Nassau : République pirate ou corsaire ?

Nassau : République pirate ou corsaire ?

En juillet 1718, Woodes Rogers débarque à New Providence avec une commission de gouverneur et une amnistie signée du roi George Ier. Benjamin Hornigold, l'un des chefs de la bande de Nassau, accepte le pardon. Les mois suivants, il navigue sur le même sloop, avec une partie du même équipage, pour traquer ses anciens compagnons. Le même homme, deux statuts juridiques opposés en moins de douze mois.

C'est pour ça que la question « Nassau, république pirate ou port corsaire ? » se règle mal avec un mot. Elle se règle avec une date et un nom de capitaine.

Ci-dessous : ce que contenait une lettre de marque, la chronologie de New Providence entre 1696 et 1725, ce qui séparait concrètement un corsaire d'un pirate au moment de la capture, et une méthode simple pour trier ce qu'on lit sur le sujet, y compris quand ça vient d'une série ou d'un jeu vidéo.

L'essentiel
  • Nassau, sur l'île de New Providence (aujourd'hui capitale des Bahamas), n'a jamais eu de constitution, de gouvernement élu ni de reconnaissance étrangère : « république des pirates » est une commodité de langage d'historien, reprise ensuite par la fiction.
  • Le seul critère juridique qui sépare corsaire et pirate est la lettre de marque délivrée par un État en guerre, avec obligation de faire juger la prise devant une cour d'amirauté.
  • La paix d'Utrecht (1713-1714) met des milliers de corsaires au chômage. Beaucoup basculent dans la piraterie, une partie depuis Nassau.
  • L'arrivée de Woodes Rogers en 1718 avec l'amnistie royale fait changer de camp des individus, sans rien modifier au statut du port.
  • Un port peu profond, des passes difficiles pour une frégate et des sloops à faible tirant d'eau expliquent la survie du repaire mieux que n'importe quel idéal politique.
  • Côté objets : les pavillons attribués à des capitaines et les emblèmes commémoratifs de Nassau ne reposent pas sur les mêmes sources que les motifs inventés par la fiction.

Lettre de marque : le document qui décide de tout

Une lettre de marque est une autorisation écrite, délivrée par un souverain en guerre, d'armer un navire privé pour attaquer les bâtiments d'un ennemi nommé. Sans ce papier, la même prise devient un vol en mer. Le titulaire est un corsaire ; celui qui s'en passe est un pirate, jugeable pour crime.

Le document n'est pas un blanc-seing. Il désigne l'ennemi, il fixe une durée, il oblige à conduire la prise devant une cour d'amirauté qui juge sa validité, et il prévoit la répartition : une part à la Couronne, une part aux armateurs qui ont financé l'armement, le reste à l'équipage. Un armateur pouvait aussi devoir verser une caution pour garantir la bonne conduite du capitaine.

La conséquence pratique apparaît au moment de la capture. Un corsaire pris par l'ennemi est en principe prisonnier de guerre, échangeable. Un pirate pris passe devant une cour, et la peine encourue est capitale. Un corsaire et un pirate embarqués sur le même type de sloop finissaient devant des juridictions opposées, pour des faits de mer très proches.

Sur la période 1713-1718, aucune commission britannique n'a été délivrée depuis Nassau : il n'y avait tout simplement plus d'autorité coloniale sur place pour en signer une. C'est le point qui tranche la question du titre plus sûrement que n'importe quel récit d'ambiance.

Reste le vocabulaire, souvent mélangé. Le Corsaire agit avec commission. Le Flibustier désigne les hommes des Antilles du XVIIe siècle, tantôt commissionnés, tantôt non. Le Boucanier vient des chasseurs installés à Hispaniola, passés à la mer. Le Pirate n'a pas de papier. Si le glissement d'un statut à l'autre t'intéresse, j'ai raconté le cas le plus net dans L'article consacré à William Kidd, chasseur de pirates devenu pirate.

Chronologie de New Providence, 1695-1725 : la seule façon de trancher

Selon l'année dont on parle, Nassau est une petite ville coloniale, une ruine abandonnée, un repaire de fait, puis un chef-lieu tenu par un gouverneur. Poser la date avant de discuter du statut évite la moitié des malentendus.

  • 1695: Charles Town est rebaptisée Nassau en l'honneur de Guillaume III, de la maison d'Orange-Nassau. Le nom de la ville vient de cette maison princière et n'a aucun rapport avec la piraterie.
  • 1703 et 1706: raids franco-espagnols pendant la guerre de Succession d'Espagne. La ville est pillée et brûlée, les colons se dispersent, l'administration cesse de fonctionner.
  • 1713-1714: paix d'Utrecht. Les commissions tombent, les équipages corsaires sont désarmés, des marins expérimentés se retrouvent sans emploi dans toute la Caraïbe.
  • 1715: la flotte de l'argent espagnole fait naufrage sur la côte de Floride. Des expéditions de récupération partent de New Providence, dont celle d'Henry Jennings, qui attaque en 1716 le camp espagnol chargé de repêcher les caisses, alors que les deux couronnes sont en paix.
  • 1716-1718: période dite du « Flying Gang ». Hornigold, Edward Teach dit Barbe Noire, Charles Vane, Jack Rackham utilisent Nassau comme base de radoub, de ravitaillement et de revente.
  • 1718: Woodes Rogers arrive comme gouverneur avec l'amnistie, fait remettre le fort en état et fait exécuter des condamnés en décembre.
  • 1722-1725: les procès de masse et les patrouilles réduisent l'activité dans la zone. L'âge d'or de la piraterie (1650-1730) touche à sa fin dans les Antilles.

La fenêtre pendant laquelle on peut parler de repaire pirate est courte : environ cinq ans. Avant, Nassau est un port de guerre secondaire où des corsaires britanniques relâchent avec leur commission en poche. Après, c'est une colonie surveillée.

Cible attaquée : ennemi désigné ou n'importe quelle voile

Un corsaire attaque le pavillon d'un pays nommé dans sa commission, pendant une guerre déclarée. Les équipages de Nassau, eux, s'en prennent à ce qui passe : britanniques, espagnols, français, néerlandais. C'est ce critère, plus que le discours ou le pavillon, qui range un équipage d'un côté ou de l'autre.

Le cas de Jennings montre bien le glissement. L'homme aurait détenu une commission jamaïcaine du temps de la guerre ; il attaque en 1716 un camp espagnol en pleine paix, avec plusieurs centaines d'hommes. Aucune cour d'amirauté ne validera cette prise. Le butin repart vers New Providence et se partage à bord.

À partir de là, Nassau ne « décide » rien. Il n'y a ni vote, ni proclamation, ni rupture officielle avec la Couronne. Des équipages, un par un, cessent de rendre des comptes à qui que ce soit.

Corsaire, pirate de Nassau, pirate amnistié : ce qui change concrètement
Critère Corsaire (avant 1713) Équipage de Nassau (1713-1718) Pirate amnistié après 1718
Titre juridique Lettre de marque d'un souverain Aucun document Pardon royal nominatif, parfois nouvelle commission
Cibles autorisées Navires de l'ennemi nommé Toute voile jugée prenable Pirates et navires ennemis désignés
Sort du butin Prise jugée en amirauté, parts Couronne et armateur Partage à bord selon les articles d'équipage Prime ou solde versée par l'autorité coloniale
Si capturé Prisonnier de guerre, échangeable Jugé pour piraterie, peine capitale Statut légal, protégé par sa commission
Autorité de référence Gouverneur ou amirauté d'une colonie Capitaine élu, « gouverneur » autoproclamé Woodes Rogers, gouverneur des Bahamas
Navire typique Sloop ou brigantin armé par des investisseurs Sloop de prise, parfois navire plus fort Sloop armé par la colonie

Partage du butin et autorité à terre : ce que « république » recouvre vraiment

Ce qu'on appelle « république pirate » désigne un ensemble de coutumes de bord, et non des institutions installées à terre. Ces coutumes existaient bel et bien, écrites, signées, appliquées. Elles ne fondaient aucun État.

Côté corsaire, la comptabilité est publique et judiciaire : registre des prises, expertise de la cargaison, audience d'amirauté, parts calculées d'avance entre la Couronne, les armateurs et l'équipage. Côté Nassau, le cadre tient dans les articles d'équipage signés avant la campagne : parts fixées par fonction, indemnités prévues pour la perte d'un bras ou d'une jambe, interdiction de jeu à bord chez certains capitaines, capitaine élu et révocable par les voix de l'équipage.

Un homme, Thomas Barrow, s'est proclamé « gouverneur » de Nassau vers 1717. Le titre apparaît dans des dépositions de marchands, pas dans une charte. Aucun texte fondateur, aucune assemblée, aucune monnaie, aucun tribunal permanent, aucune reconnaissance par une puissance étrangère. Une communauté d'équipages qui se partage une rade n'est pas une république au sens politique.

L'expression reste utile aux historiens parce qu'elle décrit une organisation sociale réelle et inhabituelle pour l'époque, avec des règles de répartition plus égalitaires que sur un navire marchand ou un vaisseau du roi. Elle induit en erreur dès qu'on la prend au pied de la lettre.

Dans la pratique Quand un texte, un documentaire ou une notice de produit parle de « république des pirates », regarde s'il cite une date, un nom de capitaine et une source d'archive. S'il n'y a que l'esprit du lieu et la liberté, tu es dans la mémoire moderne de Nassau, ce qui est parfaitement légitime pour de la décoration, à condition de ne pas la confondre avec un relevé d'époque.

Pavillon hissé : couleurs nationales, leurre ou Jolly Roger

Un navire pirate approchait le plus souvent sous fausses couleurs, en montrant le pavillon d'une nation amie du bâtiment convoité. Le pavillon noir n'apparaissait qu'au dernier moment, une fois la proie à portée : on amenait le leurre, on hissait le noir. Le pavillon rouge, lui, annonçait qu'aucun quartier ne serait accordé.

Pavillon noir à tête de mort posé sur le pont, à côté d'une longue-vue en laiton, d'une toile écrue et d'une étoffe rouge roulées.
Pavillon noir à tête de mort posé sur le pont, à côté d'une longue-vue en laiton, d'une toile écrue et d'une étoffe rouge roulées.

Les motifs attribués aux capitaines liés à Nassau nous viennent presque tous de sources tardives, d'abord de l'Histoire générale des plus fameux pirates publiée à Londres en 1724 sous le nom de Charles Johnson, puis de compilations du XIXe et du XXe siècle. Le crâne surmontant deux sabres croisés associé à Jack Rackham, le squelette perçant un cœur associé à Barbe Noire : ces dessins circulent depuis longtemps, ils ne reposent pas sur un croquis contemporain conservé. Je les cite comme attributions, pas comme relevés.

À côté de ces pavillons attribués, il existe une famille d'emblèmes commémoratifs : le Jolly Roger blanc inscrit dans un cercle, avec une devise qui court le long du cartouche. Ce type de composition appartient à la mémoire moderne de Nassau, entretenue par les romans, les séries et les jeux vidéo. Le repérer évite de présenter un emblème du XXIe siècle comme un pavillon du XVIIIe, et il n'enlève rien à son intérêt décoratif. On retrouve les deux familles côte à côte dans une Collection de pavillons pirates un peu fournie.

Deux repères matériels valent pour tous les modèles. Le format 90 x 150 cm est le standard des pavillons de hampe : c'est la dimension qui reste lisible à trois mètres, sur un mur comme au vent, alors qu'un tissu plus petit devient illisible dès qu'il faseye. Et une bande de renfort avec deux œillets métalliques distingue un pavillon qu'on peut envoyer sur une drisse d'un simple textile à punaiser.

Ourlet piqué au fil blanc entre le tissu bleu marine et la bande de guindant écrue, posé sur béton.
Ourlet piqué au fil blanc entre le tissu bleu marine et la bande de guindant écrue, posé sur béton.

En 2016, aux fêtes maritimes de Brest, j'ai passé quatre jours à regarder des pavillons hissés pour de vrai sur des mâts qui bougent. Un pavillon en usage n'apparaît en entier que par intermittence, entre deux claquements de toile : les motifs simples et très contrastés gagnent, les dessins chargés disparaissent.

Si tu veux afficher cette page d'histoire chez toi en l'assumant comme une évocation, un pavillon commémoratif remplit très bien ce rôle : le motif est lisible de loin, il se pose au mur d'une pièce de jeu ou d'un bureau, et il supporte une hampe de jardin quand le tissu et les œillets suivent. C'est dans cette famille que je range celui-ci, vendu chez Piraterie Shop.

Si tu cherches précisément le pavillon attribué à un capitaine identifié, celui de Rackham ou celui de Roberts par exemple, ce modèle-là ne conviendra pas : la devise inscrite dans le cercle n'appartient à aucun équipage documenté. Dans ce cas, mieux vaut choisir un motif attribué et le présenter comme tel.

Ce détail est expliqué dans Trois épaves viennent d'être découvertes à Nassau ... (nationalgeographic.fr).

Bateau et tirant d'eau : pourquoi Nassau plutôt qu'un autre port

La rade de Nassau est abritée par Hog Island, l'actuelle Paradise Island, avec deux passes peu profondes. Un sloop y entre à toute heure ; une frégate de la Royal Navy, avec son tirant d'eau, hésite ou reste dehors. La géographie a protégé le repaire aussi efficacement que n'importe quel accord entre capitaines.

Le sloop des Bahamas est le navire type de la période : un mât, une grande surface de voilure pour la taille de la coque, un faible tirant d'eau, un équipage nombreux relativement au tonnage. Il rattrape un marchand, il aborde vite, et il se réfugie dans des hauts-fonds où le poursuivant ne peut pas suivre. Les petits gréements qui tirent peu d'eau restent, pour moi, la partie la plus intéressante de toute cette histoire : c'est la coque qui explique la tactique, pas l'inverse.

Deux maquettes de voiliers en bois, sloop à un mât et goélette à deux mâts, sur un rebord de fenêtre face à la mer.
Deux maquettes de voiliers en bois, sloop à un mât et goélette à deux mâts, sur un rebord de fenêtre face à la mer.

Quand une prise valait mieux que le sloop, on la convertissait. Barbe Noire a transformé un ancien navire négrier français, La Concorde, capturé fin 1717, en Queen Anne's Revenge, en le perçant de sabords supplémentaires. Un bâtiment plus lourd, plus armé, plus lent, plus difficile à caréner : un choix de puissance qui coûtait en souplesse.

Sur une maquette ou un set de construction, le nombre de mâts et le type de voilure suffisent à identifier le navire : un mât et une grand-voile aurique pour le sloop, deux mâts à voiles auriques pour la goélette, deux mâts dont un carré pour le brigantin. Ça se vérifie en dix secondes sur la photo d'un Bateau pirate miniature avant de commander.

Sortie de piraterie : l'amnistie de 1718 et les retournements

La proclamation royale de septembre 1717 offrait le pardon aux pirates qui se rendaient à une autorité britannique avant une date butoir. C'est ce texte que Woodes Rogers apporte à Nassau en juillet 1718, avec des soldats, un ingénieur et l'ordre de remettre le fort en état.

Les réponses sont individuelles. Hornigold accepte le pardon et navigue ensuite pour Rogers contre ses anciens camarades. Charles Vane refuse, quitte la rade en lançant un navire enflammé en travers de l'entrée, et continue jusqu'à sa capture. Jack Rackham prend le pardon, puis reprend la mer sans commission. Un pardon nominatif ne transforme pas un port, il règle le cas d'un homme, sous condition de conduite.

Rogers fait ensuite juger et pendre des condamnés en décembre 1718, sur la plage, devant la ville. Et il fait adopter pour la colonie une devise latine dont le sens tient en trois mots : pirates expulsés, commerce rétabli. C'est l'aveu le plus clair de ce qui se jouait, la sécurité des routes marchandes.

Ma réponse à la question du titre, en une ligne : Nassau a été un port d'où opéraient des corsaires britanniques munis de commissions pendant la guerre, puis un repaire pirate de fait entre 1713 et 1718, puis un chef-lieu colonial. Jamais une république, à aucun moment.

Sur les emblèmes de Nassau vendus aujourd'hui, la devise du cartouche circulaire est une formulation moderne : elle reprend l'idée du pavillon rouge, qui annonçait qu'aucun quartier ne serait accordé. J'ai détaillé cette couleur et son usage réel à l'abordage dans L'article sur le drapeau rouge des pirates.

Par quoi commencer quand on me pose la question

Quatre réflexes suffisent à trancher presque tous les cas, et ils fonctionnent aussi bien pour Nassau que pour Port-Royal, Saint-Domingue ou Madagascar.

  1. Demander l'année. 1710 et 1717 ne donnent pas la même réponse pour le même homme dans le même port. Tant que la date n'est pas posée, la discussion tourne à vide.
  2. Chercher le papier. Existe-t-il une commission écrite, un ennemi nommé, une prise conduite devant une cour d'amirauté ? Si la réponse est non aux trois, on parle de piraterie, quel que soit le prestige du capitaine.
  3. Regarder le nom du capitaine, pas celui du port. Un port n'a pas de statut juridique en mer. Un équipage, si.
  4. Trier les sources. Les archives d'amirauté et les minutes de procès d'un côté ; l'Histoire générale des plus fameux pirates de 1724, mélange d'enquête et de récit, à manier avec précaution ; les séries et les jeux vidéo à part, comme des œuvres, jamais comme des preuves.

Pour matérialiser tout ça à la maison, je sépare les trois styles au lieu de les empiler. Un pavillon commémoratif de Nassau assumé comme évocation pour le mur. Une maquette de sloop ou de goélette pour la partie marine, qui demande une étagère d'au moins 40 cm de dégagement selon les modèles. Et pour la partie jeu, avec des enfants, un Coffre au trésor en bois sert autant de rangement que d'accessoire de chasse au trésor.

Un mot de cadre, parce que le sujet le mérite : tout ce qui précède se raconte au passé. La piraterie maritime actuelle est une infraction pénale lourde, elle fait des victimes réelles dans le golfe de Guinée ou le détroit de Malacca, et elle n'a rien de commun avec le décor du XVIIIe siècle qu'on accroche à un mur.

Si tu veux comparer les motifs attribués à des capitaines et les emblèmes commémoratifs avant de choisir, le rayon des Drapeaux pirates permet de les voir les uns à côté des autres, avec les formats et les finitions indiqués modèle par modèle.

Questions pratiques

Nassau appartient à quel pays ?

Nassau est la capitale du Commonwealth des Bahamas, État indépendant depuis 1973 et membre du Commonwealth. La ville se situe sur l'île de New Providence, à environ 290 km au sud-est de Miami. Avant l'indépendance, les Bahamas étaient une colonie britannique, statut confirmé sur place par l'arrivée de Woodes Rogers en 1718.

Quelle était la capitale de la piraterie ?

Il n'y en a pas eu qu'une seule. Port-Royal, en Jamaïque, joue ce rôle au XVIIe siècle jusqu'au tremblement de terre de 1692 ; l'île de la Tortue sert de base aux flibustiers français ; Nassau prend le relais entre 1713 et 1718 ; Madagascar accueille des équipages tournés vers l'océan Indien. Nassau est la plus citée pour l'âge d'or parce qu'elle concentre en cinq ans les capitaines les plus connus.

Nassau a-t-elle vraiment été une « république pirate » ?

Non, pas au sens institutionnel : aucune constitution, aucune assemblée, aucune reconnaissance étrangère, aucune monnaie. Ce qui a existé, ce sont des articles d'équipage signés à bord, avec parts de butin, indemnités de blessure et capitaine élu. Thomas Barrow a bien pu se dire « gouverneur », le titre n'engageait que lui.

Quelle différence exacte entre un pirate et un corsaire ?

La lettre de marque. Le corsaire attaque, en temps de guerre, les navires d'un ennemi désigné par son souverain, et fait juger ses prises devant une cour d'amirauté ; capturé, il relève en principe du statut de prisonnier de guerre. Le pirate agit sans autorisation, contre n'importe quel pavillon, et répond de ses actes au pénal. Le même homme pouvait passer d'un statut à l'autre en quelques mois, comme Hornigold en 1718.

Que reste-t-il à voir de l'époque pirate à Nassau aujourd'hui ?

Peu de choses d'origine. Le Fort Montagu, construit en 1741, est le plus ancien fort conservé de l'île ; le Fort Fincastle et le Fort Charlotte datent de la fin du XVIIIe siècle, donc après la période qui nous occupe. Le reste relève de la muséographie et de l'évocation touristique, ce qui n'est pas la même chose qu'un vestige daté de 1716.

Est-ce que le voyage aux Bahamas vaut le détour, et quelle ville voir ?

Question de goût plus que d'histoire. Nassau concentre les forts, le port et les musées ; Dunmore Town, sur Harbour Island, garde une architecture coloniale en bois plus homogène et attire ceux qui cherchent les vieilles rues plutôt que les paquebots. Pour un intérêt maritime, le passage par les forts et par la rade abritée par Paradise Island reste le plus parlant, parce qu'on comprend d'un coup d'œil pourquoi les sloops y entraient et les frégates non.

Comment accrocher et entretenir un pavillon de 90 x 150 cm ?

À l'intérieur, deux crochets discrets passés dans les œillets, le bord supérieur à hauteur d'œil, suffisent : le tissu pend droit et le motif reste lisible depuis l'autre bout de la pièce. À l'extérieur, on frappe une drisse dans les deux œillets sur une hampe, en sachant que le soleil et le vent fatiguent n'importe quelle toile avec le temps, et qu'un pavillon qu'on rentre après usage dure plus longtemps. Pour le nettoyage, un lavage doux à froid et un séchage à plat évitent de marquer le tissu ; les indications précises d'entretien ne figurent pas.

Expulsis piratis, restituta commercia. Devise du sceau colonial des Bahamas, adoptée sous le gouvernorat de Woodes Rogers, restée en usage jusqu'au changement d'armoiries au début des années 1970.