Les procès de pirates : Entre justice et légende

Les procès de pirates : Entre justice et légende

Le 28 novembre 1720, à Saint-Jago de la Vega en Jamaïque, Anne Bonny et Mary Read sont jugées pour piraterie, condamnées à mort, puis obtiennent un sursis en déclarant être enceintes. La procédure existait dans le droit anglais et portait un nom : « plead the belly ». Le procès de pirates le plus connu de l'histoire tient donc à un point de procédure.

Corde enroulée et boussole sur le quai, voiliers anciens visibles dans le brouillard du port au lever du jour.
Corde enroulée et boussole sur le quai, voiliers anciens visibles dans le brouillard du port au lever du jour.

Ces audiences ne sont pas l'envers de la légende, elles l'ont fabriquée. Les minutes étaient imprimées, vendues à Londres, à Boston, à Charleston, et lues comme des feuilletons. Elles restent notre principale source écrite sur les articles de bord, les pavillons et la vie des équipages.

Tu vas trouver ici comment on jugeait un pirate, quatre grandes affaires et leurs lignes de défense, ce que contenait vraiment le « code », le rôle du pavillon noir comme pièce à conviction, et un point utile : une manière de lire un compte rendu de procès en séparant le greffier, l'accusé et l'éditeur.

À retenir
  • La piraterie a été l'un des premiers crimes jugés hors des frontières : le pirate est qualifié d'hostis humani generis, ennemi du genre humain, ce qui autorise n'importe quelle nation à le juger.
  • L'Act for the More Effectual Suppression of Piracy de 1700 déplace les procès dans les colonies, devant des commissions de vice-amirauté sans jury : c'est ce texte qui rend les condamnations de masse possibles.
  • Trois affaires résument l'essentiel : William Kidd (Old Bailey, 1701), Stede Bonnet (Charleston, 1718), l'équipage de Bartholomew Roberts (Cape Coast Castle, 1722, environ 52 pendaisons).
  • Le fameux « code des pirates » nous est connu par les archives judiciaires et par l'Histoire générale des plus fameux pirates (1724) : c'est un document de tribunal avant d'être une légende.
  • Des procès pour piraterie ont encore lieu : cinq Somaliens jugés à Norfolk en 2010, procès de l'attaque du voilier Carré d'As à Paris en 2011.
  • Trois styles se croisent dans ce sujet et ne se prouvent pas l'un par l'autre : l'histoire attestée, la fiction (Pirates des Caraïbes, One Piece) et le jeu (déguisement, décoration, anniversaire).

Comment jugeait-on un pirate au XVIIIe siècle ?

Devant une cour d'amirauté, pour un vol commis en haute mer, souvent sans jury et en quelques jours. La procédure était courte parce qu'elle était pensée comme un outil de dissuasion, pas comme un débat contradictoire.

Le fondement juridique est ancien. Le pirate est traité comme ennemi du genre humain: il n'agit pour aucun souverain, ne relève d'aucune juridiction territoriale, donc toute couronne qui le capture peut le juger. Un corsaire, lui, détient une lettre de marque d'un État et combat sous son pavillon. Toute la stratégie de défense de plusieurs accusés tient dans cette différence.

Avant 1700, un pirate pris dans les Caraïbes ou dans l'océan Indien devait en principe être ramené en Angleterre pour être jugé par la Haute Cour d'amirauté, à Londres. Traversée, geôle, témoins à convoquer : la procédure coûtait cher et beaucoup d'affaires s'enlisaient. L'Act de 1700 autorise la tenue de commissions sur place, composées de sept commissaires (gouverneur, officiers de marine, notables), et l'on juge désormais à Kingston, à Boston, à Charleston, jusqu'au fort de Cape Coast sur la côte de Guinée.

Les peines sont connues : pendaison, puis parfois exposition du corps dans un carcan de fer, à Execution Dock sur la Tamise ou à Tilbury Point. Il existait aussi une porte de sortie, la proclamation royale de pardon de 1717, étendue en 1718, qui offrait la grâce aux pirates se rendant avant une date fixée. Plusieurs équipages l'ont prise, certains sont repartis en course ensuite, ce qui leur a valu un procès sans échappatoire.

Quatre types de preuves reviennent dans les comptes rendus :

  • Le témoignage des marins abordés, capitaines et matelots marchands, qui décrivent l'attaque et reconnaissent les visages.
  • La part de butin trouvée sur l'accusé ou attestée par un témoin, preuve qu'il a partagé la prise.
  • La signature des articles de bord, qui vaut adhésion volontaire à l'entreprise.
  • Le pavillon hissé au moment de l'abordage, qui établit l'intention.

Ce dernier point explique pourquoi les motifs sont décrits avec autant de soin à la barre : crâne coiffé d'un tricorne, sabres croisés, arme entre les dents. Ce sont ces descriptions, reprises et redessinées ensuite, qui circulent aujourd'hui sur les pavillons Jolly Roger imprimés en toile polyester noire.

Un peu de contexte Les procès londoniens sont accessibles : les comptes rendus de l'Old Bailey ont été numérisés et transcrits, et se consultent librement sur Old Bailey Proceedings Online. On y lit les questions du juge, les réponses de l'accusé, et parfois les hésitations d'un témoin.

Quels sont les procès de pirates les plus célèbres ?

Kidd, Bonnet, Rackham avec Bonny et Read, et l'équipage de Roberts. Quatre affaires, quatre stratégies de défense : la lettre de marque, la contrainte, la procédure, l'enrôlement forcé.

William Kidd est jugé à Londres en mai 1701. Il avait quitté l'Angleterre en corsaire, armé par des investisseurs de haut rang, avec commission pour attaquer les pirates et les navires français. Il rentre accusé de piraterie et du meurtre de son canonnier, William Moore. Sa défense repose sur deux passeports français saisis à bord de ses prises, qui auraient légitimé les captures ; les pièces ne sont pas produites à l'audience. Condamné, il est pendu à Execution Dock le 23 mai 1701 et son corps exposé au gibet à Tilbury Point, en vue des navires qui descendaient la Tamise.

Stede Bonnet, planteur de la Barbade devenu pirate sans jamais avoir navigué, passe devant la cour de vice-amirauté de Charleston en octobre et novembre 1718, présidée par le juge Nicholas Trott. Sa ligne : il aurait été retenu et contraint par Barbe Noire, qui l'avait effectivement dépouillé de son navire. Trott écarte l'argument, Bonnet est condamné en novembre et pendu à Charleston en décembre 1718.

John Rackham, dit Calico Jack, est jugé en Jamaïque en novembre 1720 avec son équipage, pris à Negril alors qu'une partie des hommes était hors d'état de combattre. Il est pendu quelques jours avant que Bonny et Read ne comparaissent à leur tour.

L'équipage de Bartholomew Roberts est jugé à Cape Coast Castle, sur la côte de l'actuel Ghana, en mars et avril 1722, après la mort de Roberts au combat. C'est le grand procès de masse de l'âge d'or : environ 52 pendaisons, des acquittements pour des marins ayant démontré leur enrôlement forcé, des peines de servitude pour d'autres, et un sort à part réservé aux membres d'équipage africains, vendus comme esclaves. Le compte rendu de ce procès, avec ses listes de noms et ses interrogatoires, est l'un des documents les plus riches que nous ayons sur la vie d'un équipage.

Un siècle plus tard, Aaron Smith comparaît à l'Old Bailey en 1823, accusé d'avoir participé à des actes de piraterie au large de Cuba. Il plaide la capture forcée, il est acquitté, et publie l'année suivante un récit à charge contre ses ravisseurs. La défense devenue livre : le mécanisme éditorial du XVIIIe siècle fonctionnait encore.

On retrouve ce point dans Des condamnations légères pour les pirates? Quelques ... (lignesdedefense.ouest-france.fr).

Cinq procès pour piraterie, de 1701 à 2011
Affaire Date et lieu Juridiction Défense invoquée Issue
William Kidd Mai 1701, Londres Old Bailey, Haute Cour d'amirauté Lettres de marque de corsaire, pièces non produites Pendu à Execution Dock, corps exposé au gibet
Stede Bonnet et son équipage Octobre-novembre 1718, Charleston Cour de vice-amirauté, juge Nicholas Trott Contrainte exercée par Barbe Noire, demande de grâce Condamné en novembre, pendu en décembre 1718
Rackham, Anne Bonny, Mary Read Novembre 1720, Saint-Jago de la Vega, Jamaïque Cour de vice-amirauté Pour les deux femmes : grossesse (« plead the belly ») Rackham pendu ; sursis pour Bonny et Read, Read morte en prison en 1721
Équipage de Bartholomew Roberts Mars-avril 1722, Cape Coast Castle Commission de vice-amirauté sur place Enrôlement forcé, refus de signer les articles Environ 52 pendaisons, plusieurs acquittements, peines de servitude
Attaque du voilier Carré d'As Novembre 2011, Paris Cour d'assises de Paris Contrainte économique, rôle secondaire à bord Cinq condamnations, un acquittement

Où s'arrête l'histoire et où commence la légende ?

La légende commence à l'imprimerie. Les minutes d'audience étaient un produit d'édition, vendues en brochures bon marché, avec préface, portraits gravés et morale finale ajoutées par l'éditeur.

The Tryals of Captain John Rackam and other Pirates, imprimé en Jamaïque en 1721, et The Tryals of Major Stede Bonnet and Other Pirates, publié à Londres en 1719, appartiennent à ce genre. Le lecteur y cherchait ce qu'il cherche encore : des noms, des dialogues, une exécution. Le greffier note une déposition sur le partage d'un tonneau de sucre, l'éditeur met en avant les phrases qui font vendre.

Fenêtre à six carreaux d'une tour en pierre donnant sur la mer, avec carte, chandelle et effets personnels sur l'appui.
Fenêtre à six carreaux d'une tour en pierre donnant sur la mer, avec carte, chandelle et effets personnels sur l'appui.

Trois ans plus tard paraît l'Histoire générale des plus fameux pirates, signée d'un capitaine Charles Johnson dont l'identité reste discutée. L'attribution à Daniel Defoe a été défendue au XXe siècle puis largement contestée ; à ce jour, on ne sait pas qui se cache derrière ce nom. Le livre compile des comptes rendus de procès réels, des correspondances de gouverneurs, et des passages manifestement inventés. C'est de là que viennent la plupart des images qui nous restent.

Ce que les procès documentent solidement : les parts de butin, l'indemnisation des blessés, l'élection du capitaine et du quartier-maître, la discipline à bord, et un vocabulaire de marine très concret (les manœuvres, les prises, les avaries). Ce qu'ils ont fabriqué sans le vouloir : le capitaine théâtral, le trésor enterré, la cruauté permanente. Le trésor enterré, en particulier, doit presque tout à l'affaire Kidd, qui avait déposé des biens sur Gardiners Island avant son arrestation, puis à la littérature du XIXe siècle.

Ma méthode de lecture, quand j'ouvre un compte rendu :

  1. Identifier la juridiction et la date: cour d'amirauté à Londres ou commission coloniale, avant ou après l'Act de 1700, cela change tout au déroulé.
  2. Repérer qui parle et à quel titre: capitaine marchand abordé, matelot devenu témoin à charge, gouverneur, accusé.
  3. Se demander ce que l'accusé avait intérêt à dire: la contrainte, l'ivresse, l'ignorance des articles sont des arguments, pas des constats.
  4. Isoler les ajouts de l'éditeur: préface, sous-titres accrocheurs, dernières paroles au pied de la potence, portraits gravés.
  5. Croiser avec une autre source: un second procès, une lettre de gouverneur, le journal de bord d'un navire de guerre.

Une distinction revient dans les débats d'audience et vaut la peine d'être tenue : le corsaire agit sous commission d'un État, le flibustier désigne les hommes des Antilles au XVIIe siècle, le boucanier vient des chasseurs installés à Hispaniola, et le pirate n'a de mandat de personne. Les avocats jouaient sur ces mots, les tribunaux tranchaient.

C'est quoi exactement le code des pirates, et qui l'a écrit ?

Des articles de bord rédigés et signés par l'équipage lui-même, au début d'une campagne. Plusieurs versions nous sont parvenues, principalement par les archives judiciaires et par le livre de 1724.

Les onze articles attribués à l'équipage de Bartholomew Roberts sont les plus cités. On y trouve le vote égal de chaque homme sur les affaires courantes, une part égale des vivres, la répartition du butin selon la fonction à bord, l'interdiction du jeu d'argent aux cartes et aux dés, l'extinction des lumières à huit heures du soir, l'obligation de tenir son arme propre, l'interdiction de se battre à bord (les querelles se règlent à terre), et une peine lourde pour qui déserte son poste au combat.

L'article sur les blessures est celui qui intrigue le plus : une somme fixée d'avance pour la perte d'un membre, une autre, moindre, pour une articulation. On y voit parfois l'ancêtre d'une assurance mutuelle. Le rapprochement est séduisant et il reste discuté : ces sommes sortaient de la caisse commune avant partage, dans le cadre d'une association temporaire, sans institution ni durée. C'est une clause d'indemnisation, pas un système.

Devant la cour, la signature des articles était une preuve accablante : elle établissait l'engagement volontaire. À l'inverse, prouver qu'on avait refusé de signer restait le principal moyen de défense des marins capturés puis embarqués de force, et ce moyen a fonctionné pour plusieurs hommes de Roberts.

Ce que le code ne contenait pas, malgré les films : ni pardon automatique, ni loi de la mer universelle, ni le fameux « le code est plutôt un ensemble de recommandations que des règles ». Cette réplique appartient au premier Pirates des Caraïbes, pas à une archive.

Le pavillon noir servait-il de preuve au tribunal ?

Oui. Hisser le pavillon valait déclaration d'intention, et les témoins étaient interrogés là-dessus. Un navire qui montrait ces couleurs annonçait une attaque, et l'annonce faisait partie de la méthode.

Les dépositions de capitaines abordés distinguent souvent deux pavillons. Le noir signifiait qu'une reddition immédiate serait acceptée ; le rouge, appelé bloody flag, qu'il n'y aurait pas de quartier si l'on résistait. Le pirate n'avait aucun intérêt à un combat long : une coque endommagée, des morts, une prise abîmée. Le pavillon évitait souvent d'avoir à combattre.

Sur les motifs, la prudence est de mise. Les pavillons attribués à Calico Jack (crâne sur deux sabres croisés), à Barbe Noire (squelette perçant un cœur) ou à Bartholomew Roberts (un homme trinquant avec un squelette, ou debout sur deux crânes annotés) reposent sur un mélange de descriptions d'époque et de reconstitutions dessinées au XIXe et au XXe siècle. Ce que les archives donnent, c'est souvent une phrase : un drap noir, une tête de mort, des ossements. Le dessin précis, lui, a été fixé plus tard. J'ai un faible pour les versions un peu maladroites, tracées à la main, plus proches de ce qu'un équipage pouvait coudre dans une toile récupérée. Si tu veux le détail motif par motif, je l'ai fait dans mon tour des drapeaux pirates les plus célèbres.

Le motif composite le plus répandu aujourd'hui rassemble les éléments décrits à la barre : le crâne, le tricorne de capitaine, une arme tenue entre les dents, deux sabres croisés dessous. Pour l'afficher au mur ou le hisser, un point pratique compte plus que le dessin : un pavillon de marine se juge à sa capacité à être hissé. Bande latérale renforcée, deux œillets métalliques, coutures fermées, toile qui encaisse le vent et les UV. Les pavillons du XVIIIe siècle étaient en toile grossière et se remplaçaient sans arrêt ; un polyester imprimé tient une saison en extérieur sans se déliter aux coins.

Deux réserves. Si tu cherches le pavillon d'un capitaine identifié, Roberts ou Barbe Noire, ce motif composite ne correspond à aucun équipage précis : il faut alors un modèle nommé. Et sur un pan de mur étroit, 150 cm de long, c'est long : mesure avant, ou pars sur un poster. Aucun pavillon vendu aujourd'hui, chez Piraterie Shop ou ailleurs, n'est une pièce d'époque ni la reproduction certifiée d'un pavillon conservé en musée.

Repère utile Pour hisser un pavillon sur un mât de jardin, passe la drisse dans les deux œillets et non dans un seul : la traction se répartit sur la bande renforcée. Rentre-le par grand vent et après une longue pluie, l'humidité prolongée et les UV usent plus vite les coutures que le vent lui-même.

Les femmes pirates étaient-elles jugées différemment ?

Même accusation, même cour, même peine prononcée. Ce qui a changé pour Anne Bonny et Mary Read relève de la procédure, pas de l'indulgence des juges.

Le « plead the belly » permettait à une condamnée enceinte d'obtenir un sursis d'exécution, le temps de la grossesse. La procédure existait dans le droit anglais bien avant elles et s'appliquait à toutes les femmes condamnées à mort. Les deux accusées l'invoquent après le verdict, et l'exécution est suspendue.

La suite se sait mal. Mary Read meurt en prison au printemps 1721, son inhumation est enregistrée en avril dans la paroisse de Sainte-Catherine. Anne Bonny, elle, disparaît des registres : aucune trace d'exécution, aucune trace de libération formelle. Les récits qui la font rentrer en Caroline et vieillir sous un autre nom reposent sur des sources tardives et fragiles. On ne sait pas.

Fenêtre de cabine donnant sur des falaises côtières et l'océan agité, avec carte marine et objets de navigation sur le rebord en bois.
Fenêtre de cabine donnant sur des falaises côtières et l'océan agité, avec carte marine et objets de navigation sur le rebord en bois.

Le procès contient une déposition souvent citée, celle de Dorothy Thomas, dont l'embarcation avait été pillée : elle décrit les deux accusées en veste d'homme et pantalon long, un mouchoir noué sur la tête, et explique comment elle avait reconnu qu'il s'agissait de femmes. C'est l'un des rares témoignages directs sur la tenue d'un équipage en action, et il vient d'un tribunal.

Que ces deux femmes occupent une place démesurée dans la culture pirate n'a rien de mystérieux : leur procès a été imprimé, puis repris dans le livre de 1724 avec un chapitre pour chacune. Trois siècles plus tard, elles restent la référence des costumes, des personnages de jeux et des affiches, souvent sans que le procès qui les a rendues célèbres soit mentionné.

Juge-t-on encore des pirates aujourd'hui ?

Oui, devant des juridictions nationales ordinaires. La base juridique est la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, qui définit la piraterie et autorise tout État à saisir un navire pirate en haute mer et à juger les personnes arrêtées.

En 2010, à Norfolk en Virginie, cinq Somaliens ont été jugés et condamnés pour avoir attaqué la frégate américaine USS Nicholas, qu'ils avaient prise pour un navire marchand. C'était la première condamnation pour piraterie aux États-Unis depuis plus d'un siècle. En novembre 2011, la cour d'assises de Paris a jugé l'attaque du voilier Carré d'As, détourné dans le golfe d'Aden : cinq condamnations, un acquittement. Premier procès pour piraterie maritime en France.

Les difficultés sont très concrètes : arrêter des suspects en haute mer, établir la compétence du tribunal, transférer les personnes, conserver les preuves matérielles (embarcation, carburant, échelle d'abordage, armes), déterminer l'âge de mineurs sans état civil. Plusieurs marines ont longtemps relâché des suspects faute de juridiction disposée à les recevoir.

Un mot pour éviter une confusion fréquente dans les recherches : le procès de The Pirate Bay, jugé en Suède en 2009, relève du droit d'auteur et n'a aucun rapport avec la mer. L'homonymie brouille les résultats. La piraterie maritime contemporaine, elle, est un crime réel avec des victimes réelles, et rien de ce qui suit ne la concerne.

Un peu de contexte La définition retenue par la convention de 1982 exige un acte commis en haute mer, par un navire privé, contre un autre navire. Une attaque dans les eaux territoriales d'un État relève du vol à main armée en mer et de la loi de cet État, distinction qui a compliqué de nombreux dossiers au large de la Somalie.

Comment prolonger le sujet chez soi, en déco, en jeu ou en lecture ?

En choisissant une pièce par registre, sans mélanger l'histoire attestée, la fiction et le jeu. Un pavillon historique au mur d'un bureau, une maquette pour comprendre un navire, des accessoires pour une fête : trois usages, trois emplacements.

Côté mur, un pavillon de 90 x 150 cm se fixe à plat par ses œillets, avec deux clous ou deux crochets adhésifs, sur un pan dégagé. Compte une hauteur de fixation autour de 1,60 m pour le bord supérieur si tu veux que le motif tombe à hauteur d'œil quand tu es assis. Une tringle fine passée dans la bande renforcée donne un tombé plus net qu'un simple clou.

Côté marine, un procès s'éclaire mieux quand on sait de quel bateau on parle. Les équipages de Roberts et de Rackham naviguaient sur des sloops et des goélettes, coques rapides tirant peu d'eau, capables de se faufiler là où une frégate ne suivait pas. Une maquette ou un set de construction de la collection Bateaux Pirate sert exactement à ça : voir le gréement, mesurer la taille du pont, comprendre pourquoi trente hommes tenaient à bord.

Côté famille, rejouer un procès fonctionne très bien avec des enfants de sept ans et plus, et ça change de la chasse au trésor. J'utilise ce format pour l'anniversaire de ma nièce : un accusé, deux témoins, un greffier qui note, un jury de trois enfants, et une pièce à conviction posée sur la table. Un coffre en bois avec trois objets dedans suffit à lancer les débats, et les rôles se distribuent avec les déguisements. Compte vingt minutes, pas plus : au-delà, l'attention retombe.

Sur les accessoires, la règle est simple : mousse ou gonflable pour les plus jeunes, et ces objets restent à la maison ou dans la salle louée, jamais promenés sur la voie publique. Ce sont des accessoires de costume, pas des armes.

Pour la lecture, les minutes des procès Rackham et Bonnet ont été rééditées et se trouvent en fac-similé, et l'Histoire générale des plus fameux pirates existe en traduction française. Lis-la en gardant l'ordre des couches : le greffier, l'accusé, l'éditeur. Si un pavillon te tente pour accompagner cette lecture, la collection de drapeaux pirates permet de comparer les formats et les motifs, capitaine par capitaine.

Questions pratiques

Quel est le trésor pirate le plus célèbre ?

Celui de William Kidd, et il doit sa célébrité à son procès. Avant son arrestation, Kidd avait déposé des biens sur Gardiners Island, au large de Long Island, et ce dépôt a été récupéré par les autorités puis versé au dossier. La rumeur d'un reste caché a alimenté deux siècles de recherches et inspiré la littérature d'aventures. Il n'existe aucune preuve d'un magot enfoui non retrouvé.

Quel était le pirate le plus cruel ?

La question n'a pas de réponse solide, parce que les sources qui décrivent la cruauté sont largement des sources de tribunal ou d'édition, écrites pour convaincre. Edward Low et Charles Vane reviennent souvent pour des tortures rapportées par des marins abordés. Barbe Noire, à l'inverse, jouait surtout de la peur : peu de meurtres lui sont attribués par des témoignages directs.

C'est quoi le code des pirates ?

Les articles de bord d'un équipage donné, signés au départ d'une campagne, qui fixaient le partage du butin, la discipline et l'indemnisation des blessés. Il n'y a jamais eu de code unique valable pour tous les pirates : chaque équipage avait le sien. Les versions que nous connaissons viennent des archives judiciaires et du livre de 1724, celle de Roberts étant la plus complète avec ses onze articles.

Y a-t-il un trésor pirate jamais retrouvé ?

Des cargaisons perdues, oui ; un coffre enterré marqué d'une croix, non. Les pirates de l'âge d'or partageaient les prises rapidement, souvent en marchandises revendues dans un port complaisant. L'argent servait à terre, il ne dormait pas dans le sable. Les épaves, comme celle du Whydah retrouvée au large du Cap Cod, restent les seules « caches » réellement documentées.

Un pirate avait-il droit à un avocat lors de son procès ?

Rarement, et pas comme aujourd'hui. Devant les cours d'amirauté du début du XVIIIe siècle, l'accusé se défendait lui-même, interrogeait les témoins, et pouvait au mieux obtenir l'assistance d'un conseil sur des points de droit. Stede Bonnet a demandé un défenseur et se l'est vu refuser, ce qui explique la maladresse de ses interventions à la barre.

Un pavillon acheté aujourd'hui tient-il vraiment dehors ?

Une toile polyester à coutures fermées, avec bande renforcée et œillets en laiton, supporte une saison en extérieur si tu la rentres par gros temps. Ce qui lâche en premier, ce sont les coins libres, qui claquent et s'effilochent. Un lavage à la main à l'eau froide et un séchage à plat suffisent ; le fer chaud est à éviter sur une impression.

« A merry life and a short one, shall be my motto. » Propos prêtés à Bartholomew Roberts dans l'Histoire générale des plus fameux pirates, publiée sous le nom de Charles Johnson en 1724, ouvrage qui compile des comptes rendus de procès et des passages romancés.