Les vrais visages de la piraterie : au-delà des mythes

Les vrais visages de la piraterie : au-delà des mythes

En 1724 paraît à Londres A General History of the Pyrates, signé d'un « capitaine Charles Johnson » dont personne n'a jamais établi l'identité avec certitude. Le livre mélange enquête, procès-verbaux et récit vendeur. C'est lui qui a fixé, pour trois siècles, l'image du pirate au tricorne, du trésor enfoui et du pavillon à tête de mort.

Presque tout ce que le grand public croit savoir sur la piraterie vient de là, filtré ensuite par Stevenson puis par Hollywood. Le résultat est un personnage spectaculaire et assez faux.

Livre ancien ouvert sur une table en bois, entouré d'un compas de cuivre, d'une longue-vue et d'un cordage tressé.
Livre ancien ouvert sur une table en bois, entouré d'un compas de cuivre, d'une longue-vue et d'un cordage tressé.

Dans cet article, tu trouveras de quoi séparer quatre mots qu'on confond tout le temps (pirate, corsaire, flibustier, boucanier), ce que contenait réellement un butin, pourquoi le navire comptait plus que le sabre, et comment choisir un objet selon ce que tu veux en faire : comprendre, décorer, ou faire jouer des enfants.

À retenir
  • L'âge d'or de la piraterie se situe grossièrement entre 1650 et 1730, avec un pic vers 1715-1725, après la guerre de Succession d'Espagne qui laisse des milliers de marins sans embarquement.
  • Pirate, corsaire, flibustier et boucanier ne sont pas des synonymes : seul le corsaire naviguait avec une lettre de marque, donc légalement pour un État.
  • Le trésor enfoui est l'exception. Le butin ordinaire, c'était de la cargaison (tissu, sucre, rhum, cordage, vivres) revendue vite, et la plupart des équipages vivaient pauvrement.
  • Beaucoup d'équipages fonctionnaient par chasse-partie : contrat écrit, capitaine élu, parts du butin, indemnités en cas de blessure.
  • Les équipages étaient mêlés (Européens, Africains libres ou évadés de l'esclavage, Amérindiens) et quelques femmes, dont Anne Bonny et Mary Read, apparaissent dans les archives judiciaires.
  • La piraterie maritime d'aujourd'hui est un délit réel : ici, on parle d'histoire au passé, et de jeu quand il s'agit d'objets.

« Les pirates enterraient des coffres remplis d'or » : le mythe du trésor enfoui

Non, enterrer son butin n'était pas une pratique courante. Les archives de prises montrent surtout des cargaisons revendues dans les semaines qui suivent, et un partage rapide entre les hommes. L'or enfoui sous un palmier tient d'un procès célèbre et d'un roman.

Le procès en question est celui de William Kidd. En 1699, avant d'aller s'expliquer à Boston, il dépose une partie de son butin à Gardiners Island, près de New York. Les autorités le récupèrent et s'en servent contre lui. Kidd est pendu à Londres en 1701. Il ne s'agissait pas d'un magot d'île déserte mais d'un dépôt de sûreté confié à un colon, dont les autorités ont ensuite dressé l'inventaire. Le reste appartient à la légende que l'affaire a nourrie, puis à L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, publié en volume en 1883, qui invente la carte marquée d'une croix.

Ce que prenaient réellement les équipages est plus terre à terre : sucre, indigo, tissus, rhum, cordage neuf, voiles de rechange, outils de charpentier, vivres, et parfois des coffres de médicaments. Lors du blocus de Charleston en 1718, Barbe Noire réclame précisément un coffre de remèdes en échange de ses otages. Un équipage sans cordage ni charpentier finit à la côte.

Autre poste très recherché, et souvent oublié : les instruments de navigation et les cartes du navire pris. Un compas de route, un sablier, un quadrant, un jeu de cartes marines valaient plus qu'une bourse de pièces, parce qu'ils permettaient de continuer à naviguer. Ces instruments étaient petits, faits pour la poche ou pour l'habitacle : quelques centimètres de diamètre, boîtier de laiton ou de cuivre. C'est cette silhouette que reprennent aujourd'hui les boussoles d'inspiration ancienne, avec leur aspect doré et patiné.

Le coffre au trésor reste un excellent objet de récit et de décoration. Présenté comme une pratique courante des équipages, il est simplement faux.

C'est documenté dans Qui étaient les vrais pirates des Caraïbes ? (nationalgeographic.fr).

« Tous les pirates étaient des brutes hors la loi » : l'erreur qui écrase corsaires et flibustiers

Quatre mots circulent pour désigner des situations juridiques différentes. Le corsaire agit avec l'autorisation écrite d'un État. Le pirate n'a aucune autorisation et peut être jugé par n'importe quelle nation. Entre les deux, flibustier et boucanier désignent surtout des groupes situés dans le temps et dans l'espace.

Le corsaire embarque avec une lettre de marque: il attaque les navires d'une puissance ennemie, partage sa prise avec la Couronne et un armateur, et s'il est capturé il relève en principe du statut de prisonnier de guerre. Jean Bart, Robert Surcouf, Henry Morgan sont de ce monde-là. Morgan, après le sac de Panama en 1671, finit anobli et lieutenant-gouverneur de la Jamaïque, ce qui résume assez bien la porosité de l'époque.

Le flibustier opère surtout dans les Antilles au XVIIe siècle, avec un statut flottant selon les traités en cours entre la France, l'Angleterre et l'Espagne. Le boucanier, lui, n'est pas un marin à l'origine : c'est un colon illégal d'Hispaniola et de l'île de la Tortue qui chasse le bétail sauvage et fume la viande sur un « boucan ». Beaucoup sont passés à la mer ensuite.

Le pirate au sens juridique est qualifié d'hostis humani generis, ennemi du genre humain, formule reprise par les tribunaux d'amirauté. Conséquence pratique : n'importe quelle nation peut le juger, et l'exécution est publique. À Londres, les pendaisons ont lieu à Execution Dock, à Wapping, et les corps de certains condamnés sont ensuite exposés dans une cage de fer au bord du fleuve, à hauteur des navires qui descendent la Tamise.

Pirate, corsaire, flibustier, boucanier : ce qui les sépare vraiment
Terme Statut légal Zone et période dominantes Source de revenus Figure souvent citée
Pirate Hors la loi, jugeable par toute nation Toutes les mers, apogée 1715-1725 Cargaisons revendues dans des ports complaisants Edward Teach dit Barbe Noire (mort en 1718)
Corsaire Lettre de marque d'un État, butin partagé avec la Couronne Atlantique et Manche, XVIIe-XVIIIe siècles Prises de guerre légales, rachat de navires Robert Surcouf, Henry Morgan (anobli)
Flibustier Statut flottant selon les traités en cours Antilles, XVIIe siècle Raids sur les convois et les ports espagnols Les Frères de la côte, île de la Tortue
Boucanier Colon illégal, puis combattant occasionnel Hispaniola et Tortue, années 1630-1680 Chasse et viande fumée, puis course en mer Exquemelin, témoin et auteur en 1678
Pirate de fiction Aucun : personnage inventé Cinéma, manga, jeu vidéo, XXe-XXIe siècles Récit, licence, produits dérivés Jack Sparrow (2003), équipages de One Piece
Un peu de contexte La bascule de 1713-1715 explique le pic de la période. La guerre de Succession d'Espagne s'achève, les marines désarment, et des milliers de marins entraînés à la course se retrouvent à quai, sans solde, dans des ports antillais où l'on trouve facilement un sloop. La piraterie de ces années-là est autant un problème social qu'un problème de police maritime.

« La vie de pirate, c'était la liberté » : ce que disent les archives

La carrière était courte et le quotidien dur. Beaucoup de capitaines fameux ont tenu deux ou trois ans. Barbe Noire compte environ deux années d'activité avant d'être tué à Ocracoke en novembre 1718. La liberté dont parlent les récits d'époque est réelle, mais elle se paie très cher.

À bord, l'entassement est la règle : un équipage pirate embarque souvent deux à trois fois plus d'hommes qu'un marchand de même tonnage, pour pouvoir armer les prises. L'eau croupit, le biscuit se charançonne, le scorbut et les fièvres tropicales font des ravages. La maladie et les accidents tuaient plus que les combats, ce qui vaut d'ailleurs pour toute la marine de l'époque.

La chasse-partie, elle, mérite qu'on s'y arrête. C'est un contrat écrit, signé avant la campagne : parts du butin selon le rôle, interdiction du jeu à bord chez certains équipages, extinction des feux à une heure fixe, et surtout un barème d'indemnités pour les blessés, avec des montants différents selon qu'un homme perd un bras, une jambe ou un œil. Le capitaine est élu et peut être destitué ; en dehors de la chasse et du combat, son autorité est limitée. On est donc devant une organisation réglée par écrit.

Il faut dire l'autre versant. Ces mêmes équipages pratiquaient la violence sur les prisonniers pour obtenir des redditions rapides, et plusieurs ont participé à la traite : le Whydah, capturé par Samuel Bellamy en 1717, était un navire négrier. Des hommes noirs naviguaient libres et à parts égales sur certains bâtiments pirates, pendant que des captifs étaient revendus depuis d'autres. Les deux faits sont dans les archives, et ils ne s'annulent pas.

Ce que la liberté signifiait concrètement pour un matelot de 1718 : échapper au fouet, aux salaires retenus et à l'enrôlement forcé de la Royal Navy ou d'un armateur marchand. Le calcul était rationnel à l'échelle d'un homme, et perdant à l'échelle du groupe.

« Le sabre et le canon faisaient la différence » : non, c'était le navire et la navigation

Le pirate qui durait était un bon marin. Son avantage tenait à trois choses : une coque rapide, la connaissance des routes commerciales, et une navigation suffisante pour tenir un cap et retrouver une île. Le combat rapproché, quand il avait lieu, signait plutôt un échec de la manœuvre.

Le sloop des Caraïbes est le bateau type de la période : un mât, une grande voilure, une coque fine, un faible tirant d'eau. Il remonte bien au vent, se cache derrière une pointe, s'échappe par des hauts-fonds où une frégate ne suit pas. La goélette et le brigantin viennent ensuite, quand il faut loger plus d'hommes et plus de canons. Un équipage changeait volontiers de coque en cours de route, en gardant la meilleure prise. Ces petites coques me plaisent depuis longtemps : elles expliquent mieux la piraterie que n'importe quel galion. Si le sujet t'intéresse, j'ai détaillé le cas d'une goélette agile passée à la piraterie dans un autre article.

Voilier gréé à deux mâts amarré dans une crique turquoise, longeant une falaise rocheuse boisée, cartes et objets de cuivre posés sur le ponton de bois.
Voilier gréé à deux mâts amarré dans une crique turquoise, longeant une falaise rocheuse boisée, cartes et objets de cuivre posés sur le ponton de bois.

La technique d'abordage la plus courante ressemble à une négociation sous contrainte. On approche sous un pavillon neutre, on se laisse identifier au dernier moment, on montre la supériorité numérique, on hisse alors le pavillon noir. Le but est d'obtenir la reddition sans tirer : un navire intact, une cargaison intacte et un équipage vivant valent bien plus qu'une épave. Le pavillon rouge, lui, annonçait qu'il n'y aurait pas de quartier ; c'était le dernier avertissement.

Aux fêtes maritimes de Brest, j'ai passé quatre jours à regarder des gréements et à noter des noms de bateaux. Un pavillon hissé sur un mât qui bouge n'a rien à voir avec le même pavillon punaisé au mur : il claque, il se tord, on ne le lit qu'un instant sur deux. Cet effet de lisibilité intermittente explique pourquoi les motifs d'époque sont si simples, gros symboles blancs sur fond noir.

Toiles noires pliées sur le plat-bord verni d'un voilier, cordages et pavillon sombre en arrière-plan.
Toiles noires pliées sur le plat-bord verni d'un voilier, cordages et pavillon sombre en arrière-plan.

Tenir un cap avec les moyens de 1720

La navigation se faisait à l'estime : cap relevé au compas de route, vitesse mesurée au loch (une planchette lestée filée sur une ligne à nœuds), temps compté au sablier, puis report sur la carte. La latitude s'obtenait à la hauteur du soleil ou de l'étoile polaire, au quadrant de Davis puis à l'octant. La longitude, elle, restait un problème non résolu : il faudra les chronomètres de John Harrison, testés en mer dans les années 1760, pour la calculer proprement.

À bord, l'objet qui décidait de tout n'était donc pas l'arme mais l'instrument. Un pirate qui ne savait pas reconnaître le nord ne trouvait ni sa route de chasse, ni son port de vente.

Barbe Noire, Jack Sparrow, Luffy : des personnages à ne pas confondre

Trois familles de personnages circulent sous le même mot. Les figures attestées par les archives, les personnages de cinéma, et ceux de manga ou de jeu vidéo. Les trois sont légitimes ; elles ne se prouvent pas les unes par les autres.

  • Attestés: Edward Teach dit Barbe Noire, Bartholomew Roberts, John Rackham dit Calico Jack, Anne Bonny et Mary Read (jugées en Jamaïque en 1720), William Kidd, Henry Every. On dispose pour eux de procès, de dépositions, de registres de douane, parfois d'épaves fouillées.
  • Cinéma: Jack Sparrow et le Black Pearl, créés en 2003 pour Pirates des Caraïbes, qui recyclent Stevenson et les films de flibuste des années 1930.
  • Manga: les équipages de One Piece, où chaque pavillon est un blason d'appartenance dessiné par l'auteur, du Chapeau de Paille jusqu'aux équipages secondaires que peu de gens citent.
  • Jeu vidéo: Edward Kenway dans Assassin's Creed IV : Black Flag (2013), personnage inventé placé au milieu de figures réelles, ce qui explique une bonne part des confusions actuelles.

La façon propre de le dire tient en trois formules : « le pavillon attribué à Calico Jack », « dans le manga One Piece », « pour une soirée costumée ». Nommer le registre n'enlève rien au plaisir. Ça évite de faire passer un motif dessiné en 1997 ou en 2003 pour une pièce d'époque.

Repère utile Le mot « attribué » est ton meilleur ami sur ce sujet. Presque aucun pavillon de capitaine ne nous est parvenu en original : ce qu'on voit partout, ce sont des reconstitutions dessinées bien plus tard à partir de descriptions écrites. Dire « pavillon attribué à Bartholomew Roberts » est exact ; dire « le drapeau de Roberts » suppose une pièce qu'on n'a pas.

Lire une source sur la piraterie sans se faire avoir

Une bonne source cite un procès, un port, une date. Une mauvaise décrit une ambiance. Entre les deux, il y a les récits imprimés d'époque, passionnants mais écrits pour se vendre, qu'il faut lire comme tels.

Trois types de documents alimentent tout ce qu'on écrit aujourd'hui. Les archives judiciaires d'abord : minutes de procès, dépositions de marins capturés, sentences d'amirauté ; c'est le matériau le plus solide, parce qu'il date des faits et qu'il nomme des gens. Les registres de bord, rôles d'équipage et papiers de douane ensuite, précieux pour les routes et les cargaisons. Enfin les récits imprimés : Alexandre Olivier Exquemelin publie à Amsterdam en 1678 De Americaensche Zee-Roovers, traduit ensuite en plusieurs langues, et Johnson publie son General History en 1724. Les deux ont vu ou recueilli beaucoup, et les deux ont arrangé leurs récits.

  1. Demande la date de la source, pas seulement la date des faits. Un dessin de pavillon publié en 1920 ne prouve rien sur 1718.
  2. Repère la fourchette employée. Les historiens parlent d'un âge d'or de 1650 à 1730 environ. Quand un texte annonce « trois siècles de piraterie à partir de 1500 », il fond corsaires, boucaniers et pirates dans un seul mot.
  3. Vérifie s'il existe une pièce matérielle. Épave fouillée, objet en musée, document d'archives coté : sinon, on est dans la tradition écrite, ce qui n'est pas rien mais ce n'est pas la même chose.
  4. Pose la question commerciale: qui a écrit ce texte, quand, et pour vendre quoi. Elle vaut pour un pamphlet de 1724 comme pour une page produit d'aujourd'hui.

Pour les textes anciens, beaucoup d'éditions numérisées sont consultables librement, notamment sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Lire dix pages d'Exquemelin dans le texte apprend davantage sur les boucaniers que dix résumés.

Raconter la vraie piraterie à des enfants, et leur mettre le bon objet dans les mains

Le levier qui marche avec des enfants, c'est le métier de marin : tenir un cap, guetter, sonder, réparer, se cacher derrière une île. Ça donne des jeux plus riches que la bagarre, et ça évite de passer une heure à mimer des coups de sabre.

Concrètement, une chasse au trésor construite sur l'orientation tient bien mieux qu'une chasse au trésor construite sur des énigmes de mots. Trouver le nord, compter des pas, suivre un relèvement simple, lire une carte dessinée à la main avec une baie et sa passe étroite : des enfants de six à dix ans s'y accrochent longtemps, parce qu'ils voient l'effet de leurs décisions. Sur celles que j'organise pour ma nièce et ses cousins, la contrainte géographique (on ne traverse pas la baie, on passe par le goulet) fait plus travailler le groupe que n'importe quel rébus.

Pour ce type de jeu, l'accessoire utile n'est pas une arme mais un instrument. Une boussole d'enfant sert deux fois : elle habille le costume, et elle donne une vraie information. Le format compte, parce qu'un enfant qui court doit pouvoir la glisser dans une poche ou la ranger dans un coffre entre deux indices.

Boussole en laiton posée sur une carte au trésor en papier kraft, près d'un petit coffre en bois ouvert.
Boussole en laiton posée sur une carte au trésor en papier kraft, près d'un petit coffre en bois ouvert.

Elle ne conviendra pas à tout le monde. Si tu cherches une pièce de vitrine pour un bureau d'adulte, oriente-toi vers un modèle en métal, plus lourd en main et plus crédible sous une lampe. Et pour une randonnée réelle, avec relèvements et carte topographique, il faut une boussole de marche à plaquette transparente : ce n'est pas le même objet ni le même usage.

Pour le reste de la mise en scène, deux réflexes simples. Cacher l'objectif final dans un coffre en bois refermable plutôt que dans un sac : le bruit du couvercle fait la moitié de l'effet. Et si l'enfant a une fête à préparer, partir d'un ensemble complet puis compléter par un ou deux accessoires de guet, plutôt que d'accumuler des pièces isolées qui ne vont pas ensemble.

Repère utile Côté sécurité, trois règles tiennent toute la journée : sabres en mousse ou gonflables pour les plus jeunes, aucun accessoire de costume sorti sur la voie publique, et vérification de l'âge indiqué sur la description du modèle avant d'acheter, notamment pour les petites pièces.

Choisir des objets pirate cohérents avec ce qu'on veut raconter

Dis d'abord pour qui et pour quel usage, l'objet se déduit ensuite. Un mur d'adulte, une vitrine, un costume et une fête d'enfants n'appellent ni les mêmes pièces, ni les mêmes vérifications avant achat.

Pour un mur. Un pavillon attribué à un capitaine historique (Calico Jack, Bartholomew Roberts) et un pavillon d'équipage de fiction ne racontent pas la même chose à celui qui entre dans la pièce. Dans les deux cas, regarde les dimensions annoncées en cm, la présence d'œillets métalliques, l'ourlet sur les côtés et le fait que l'impression soit recto seul ou recto/verso. Un pavillon de 90 x 150 cm sur un mur de couloir étroit, ça ne se voit qu'à moitié.

Pour une vitrine ou un bureau. Les bateaux miniatures et sets de construction se comparent sur trois données : nombre de pièces, place au sol une fois monté, et type de navire représenté. Un sloop et un galion de film occupent des volumes très différents, et un grand set demande souvent une profondeur d'étagère qu'on n'a pas prévue.

Pour porter. Bijou en acier inoxydable, t-shirt à motif, chemise et ceinture qui resservent en dehors du déguisement. Quand la composition d'un textile ou la nuance exacte d'un métal n'est pas indiquée, demande l'information au vendeur plutôt que de la supposer.

Trois mots doivent te faire ralentir sur une description : « authentique », « collector » et « réplique historique ». Appliqués à un objet fabriqué récemment, ils ne décrivent rien. Une matière annoncée, des dimensions en cm et un usage déclaré valent bien mieux. C'est aussi la grille que j'applique aux objets d'inspiration marine en général : matière, taille, usage, dans cet ordre.

Si l'idée d'un instrument plutôt que d'une arme te parle, la sélection de boussoles pirate réunit les modèles de jeu et les modèles décoratifs, avec leurs dimensions.

Questions pratiques

Quel pirate a vraiment existé ?

Beaucoup, et ils sont documentés par des procès. Edward Teach dit Barbe Noire, tué en 1718 en Caroline du Nord ; Bartholomew Roberts, l'un des plus actifs de la période, tué en 1722 au large de l'Afrique ; John Rackham dit Calico Jack, pendu en 1720 ; Anne Bonny et Mary Read, jugées la même année en Jamaïque ; William Kidd, pendu à Londres en 1701 ; Henry Every, disparu après la prise du Ganj-i-Sawai en 1695. Leurs noms figurent dans des minutes de tribunaux d'amirauté, pas seulement dans des récits.

Qui sont les 10 pirates les plus connus ?

Les listes qui circulent mélangent presque toujours les registres. Côté figures attestées, on retrouve Barbe Noire, Bartholomew Roberts, Calico Jack, Anne Bonny, Mary Read, William Kidd, Henry Every, Samuel Bellamy, Charles Vane et Stede Bonnet. Zheng Yi Sao, qui commanda une flotte considérable en mer de Chine dans les années 1800, y figure de plus en plus, à juste titre. Jack Sparrow et Luffy appartiennent à une autre catégorie : ce sont des personnages écrits.

Qui était le plus grand pirate du monde ?

Tout dépend du critère retenu, et c'est ce qui rend la question intéressante. Au nombre de prises, Bartholomew Roberts domine largement la période caribéenne. À la valeur d'un seul coup, Henry Every avec le trésor du Ganj-i-Sawai. À la taille de la flotte commandée, aucun Européen n'approche Zheng Yi Sao et ses centaines de jonques. Barbe Noire, lui, doit sa première place à sa réputation et à son image, entretenues de son vivant.

Les pirates ont-ils réellement existé ?

Oui, et la documentation est abondante : archives judiciaires, correspondance des gouverneurs coloniaux, registres de cargaisons, et épaves fouillées comme celle du Whydah au large du Cap Cod ou le site attribué au Queen Anne's Revenge en Caroline du Nord. Ce qui relève de la légende, ce n'est pas leur existence, c'est le décorum ajouté après coup.

Les pirates avaient-ils vraiment un bandeau sur l'œil et un perroquet ?

Le bandeau existait, mais il concernait des marins borgnes, ce qui n'avait rien d'exceptionnel dans une vie faite d'éclats de bois, de cordages qui cassent et de poudre. L'hypothèse selon laquelle il servirait à préserver la vision nocturne d'un œil est séduisante et souvent répétée, sans preuve d'époque. Quant au perroquet, les marins rapportaient bel et bien des animaux exotiques des Antilles pour les revendre en Europe ; l'oiseau perché en permanence sur l'épaule, lui, vient de Stevenson et de son Long John Silver.

Comment les pirates s'orientaient-ils en mer sans GPS ?

Par navigation à l'estime : on tient un cap au compas, on mesure la vitesse au loch, on compte le temps au sablier, et on reporte la route sur la carte. La latitude se calcule à la hauteur du soleil ou de la polaire, avec un quadrant puis un octant. La longitude restait hors de portée, d'où l'habitude de rejoindre la latitude d'une destination puis de la suivre jusqu'à toucher terre.

Une boussole de jeu pour enfant, ça s'entretient comment ?

Peu de chose, mais deux précautions valent le coup. Éviter de la poser près d'un aimant, d'un haut-parleur ou d'un boîtier électronique, qui peuvent perturber l'aiguille, et la garder à l'abri des chocs sur le boîtier. Pour vérifier qu'elle fonctionne encore, il suffit de la poser à plat loin de tout métal et de la faire pivoter : l'aiguille doit revenir seule au même repère à chaque fois. Un modèle de 13 x 6 cm se range facilement dans un coffre ou une poche entre deux parties.

« Une vie joyeuse et courte, telle sera ma devise. » Propos attribués à Bartholomew Roberts dans A General History of the Pyrates, Londres, 1724.