Le code des pirates : Lois et règles insolites des sept mers
En 1671, avant l'attaque de Panama, les hommes réunis autour d'Henry Morgan font écrire noir sur blanc ce que touchera un blessé : de l'ordre de quinze cents écus pour deux jambes perdues, dix-huit cents piastres pour deux bras, payables en pièces ou en esclaves, au choix de l'estropié. Le fameux Code des pirates commence par un barème d'indemnités, rédigé avant l'appareillage, approuvé par ceux qui vont risquer leurs membres.

Dans les lignes qui suivent, tu trouveras le mot exact que ces textes portaient, les articles qu'on retrouve d'un équipage à l'autre, trois chasses-parties comparées article par article, les sanctions réellement appliquées, et une méthode pour distinguer un article attesté d'un article inventé au cinéma.
À mon avis, c'est là que se joue l'intérêt du sujet : ces documents ressemblent moins à un serment de fraternité qu'à des contrats de travail, avec parts, primes et indemnités. La dernière partie explique comment en écrire un utilisable pour un jeu d'enfants.
- Le terme exact est « chasse-partie », déformation de « charte-partie », le contrat d'affrètement des marchands.
- Chaque équipage avait son texte, signé avant le départ : il n'existe pas UN code des pirates, mais des chasses-parties comparables entre elles.
- Le cœur de ces documents est financier : parts du butin, barème d'indemnités, prime au premier qui repère une voile.
- Le vote de l'équipage porte sur la destination, le sort d'une prise et l'élection du capitaine, dont l'autorité absolue ne vaut qu'en action.
- Les sanctions attestées sont l'abandon sur un îlot, le fouet et la privation de part ; la planche relève de la fiction du XIXe siècle.
- Les codes de Pirates des Caraïbes et de One Piece sont des créations d'auteurs, à ne pas citer comme sources historiques.
Chasse-partie : le mot exact derrière « code des pirates »
Une chasse-partie est une convention de conduite et de partage, conclue quelques jours avant le départ entre tous les hommes qui embarquent. Elle fixe qui touche quoi sur une prise, ce qui est interdit à bord et ce qu'on risque en cas de manquement.
Le mot vient très probablement de « charte-partie », le contrat qui liait un fréteur et un affréteur dans le commerce maritime. Cette filiation est celle que retiennent la plupart des historiens du sujet ; elle explique bien mieux le contenu des textes que l'image d'un serment de bandits, puisqu'on y parle de parts, de postes et de compensations.
Ici, les mots comptent, parce que les quatre mots ne désignent pas les mêmes hommes. Le Corsaire agit avec une lettre de marque délivrée par un État, en temps de guerre. Le Flibustier opère dans les Antilles, parfois avec une commission, parfois sans. Le Boucanier est d'abord un chasseur des côtes de Saint-Domingue et de la Tortue avant d'être un homme de mer. Le Pirate, lui, n'a aucune autorité derrière lui : hors la loi partout, c'est celui qui a le plus besoin d'un texte interne, faute de tribunal pour arbitrer ses querelles.
Sur ce point, « Pirates » : évitez la foule ! - Le Parisien (leparisien.fr) donne des repères vérifiables.
Origine du code : du contrat marchand à la signature de l'équipage
Le modèle est commercial. Dans le commerce maritime, chacun connaît sa part avant le départ, et les corsaires reprennent ce principe en y ajoutant la part du roi et celle de l'armateur, propriétaire du navire.
Quand un équipage passe à la piraterie, ces deux prélèvements disparaissent. Il n'y a plus d'armateur à payer, donc davantage à répartir entre les hommes, et plus personne au-dessus pour trancher un litige. La chasse-partie devient alors le seul document qui organise la vie du bord : qui commande, qui compte l'argent, qui remplace le capitaine s'il se conduit mal.
La signature se faisait avec un minimum de cérémonie utile : lecture à voix haute pour que les illettrés entendent chaque article, serment prêté sur une bible, parfois sur une hache d'abordage, et une croix tracée en bas de la feuille par ceux qui ne savaient pas écrire leur nom. Trois principes de ces textes détonnent pour l'époque : le capitaine est élu et peut être destitué, les décisions importantes se prennent au vote, et un homme mutilé reçoit une somme prise sur la caisse commune. Rien de tel sur un navire de la Royal Navy des mêmes années.
Avant tout code, il y a l'orientation. Un équipage vote sur une destination, et un cap se tient avec des instruments simples, tenus dans la main : compas de route, sablier, ligne de loch. C'est la même famille d'objets que les Boussoles pirate de jeu qu'on trouve aujourd'hui, en plastique et de poche. Comprendre un article sur le partage des prises suppose de se rappeler qu'on savait, à peu près, où l'on allait.
Articles récurrents : ce qu'on retrouve d'une chasse-partie à l'autre
D'un texte à l'autre, quatre familles d'articles revenaient presque toujours : le vote, le partage, les indemnités et les interdits de bord. Le reste varie selon le capitaine et la durée de l'expédition.
- Le vote: destination, sort d'une prise, choix de rester en mer ou de rentrer, élection et destitution du capitaine. Chez Bartholomew Roberts, l'article premier donne à chaque homme une voix dans les affaires importantes.
- Le partage: une part pleine par homme, une part majorée pour le capitaine et le quartier-maître, une part intermédiaire pour le maître d'équipage, le canonnier, le charpentier et le chirurgien. Le capitaine touche rarement plus de deux parts, ce qui reste très loin des écarts de solde d'une marine d'État.
- Les indemnités: chez Roberts, huit cents pièces prélevées sur la caisse commune pour un homme devenu estropié ; chez John Phillips, quatre cents pièces de huit pour une articulation perdue au combat, huit cents pour un membre.
- Les interdits: jeux de dés et de cartes pour de l'argent, lumières et chandelles éteintes à une heure fixe, vol entre membres de l'équipage, armes mal entretenues, tabac fumé sans couvercle de pipe dans la cale.
Deux règles complètent l'ensemble et se retrouvent partout. On ne quitte pas le bord sans accord, et on ne règle pas une querelle à bord : les adversaires attendent la terre, où le quartier-maître organise la rencontre. Un navire de vingt mètres avec quatre-vingts hommes armés ne supporte pas les bagarres, et les textes le disent sans détour.

Trois chasses-parties comparées : Morgan 1671, Roberts 1720, Phillips 1724
La chasse-partie de Morgan est un texte d'expédition, tourné vers l'assaut de Panama : primes au fait d'armes et barème d'estropiés. Celle de Roberts, transmise par Charles Johnson en 1724, est la plus citée et la plus complète. Celle de Phillips, la même année, est plus courte et plus sèche dans ses peines.
| Chasse-partie | Date | Partage du butin | Indemnités blessure | Interdits marquants | Sanction principale |
|---|---|---|---|---|---|
| Henry Morgan | 1671 | Part de base, plus des primes au fait d'armes (50 à 100 piastres) | 1 500 écus ou 15 esclaves pour deux jambes ; 1 800 piastres ou 18 esclaves pour deux bras | Dissimulation d'une part du butin | Exclusion et privation de part |
| Bartholomew Roberts | 1720 | Une part par homme ; parts majorées pour le capitaine, le quartier-maître et les artisans | 800 pièces prélevées sur la caisse commune pour un homme estropié | Jeux d'argent à bord, lumières après une heure fixe, femme embarquée déguisée | Abandon sur un îlot désert ou mort |
| John Phillips | 1724 | Une part pleine ; une part et demie pour le capitaine, une part et quart pour les postes clés | 400 pièces de huit pour une articulation, 800 pour un membre | Vol entre membres, armes mal entretenues, coup porté à bord | Trente-neuf coups sur le dos nu, abandon, duel à terre |
| Codes de fiction (Pirates des Caraïbes, One Piece) | XXe et XXIe siècle | Règles narratives, sans barème | Aucune | Serments et pactes propres à l'intrigue | Créations d'auteurs, à ne pas citer comme sources historiques |
Ce que le tableau montre bien : les montants et la dureté des peines changent d'un équipage à l'autre, mais le vote et le partage chiffré sont là dans les trois cas. Les chiffres de Morgan, eux, varient selon les éditions et les traductions d'Exquemelin, ce qui doit rendre prudent quand on les recopie.
Sanctions réelles : abandon sur un îlot, fouet, exclusion du partage
Trois peines reviennent dans les textes : l'abandon, les coups, la privation de part. La plus spectaculaire est l'abandon, la plus courante la privation de part.
Le Marooning consiste à débarquer un homme sur un banc de sable ou un îlot, avec très peu de choses. Les articles de Phillips détaillent le paquetage du condamné : une bouteille de poudre, une bouteille d'eau, une arme légère et quelques munitions. Ce n'était pas une exécution formelle, mais les chances de survie sur un caillou sans eau douce restaient minces.
Les coups de garcette réglaient les manquements ordinaires. Phillips prévoit trente-neuf coups sur le dos nu pour celui qui en frappe un autre pendant la validité des articles, formule que le texte anglais appelle la loi de Moïse. La sanction la plus efficace au quotidien restait pourtant la perte de part : un homme qui laissait ses armes sales ou négligeait son service voyait sa fraction du butin passer à la caisse commune.
Quant à la planche, elle n'apparaît pas dans les chasses-parties du XVIIIe siècle. Sa popularité vient de la littérature et de l'illustration du XIXe siècle, puis du cinéma. Celui qui appliquait les peines n'était pas le capitaine mais le quartier-maître, élu lui aussi, chargé des parts et de la discipline : un contre-pouvoir explicite, qui ne s'effaçait qu'au moment de l'action, où le commandement du capitaine devenait absolu.
Sources et pièges : reconnaître un article attesté d'un article inventé
Deux ouvrages imprimés portent l'essentiel de ce qu'on sait : le récit d'Alexandre-Olivier Exquemelin, paru en néerlandais en 1678, et l'Histoire générale des plus fameux pirates publiée sous le nom de Charles Johnson en 1724. Tout article cité sans l'un des deux mérite un doute.
Les feuilles originales, elles, ont presque toutes disparu. Une chasse-partie était une preuve écrite de piraterie : à l'approche d'un navire de guerre, on la jetait par-dessus bord avec les pavillons. Les textes qui nous restent sont donc des copies faites lors de procès ou des transcriptions d'auteurs, ce qui explique les variantes de montants d'une édition à l'autre. Les comptes rendus de procès sont d'ailleurs la source la plus solide sur ce point, à condition de repérer d'abord la juridiction et la date.
Deux exemples d'articles douteux qui circulent beaucoup. Le prétendu dosage réglementaire du grog n'appartient à aucune chasse-partie connue : la ration d'alcool codifiée est une affaire de marines d'État, pas de pirates. Et l'interdiction d'embarquer une femme, réelle chez Roberts, est régulièrement présentée comme une règle universelle, alors qu'Anne Bonny et Mary Read servaient sur le sloop de Calico Jack, jugées à la Jamaïque en 1720.
Ce que la comparaison des textes finit par apprendre, c'est qu'on lit un règlement d'entreprise flottante. Salaires, postes, assurance accident, procédure d'arbitrage : les mots ne sont pas ceux du droit du travail, la logique est très proche.
Écrire son propre code et le rejouer : chasse au trésor, articles à signer
Pour un jeu, dix articles suffisent, formulés en une ligne chacun, lisibles par un enfant de 6 à 10 ans. Le principe qui fait tenir l'ensemble est le même qu'à bord : une règle n'a de valeur que si les joueurs disposent du moyen de l'appliquer eux-mêmes, une direction à suivre, un signal, un point de rendez-vous.
- Rédige les parts avant de commencer: ce que chaque équipe gagne à la fin, et la part supplémentaire du quartier-maître, chargé de compter les pièces du coffre.
- Attribue les rôles du code: un capitaine élu à main levée, un quartier-maître, une vigie qui annonce les indices trouvés.
- Écris un article par joueur, de sorte que chacun ait sa phrase à défendre pendant la partie.
- Fais la lecture à voix haute, debout, avant le départ, comme cela se faisait à l'appareillage.
- Fais signer: prénom ou croix au bas de la feuille, une par équipage.
- Donne le cap: quatre points cardinaux, quatre indices, un coffre au bout du parcours.
- Prévois une boussole par équipe de trois, sinon deux enfants regardent et le troisième s'ennuie.
- Fixe une règle de fin de partie claire : le coffre ouvert par le capitaine, les parts distribuées par le quartier-maître.
- Garde une sanction douce et jouable: un tour de vigie en plus, jamais l'exclusion d'un enfant.
- Laisse la carte aux adultes jusqu'au dernier indice, pour éviter le raccourci qui casse le parcours.
J'ai pris l'habitude de faire signer ce petit texte au tout début de la chasse au trésor de ma nièce, avant même de distribuer les accessoires : cinq minutes de lecture calme, et les disputes de fin de partie sur le partage des pièces tombent presque à zéro. Si tu veux un déroulé complet d'activités autour de ça, je l'ai détaillé dans mon article sur les Dix activités pour un anniversaire pirate.

Un objet de jeu se juge d'abord à sa prise en main. Un format de poche autour de 13 x 6 cm se glisse dans une ceinture d'enfant, se passe de main en main dans une équipe et ne se casse pas au premier choc. Le plastique moulé façon cuivre vieilli est fait pour cet usage, pas pour la vitrine.
Si tu cherches un objet d'étagère ou une pièce de collection adulte, ce n'est pas celle-là qu'il faut regarder : le plastique et le format de poche sont pensés pour être manipulés par des enfants, pas exposés sous verre. Pour un bureau, un compas de route en laiton, chiné chez un revendeur d'accastillage, tiendra mieux le rôle.
Prolonger le code à la maison : pavillon, tenue et navire
Un code choisi appelle un pavillon cohérent. Si tu joues une chasse-partie inspirée de Roberts ou de Phillips, un Jolly Roger générique fait l'affaire ; si tu veux un pavillon attribué à un capitaine nommé, autant le nommer aussi dans le jeu, et expliquer aux enfants d'où vient le motif.
Pour la tenue, je conseille de partir du rôle plutôt que du costume complet : le capitaine élu prend le tricorne, le quartier-maître la ceinture large et la sacoche des parts, la vigie la longue-vue. La collection Déguisement pirate se choisit alors par âge et par pièce à compléter, chemise à manches bouffantes ou ceinture, sans acheter quatre panoplies identiques.
La table du conseil demande peu de choses : une carte, un Coffre pour ranger les parts et de quoi poser la feuille des articles. Entre deux fêtes, ce coffre sert de rangement : boussole, cache-œil et pièces dedans, tout se retrouve d'une année sur l'autre.
Reste le navire. Les équipages qui signaient ces textes préféraient les coques rapides et de faible tirant d'eau, sloops et goélettes, capables d'entrer dans un chenal où une frégate ne pouvait pas suivre. C'est ma famille de bateaux favorite, et elle se repère très bien sur une maquette : nombre de mâts, forme de la voilure, hauteur de la coque sur l'eau. Les Bateaux pirate à exposer ou à monter se choisissent d'ailleurs comme un gréement, en regardant d'abord la place au sol qu'ils prendront une fois montés.
Les questions qui reviennent
Quel est le code d'honneur des pirates ?
Il n'a jamais existé de code d'honneur unique. Ce que les sources documentent, ce sont des chasses-parties propres à chaque équipage, dont les principes communs sont le vote sur les décisions importantes, le partage chiffré du butin, l'indemnisation des blessés et l'interdiction de régler ses querelles à bord. Dans ces textes, l'honneur se ramène à des comptes tenus correctement.
Quel est le règlement des pirates ?
Le règlement le plus complet dont on dispose est celui de Bartholomew Roberts, transmis par Charles Johnson en 1724 : droit de vote pour chaque homme, parts majorées pour le capitaine, le quartier-maître et les artisans, interdiction des jeux d'argent, extinction des lumières à heure fixe, armes tenues propres, huit cents pièces au membre de l'équipage devenu estropié. Celui de John Phillips, la même année, ajoute un barème plus précis pour les blessures et des peines plus dures.
Quelle est la phrase culte sur les pirates ?
Celle qui a le plus de chances d'être attestée est attribuée à Bartholomew Roberts par Charles Johnson en 1724 : une vie joyeuse et courte, voilà sa devise. Les autres formules qui circulent, en français comme en anglais, viennent presque toutes de la littérature du XIXe siècle ou du cinéma, sans source ancienne derrière.
Quelle est la phrase mythique de Jack Sparrow ?
La réplique la plus citée du premier film de la série Pirates des Caraïbes, sorti en 2003, est celle où le personnage corrige son interlocuteur : « Mais vous avez entendu parler de moi. » C'est du dialogue de fiction, écrit pour le film, et cela n'a aucun rapport avec les articles historiques dont parle cet article.
Le code des pirates existait-il vraiment ou est-ce une légende ?
Il existait, mais au pluriel. Les feuilles originales ont presque toutes été jetées par-dessus bord avant les arraisonnements, pour ne pas laisser de preuve écrite ; ce qui nous reste passe par les procès et par deux livres imprimés, Exquemelin en 1678 et Johnson en 1724. La légende commence quand on transforme ces textes locaux en un règlement unique valable pour tous les pirates.
Comment écrire un code des pirates pour un anniversaire d'enfant ?
Dix articles d'une ligne, un par enfant, lus à voix haute avant le départ puis signés d'un prénom ou d'une croix. Mets dedans les parts du trésor, les rôles (capitaine élu, quartier-maître, vigie), la règle de fin de partie et une sanction douce. Côté matériel, prévois une boussole par équipe de trois et laisse la carte aux adultes jusqu'au dernier indice : le reste des accessoires se choisit en mousse ou en plastique, et se range dans le coffre entre deux fêtes. Si tu veux comparer les formats et les finitions avant de te décider, la collection Boussole pirate de Piraterie Shop réunit les modèles de poche et les modèles plus décoratifs.
« Celui qui ne tiendra pas ses armes propres et prêtes au combat, ou négligera son service, sera privé de sa part. » Articles de John Phillips, rapportés par Charles Johnson, Histoire générale des plus fameux pirates, 1724.