René Duguay-Trouin : L'audacieux corsaire breton

René Duguay-Trouin : L'audacieux corsaire breton

En 1694, René Duguay-Trouin est prisonnier des Anglais à Plymouth après un combat perdu. Il s'en évade avec l'aide d'une jeune femme de la ville et rejoint Saint-Malo. L'épisode figure dans ses propres Mémoires, dictés à la fin de sa vie, ce qui invite à le lire comme un récit d'auteur plutôt que comme un procès-verbal. Il donne quand même le ton d'une carrière où la ruse compte autant que le canon.

Sa vie tient en quelques repères datés, et un document explique presque tout le reste : la lettre de marque. Avec ça en tête, on comprend pourquoi il a pu monter une escadre de dix-sept bâtiments pour aller à Rio, ce qu'un pirate n'aurait jamais eu les moyens d'organiser.

Les pages qui suivent donnent la chronologie, le montage financier de ses expéditions, les navires qu'il a commandés, et une grille en quatre statuts pour ne plus confondre corsaire, pirate, flibustier et boucanier.

Ce qu'il faut savoir avant de lire
  • René Trouin, sieur du Gué, dit Duguay-Trouin : né le 10 juin 1673 à Saint-Malo, mort le 27 septembre 1736 à Paris.
  • Corsaire et non pirate : il naviguait avec une lettre de marque délivrée au nom du roi, ce qui rendait ses prises légales et partageables entre armateurs, équipage et Couronne.
  • Premier embarquement à 16 ans en 1689, premier commandement à 18 ans, capture du vice-amiral hollandais Wassenaër en 1697.
  • Son fait d'armes majeur : la prise de Rio de Janeiro en 1711, expédition privée montée avec des armateurs et rançon considérable arrachée aux Portugais.
  • Il finit lieutenant général des armées navales en 1728 et laisse des Mémoires, source directe mais écrite à sa gloire.
  • Ses cendres reposent depuis 1973 dans la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo, et la Marine nationale a donné son nom à plusieurs bâtiments.

Corsaire, pirate, flibustier : poser les mots avant de raconter la vie

Duguay-Trouin est un corsaire. Il attaquait les navires ennemis en temps de guerre, muni d'une commission délivrée au nom du roi, et il rendait des comptes à l'amirauté sur chaque prise ramenée au port. Le pirate, lui, agit pour son compte, contre tous les pavillons, et risque la corde s'il est pris.

La lettre de marque n'était pas un détail de paperasse. Elle fixait la validité de la capture, le passage devant le tribunal des prises, le partage du produit entre l'armateur qui avait avancé les fonds, l'équipage et la Couronne. Sans ce document, une cargaison reprise à un marchand hollandais était un vol ; avec lui, c'était une opération de guerre financée par des particuliers.

Les mots « flibustier » et « boucanier » viennent des Antilles du XVIIe siècle, de la Tortue et d'Hispaniola, avec des statuts flous et des commissions parfois arrachées à un gouverneur colonial. Ils ne conviennent pas à un capitaine malouin qui chasse en Manche et sur les atterrages du Portugal. Vauban, dans un mémoire adressé au roi au milieu des années 1690, défendait la course comme une arme d'État moins ruineuse que l'entretien de grandes flottes de ligne : c'est dans cette logique que Saint-Malo a armé ses navires.

Ce détail est expliqué dans Généalogie de René DUGUAY-TROUIN (geneastar.org).

Corsaire, pirate, flibustier, boucanier : quatre statuts à ne pas confondre
Statut Autorisation Zone et période typiques Sort en cas de capture Exemple
Corsaire Lettre de marque délivrée au nom du roi, en temps de guerre Manche, Atlantique, Méditerranée, XVIIe-XVIIIe s. Prisonnier de guerre, échangeable René Duguay-Trouin, Jean Bart, Robert Surcouf
Pirate Aucune : attaque tous pavillons pour son compte Caraïbes, océan Indien, âge d'or 1650-1730 Jugé et pendu Barbe Noire, Calico Jack
Flibustier Commissions parfois obtenues de gouverneurs coloniaux, statut flou Antilles, XVIIe s. Variable selon le protecteur du moment Les flibustiers de la Tortue
Boucanier Aucune à l'origine : chasseurs installés à terre passés à la mer Hispaniola et Tortue, XVIIe s. Traités comme pirates Les boucaniers d'Hispaniola
Bon à savoir Un corsaire de Louis XIV ne hissait pas de tête de mort : son pavillon réglementaire était le pavillon blanc du roi, qu'il devait montrer avant de tirer. Les fausses couleurs faisaient partie des ruses de guerre admises, à condition de reprendre son vrai pavillon au moment du combat. Le motif noir à crâne blanc appartient à l'imagerie pirate, et c'est aujourd'hui l'un des dessins les plus lisibles parmi les pavillons noirs à motif blanc vendus pour la décoration.

Saint-Malo en 1673 : la ville qui fabrique des corsaires

Duguay-Trouin naît dans une cité d'armateurs, pas dans un repaire. Saint-Malo s'est enrichie sur la morue de Terre-Neuve, le commerce de Cadix et les expéditions vers la mer du Sud, et cette richesse a servi à armer des navires de course dès que la guerre reprenait.

Un chenal encaissé entre remparts de granit, maisons à toits d'ardoise et bateaux amarrés sous un ciel gris.
Un chenal encaissé entre remparts de granit, maisons à toits d'ardoise et bateaux amarrés sous un ciel gris.

Il est le septième d'une famille nombreuse d'armateurs. On le destine d'abord à la prêtrise : études à Rennes puis à Caen, tonsure, avant que la mer ne l'emporte. Le nom qu'on retient est une contraction : René Trouin, sieur du Gué, devenu Duguay-Trouin dans les archives comme dans les récits.

Ce que finance un armateur malouin est très concret : la coque, la voilure, l'artillerie, les vivres pour plusieurs mois, les avances versées à l'équipage avant le départ. En échange, il prélève la part la plus grosse sur les prises jugées bonnes. Un capitaine de course était donc évalué comme un gestionnaire autant que comme un combattant : ramener trois navires marchands intacts valait mieux qu'un beau duel.

Ce détail est expliqué dans Biographie de RENÉ DUGUAY-TROUIN (1673-1736) (universalis.fr).

1689-1697 : premières campagnes, premières prises

Il embarque à 16 ans, en 1689, et commande à 18. Entre les deux, il apprend le métier de mer avant celui de chef : le mal de mer des débuts, la manœuvre, le quart, la façon de conduire un équipage nombreux dans un espace étroit.

Les navires se succèdent vite dans sa carrière de course : le Danycan, l'Hermine, la Diligente, la Bellone, la Railleuse. Ses terrains de chasse sont la Manche, la mer du Nord, les côtes d'Irlande et les approches du Portugal, là où les convois marchands anglais et hollandais passent en nombre.

Maquette en bois d'une frégate à trois mâts, voilure en toile écrue et gréement fin, posée sur une table avec carte marine.
Maquette en bois d'une frégate à trois mâts, voilure en toile écrue et gréement fin, posée sur une table avec carte marine.

1694 est l'année dure : combat perdu, capture, détention à Plymouth, puis l'évasion racontée plus haut. Trois ans plus tard, en 1697, il enlève un convoi hollandais et fait prisonnier le vice-amiral Wassenaër. C'est cette affaire qui le fait remarquer à Versailles et lui ouvre la porte de la Marine royale.

Passer du corsaire au capitaine du roi : ce que change l'entrée dans la Royale

À partir de 1697, il cumule deux vies : capitaine de frégate cette année-là, capitaine de vaisseau en 1705, chef d'escadre en 1715, lieutenant général des armées navales en 1728. Il reçoit l'anoblissement et une épée d'honneur, récompenses royales pour une réussite d'abord privée.

Pendant la guerre de Succession d'Espagne (1702-1713), la course devient une arme économique de premier plan contre les convois anglais et hollandais. Le raisonnement de l'époque est simple : couler ou capturer le commerce ennemi coûte moins cher que de lui livrer bataille en ligne, et rapporte de l'argent au lieu d'en engloutir.

Le montage le plus courant mélange les fonds. Des vaisseaux du roi sont confiés à des particuliers qui les arment à leurs frais, avec un partage des prises négocié à l'avance. Duguay-Trouin a navigué dans ce cadre hybride presque toute sa vie, et c'est ce statut mixte qui rend son parcours illisible quand on essaie de le ranger dans la case « pirate ».

Rio de Janeiro 1711 : anatomie d'une expédition

Rio est le sommet de sa carrière, et une opération de commerçants autant que de marins. Le mobile affiché est la vengeance : en 1710, Jean-François Duclerc avait échoué devant la ville, avait été fait prisonnier, puis tué en captivité.

Le montage repose sur une compagnie d'armateurs qui réunit des capitaux privés, une escadre de dix-sept bâtiments et plusieurs milliers d'hommes (les chiffres varient d'une source à l'autre, autour de 5 000). La préparation compte le renseignement sur les forts qui défendent l'entrée de la baie, le choix du moment, puis le forcement du goulet sous le feu des batteries.

Suivent le débarquement, la prise de la ville et la négociation d'une rançon payée en or, en sucre et en bétail. Le retour se paie en naufrages, mais le résultat financier reste très favorable aux actionnaires, et le roi félicite le chef d'expédition. Si tu veux voir comment ce genre d'affrontement se déroulait à l'échelle d'un combat naval, j'ai écrit un article sur le top 3 des plus féroces batailles navales pirates.

Lire les navires de Duguay-Trouin : frégate, corsaire et vaisseau de ligne

La course privilégie la vitesse, la manœuvre et un tirant d'eau modéré. On y trouve des sloops, des brigantins, des frégates légères : des coques qui rattrapent un marchand, se dérobent devant un vaisseau lourd et se faufilent près des côtes.

Une frégate corsaire, c'est une voilure généreuse, une artillerie moyenne et surtout un équipage nombreux, parce qu'il faut pouvoir aborder puis armer les prises pour les ramener au port. Le vaisseau de ligne joue l'inverse : puissance de bordée écrasante, mais navire lent, cher à armer et difficile à nourrir en mer pendant des mois.

Deux maquettes de voiliers à coque vernie posées sur une étagère en bois, voiles en toile écrue déployées.
Deux maquettes de voiliers à coque vernie posées sur une étagère en bois, voiles en toile écrue déployées.

Pour reconnaître ces gréements sur une maquette, un tableau ou un set de construction, je regarde d'abord le nombre de mâts, puis la hauteur du gréement par rapport à la coque, enfin le nombre de sabords par bordée. Aux fêtes maritimes de Brest, en 2016, j'ai passé quatre jours à noter ces trois données dans un carnet, mât par mât : c'est le moyen le plus rapide de trier une silhouette. Ma préférence va aux petits gréements, plus vifs et plus lisibles qu'un trois-mâts, et c'est aussi ce qu'on retrouve dans la plupart des maquettes et bateaux pirates à poser sur une étagère. Sur la façon de lire une voilure de goélette, je détaille tout dans mon article sur la goélette à trois mâts Tern.

Séparer l'homme de sa légende : sources, Mémoires et zones d'ombre

La source principale sur sa carrière est sa propre plume.

Deux erreurs circulent souvent : une naissance datée du 6 février, et l'année 1672. Les états civils retenus par les biographes donnent le 10 juin 1673. Les biographes du XIXe siècle, eux, ont largement héroïsé le personnage, au point de gommer ce que la course impliquait : des prisonniers, des équipages tués, des villes rançonnées, une guerre menée contre le commerce et les civils qui en vivaient.

Quand deux notices se contredisent, voici l'ordre dans lequel je vérifie :

  1. Les actes: baptême, contrats d'armement, nominations, jugements de prises. Ce sont les seules pièces datées et signées.
  2. Les archives d'amirauté: elles disent quel navire, quel armateur, quelle commission, et parfois le partage exact du produit.
  3. Les Mémoires: à lire pour les détails de manœuvre et d'ambiance, en gardant à l'esprit qui les dicte.
  4. Les biographies du XIXe siècle: utiles pour la postérité du personnage, à manier avec prudence sur les faits.
  5. Les sites généralistes: en dernier, pour repérer les dates qui se recopient d'une page à l'autre sans source.

Sur la descendance, la prudence s'impose aussi : il n'a pas laissé de descendance légitime, et le nom s'est prolongé par des branches collatérales. Les filiations avancées ici ou là méritent d'être vérifiées dans les registres avant d'être reprises.

Mettre Duguay-Trouin chez soi : pavillon, décor et repères d'accrochage

Pour évoquer un corsaire français chez soi, le pavillon reste la pièce la plus simple. Fond noir, motif blanc de profil, tête de mort au tricorne et sabres croisés : ce dessin relève de l'imagerie pirate moderne, les sources ne l'attribuant à aucun capitaine français en particulier, et il se voit encore quand on recule de plusieurs mètres.

Trois points se vérifient au moment de choisir : l'ourlet et la bande de guindant, qui encaissent la traction ; les œillets métalliques, qui prennent la drisse ou un crochet sans arracher la toile ; la netteté de l'impression, contours francs et couleurs qui ne bavent pas, sinon le motif se brouille à trois pas. Le format 90 x 150 cm est le standard de mât comme de mur.

Drapeau noir en polyester à tête de mort et sabres croisés, œillets en laiton et cordage tressé sur planches de bois.
Drapeau noir en polyester à tête de mort et sabres croisés, œillets en laiton et cordage tressé sur planches de bois.

Si tu cherches un objet fidèle à la réalité historique du personnage, ce pavillon ne l'est pas : Duguay-Trouin hissait le pavillon blanc du roi, et une reproduction de ce pavillon-là, ou un portrait gravé encadré, ira mieux dans un décor documentaire. Le pavillon noir relève du registre pirate, celui du jeu et de la décoration.

Le détail qui aide Pour tendre un pavillon sur un mur sans le percer, deux crochets adhésifs placés dans l'axe des œillets suffisent, avec un léger mou pour éviter que la toile tire sur la bande de guindant. Sur une hampe de jardin, pense à l'amener quand le vent forcit : c'est l'ourlet du côté libre qui s'effrange le premier.

Pour compléter sans surcharger, un objet fort par mur suffit : le pavillon, puis à part une carte marine encadrée, une maquette de navire, ou un coffre en bois posé au sol pour ranger le reste. Si tu veux comparer les motifs entre capitaines historiques, équipages de fiction et dessins de fabricant, la collection de drapeaux pirates est là pour ça, sans avoir à trancher tout de suite.

Les questions qu'on me pose

Quelle est l'histoire de René Duguay-Trouin ?

Né à Saint-Malo le 10 juin 1673 dans une famille d'armateurs, il embarque à 16 ans en 1689 et commande son premier navire à 18 ans. Après une captivité à Plymouth en 1694 et la capture du vice-amiral Wassenaër en 1697, il entre dans la Marine royale, monte l'expédition de Rio de Janeiro en 1711 et finit lieutenant général des armées navales en 1728. Il meurt à Paris le 27 septembre 1736.

Duguay-Trouin était-il un pirate ou un corsaire ?

Un corsaire, sans ambiguïté. Il naviguait avec une lettre de marque délivrée au nom du roi, ses prises passaient devant un tribunal et le produit se partageait entre armateurs, équipage et Couronne. Capturé, il était traité comme prisonnier de guerre, échangeable, là où un pirate pris était jugé et pendu.

Qui sont les descendants de René Duguay-Trouin ?

Il n'a pas laissé de descendance légitime. Le nom s'est prolongé par les branches collatérales de sa famille, nombreuse à Saint-Malo, et diverses filiations sont revendiquées çà et là sans pièces à l'appui. Avant de retenir une généalogie, le plus sûr est de demander l'acte : baptême, mariage, succession.

Qui est un célèbre corsaire malouin ?

Duguay-Trouin et Robert Surcouf sont les deux noms qui reviennent le plus, à un siècle d'écart : le premier sous Louis XIV, le second pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, dans l'océan Indien. Saint-Malo compte bien d'autres capitaines de course moins connus, comme Alain Porée, dont les campagnes apparaissent dans les archives d'armement de la ville.

Qui étaient les corsaires de Louis XIV ?

Les plus cités sont Jean Bart, de Dunkerque, Duguay-Trouin, de Saint-Malo, le chevalier de Forbin, provençal, et Jacques Cassard, nantais. Tous ont mené la course pour des armateurs privés avant d'obtenir des commandements dans la Marine royale, ce qui correspond à la politique de guerre au commerce défendue à l'époque comme moins coûteuse que les grandes flottes de ligne.

Où est enterré René Duguay-Trouin et où voir sa trace à Saint-Malo ?

Ses cendres reposent depuis 1973 dans la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo. La ville lui a élevé une statue et son nom a été porté par plusieurs bâtiments de la Marine nationale, ce qui reste la trace la plus visible de sa postérité en dehors des livres.

Comment accrocher un pavillon 90 x 150 cm sans abîmer la toile ?

Le principe est de faire porter l'effort par les œillets et la bande de guindant, jamais par le tissu imprimé. Sur un mur, deux crochets dans l'axe des œillets suffisent, avec un peu de mou ; à l'extérieur, une drisse passée dans les deux œillets et un pavillon amené par vent fort limitent l'usure du bord libre. Ni punaises au milieu de la toile, ni scotch : ce sont eux qui laissent des trous définitifs.

« Ni Français, ni Breton, Malouin suis. » Adage de Saint-Malo, cité de longue date par les historiens de la ville.