deux toiles : le pavillon noir laisse la porte ouverte à une reddition, le pavillon rouge annonce qu'aucun quartier ne sera donné. L'origine du mot « quartier » lui-même reste discutée, entre l'idée de logement d'un prisonnier et celle d'une rançon fixée au quart de la solde. Les deux hypothèses circulent, je m'arrête là.
Si l'idée est d'afficher Nassau plutôt qu'un capitaine précis, c'est justement ce motif de devise qu'il faut chercher, avec un format allongé et un contraste franc. Une toile faite pour être hissée se reconnaît à trois choses : les dimensions, la bande de guindant renforcée et les œillets métalliques. Un poster imprimé sur papier ne tiendra ni le vent ni l'humidité.
Deux réserves. Si tu cherches le pavillon attribué à un capitaine identifié, celui de Roberts ou celui de Calico Jack, ce n'est pas celui-ci : la devise inscrite dans le cercle est une formule moderne, et elle plaira moyennement à qui veut du strictement documenté. Et 90 x 150 cm, sur un mur de chambre déjà chargé, prend beaucoup de place : mesure ton pan de mur avant, un format plus petit vaut mieux qu'une toile pliée en deux.
Sur ce point, Benjamin Hornigold (worldhistory.org) donne des repères vérifiables.
Destitution, pardon royal et retournement : de capitaine pirate à chasseur de pirates
Hornigold a refusé, tout au long de sa carrière de pirate, d'attaquer les navires anglais. Ses hommes ont fini par voter contre lui pour ce motif et par élire Samuel Bellamy à sa place. La chronologie exacte de l'épisode varie selon les sources, entre 1716 et l'automne 1717.
En septembre 1717, George Ier proclame un pardon pour les pirates qui se rendront dans un délai fixé. Le texte arrive aux Bahamas l'année suivante, porté par Woodes Rogers, ancien corsaire nommé gouverneur, qui débarque à Nassau en juillet 1718 avec une escadre. Charles Vane refuse, met le feu à un navire de prise pour couvrir sa fuite et sort par l'autre passe. Hornigold, lui, accepte.
Rogers l'engage aussitôt pour traquer ceux qui n'ont pas voulu du pardon. Il court après Vane sans le rattraper, puis capture John Auger et ses hommes, jugés à Nassau et pendus en décembre 1718. Un an plus tôt, ils buvaient dans les mêmes tavernes.
C'est là que le mot « trahison » me paraît hors sujet. Hornigold ne s'est jamais considéré autrement que comme un sujet du roi d'Angleterre : il refusait déjà de toucher aux navires anglais quand il était hors la loi, et il a accepté une commission anglaise dès qu'on lui en a proposé une. La logique ne change pas, seul change le camp qui lui donne du travail. Sur le chemin inverse, celui d'un chasseur de pirates devenu pirate, j'ai écrit un article sur William Kidd qui éclaire bien ce que valaient les papiers de l'époque.
En 1719, son sloop se perd sur un récif entre les Bahamas et la Nouvelle-Espagne. Il n'y a ni tombe, ni date précise, ni corps retrouvé.
| Statut | Autorisation | Cibles permises | Rémunération | Risque en cas de capture | Période chez Hornigold |
|---|---|---|---|---|---|
| Corsaire | Lettre de marque signée par la Couronne | Navires des nations ennemies (Espagne, France) | Part du butin, le reste à l'armateur et à la Couronne | Statut de prisonnier de guerre, en principe | Avant 1713, guerre de Succession d'Espagne |
| Pirate | Aucune | Tout navire marchand, sauf les anglais dans son cas | Butin réparti selon la charte-partie de l'équipage | Pendaison après procès de l'Amirauté | 1713-1718, base de New Providence |
| Chasseur de pirates | Commission du gouverneur des Bahamas | Anciens compagnons refusant le pardon | Prime et solde de l'administration coloniale | Représailles des équipages traqués | 1718-1719, sous Woodes Rogers |
Hornigold à l'écran et sur un mur : fiction, mémoire et façons d'afficher Nassau chez soi
Hornigold est devenu un personnage de fiction avant d'être une figure connue du grand public. Deux œuvres l'ont installé : la série Black Sails, où il tient un rôle central sur plusieurs saisons, et le jeu Assassin's Creed IV Black Flag, où il apparaît d'abord comme mentor puis comme cible.
Les deux prennent des libertés, et pas les mêmes. La série développe des intrigues personnelles qui n'ont aucun appui documentaire, mais elle rend bien la mécanique de vote à bord et la fragilité d'un capitaine élu. Le jeu, lui, reprend fidèlement le retournement de 1718 : le pirate qui accepte le pardon et passe du côté de la chasse. C'est un point historique solide, arrivé dans un jeu vidéo avant d'arriver dans les manuels.
Trois styles, donc, à garder séparés : l'histoire attestée des années 1713-1719, la fiction, et le jeu ou la décoration. Les trois sont légitimes, aucun ne prouve les autres.
Pour composer un mur sur le thème de Nassau, le pavillon de la République des pirates sert de point central, avec une carte ou un tableau des Bahamas à côté et un coffre posé au sol pour casser la verticalité. Pour une soirée costumée ou un anniversaire, la même toile fait un fond de table efficace, tendue par les œillets sur deux clous plantés dans un mur de garage ou de véranda, et le reste du costume se complète par pièces.
Un pavillon accroché à un mur et un pavillon hissé sont deux objets différents. Une toile qui pend le long du mât ne montre rien : il faut du vent pour qu'un motif se lise, et il faut un motif franc pour qu'il se lise de loin. C'est le critère qui a présidé au dessin des pavillons de l'âge d'or, et celui que je regarde en premier sur une toile moderne. Si tu cherches d'autres motifs, du Jolly Roger classique aux pavillons de capitaines identifiés, la collection de drapeaux de Piraterie Shop les classe par famille.
Questions fréquentes
Benjamin Hornigold était-il un vrai pirate ?
Oui, entre 1713 et 1718 : il opérait sans lettre de marque, depuis une base non reconnue, et il risquait la pendaison. Avant cette période, il était corsaire sous commission anglaise, ce qui est un métier légal. Sa particularité est d'avoir gardé pendant toute sa phase pirate une règle de corsaire, ne pas toucher aux navires anglais.
Qu'est-il arrivé à Ben Hornigold ?
Il est mort en 1719 dans un naufrage, son sloop s'étant perdu sur un récif quelque part entre les Bahamas et la Nouvelle-Espagne, alors qu'il travaillait pour le gouverneur des Bahamas. Le corps n'a jamais été retrouvé et la date exacte reste inconnue. Les récits qui donnent un jour précis ou un lieu nommé vont plus loin que les documents.
Qui est le pirate le plus connu ?
Pour la période 1650-1730, Edward Teach dit Barbe Noire domine largement, précisément parce que sa mise en scène (le pavillon, la barbe, le blocus de Charleston) a été reprise par les auteurs dès 1724. Bartholomew Roberts a fait plus de prises, Henry Every a rapporté davantage. Hornigold, qui a formé Teach, reste beaucoup moins cité qu'eux.
Quelle est l'histoire de la République des pirates à Nassau ?
Le terme désigne la période 1706-1718, pendant laquelle New Providence n'avait plus d'autorité royale effective et servait de base à plusieurs centaines de pirates. Il n'y a jamais eu de constitution, ni de gouvernement, ni de frontière : plutôt un port de vente et de réparation, avec des chartes-parties par équipage et quelques hommes qui se proclamaient gouverneurs. L'arrivée de Woodes Rogers en juillet 1718 y met fin.
Pourquoi Hornigold refusait-il d'attaquer les navires anglais ?
Parce qu'il se considérait comme un sujet du roi d'Angleterre et qu'il attendait, comme beaucoup d'anciens corsaires, une amnistie ou une nouvelle guerre qui rendrait son activité légale. Attaquer un navire de sa propre nation aurait rendu tout pardon impossible. Ses hommes, eux, voulaient les prises les plus faciles, d'où le vote qui l'a écarté du commandement.
Connaît-on le pavillon de Hornigold, et que choisir pour représenter Nassau sur un mur ?
Aucun pavillon personnel de Hornigold n'est décrit dans les sources d'époque, contrairement à ceux de Barbe Noire ou de Rackham. Pour évoquer la base plutôt qu'un capitaine, une toile à devise du type République des pirates convient bien : en 90 x 150 cm, elle occupe un pan de mur entier, et les deux œillets permettent de la tendre sans percer le tissu. Le polyester se lave à la main à l'eau froide et se sèche à plat.
« [Ses hommes] le déposèrent du commandement, parce qu'il refusait de prendre et de piller les navires anglais. » Charles Johnson, A General History of the Pyrates, 1724 (traduit de l'anglais).