La Tartane : Le navire de commerce méditerranéen qui a trouvé sa place dans la piraterie

La Tartane : Le navire de commerce méditerranéen qui a trouvé sa place dans la piraterie

La tartane n'a jamais été un navire pirate au sens où on l'entend d'habitude. C'était un caboteur de charge méditerranéen, un bateau de travail qu'on croisait par dizaines entre Marseille, Gênes et les côtes d'Afrique du Nord, et c'est cette banalité même qui a intéressé les contrebandiers et les armateurs en course.

Sur un ponton en bois, cordes et voiles pliées face à la mer méditerranéenne turquoise et aux falaises rocheuses.
Sur un ponton en bois, cordes et voiles pliées face à la mer méditerranéenne turquoise et aux falaises rocheuses.

Ce que tu vas trouver plus bas : les trois critères qui permettent d'identifier une tartane sur une gravure ou une maquette en quelques secondes, un comparatif avec le chébec, la felouque et la barque catalane, et ce que la documentation dit vraiment de son rôle dans la guerre de course.

Une précaution de vocabulaire avant d'entrer dedans : l'histoire maritime de la Méditerranée, l'imagerie pirate des films et les objets qu'on met sur une étagère sont trois choses différentes. Elles sont toutes les trois légitimes, elles ne se prouvent pas l'une l'autre.

Les points qui comptent
  • La tartane est un petit voilier de charge méditerranéen, courant du XVIIe au XIXe siècle en France, Italie, Espagne, Afrique du Nord et dans l'Empire ottoman.
  • Elle porte un ou deux mâts et une voile latine sur antenne, parfois complétée d'un foc sur beaupré. Jamais un gréement carré de trois-mâts.
  • Faible tonnage et faible tirant d'eau : cabotage, pêche et transport côtier, pas de haute mer.
  • Corsaires barbaresques, corsaires maltais et contrebandiers l'ont employée pour sa maniabilité et sa silhouette ordinaire, pas pour sa puissance.
  • Elle se confond vite avec la felouque, le chébec ou la barque catalane : le nombre de mâts et la forme de la coque tranchent.
  • Les maquettes de tartane sont rares dans le commerce. Pour exposer un navire chez soi, on se reporte en général sur un trois-mâts noir de type Pirates des Caraïbes.

Tartane : définition, dates et aires de navigation

Une tartane est un petit voilier méditerranéen de charge et de pêche, gréé en voile latine, employé principalement du XVIIe au XIXe siècle. Quelques unités ont continué de naviguer au début du XXe siècle, souvent motorisées en fin de carrière.

Son aire est bien délimitée : Provence, Languedoc, côtes catalanes, Ligurie et Italie tyrrhénienne, Régences barbaresques d'Alger, de Tunis et de Tripoli, et le Levant ottoman. On ne la trouve pas dans l'Atlantique nord, où les mêmes besoins de transport côtier étaient couverts par d'autres types de coques et d'autres gréements. Pour la définition lexicale et les premières attestations du mot en français, le CNRTL reste la référence la plus simple à consulter.

Le mot lui-même circule encore dans des contextes qui n'ont rien de maritime : une plage porte ce nom en Martinique, des restaurants et des hôtels l'ont repris pour son parfum méditerranéen. Quand tu cherches « tartane » sur un moteur de recherche, tu tombes sur ces homonymes bien avant de tomber sur le bateau.

On retrouve ce point dans tartane | Dictionnaire de l'Académie française | 9e édition (dictionnaire-academie.fr).

Coque courte et large : le premier point à vérifier

La tartane a une coque ramassée, assez large pour son gréement, et un fond peu profond. Le tirant d'eau reste faible, ce qui l'autorise à entrer dans des criques, des calanques et des petits ports dépourvus de quai.

L'ordre de grandeur, pour fixer les idées : quelques dizaines de tonneaux de charge, une coque qui dépasse rarement la vingtaine de mètres pour les plus grandes unités de commerce, nettement moins pour les tartanes de pêche. Ce sont des chiffres larges, les sources varient beaucoup d'un port à l'autre et d'une époque à l'autre.

Cette architecture explique aussi ce qu'elle ne fait pas. Franc-bord modeste, capacité de charge limitée, réserve de vivres réduite : la traversée océanique n'est pas dans ses moyens. La tartane travaille en vue de la côte, d'un mouillage à l'autre, et rentre.

Un ou deux mâts, jamais trois

Compte les mâts avant tout le reste. Une tartane en porte un, parfois deux, avec un mât principal légèrement incliné vers l'avant et, éventuellement, un petit mât de tapecul à l'arrière. Un beaupré court complète l'ensemble et porte un ou deux focs.

Le nombre de mâts et la forme de la voilure sont le premier repère d'identification d'un voilier ancien, avant la couleur de la coque, avant les sabords, avant le pavillon. Un ou deux mâts avec une longue antenne inclinée : famille latine méditerranéenne. Trois mâts couverts de voiles carrées superposées : autre famille, autre océan, et c'est celle qu'on retrouve dans l'imagerie de fiction et sur la plupart des maquettes de bateaux Pirates des Caraïbes.

L'erreur la plus fréquente vient de là. On appelle « tartane » un trois-mâts croisé dans un livre d'images parce qu'il navigue près d'une côte rocheuse et qu'il a l'air ancien. Le gréement, lui, ne ment pas.

Le repère Sur une gravure de petit format, cherche la ligne oblique qui traverse la voile. Une antenne latine coupe le mât en diagonale et dépasse loin devant l'étrave. Une vergue carrée, elle, reste horizontale et symétrique de part et d'autre du mât.

Voile latine sur antenne : la signature méditerranéenne

La voile latine est une grande voile triangulaire enverguée sur une antenne, longue vergue faite le plus souvent de deux pièces ligaturées, hissée en biais le long du mât. Son point d'amure descend très bas vers l'avant, sa pointe monte haut à l'arrière.

Ce gréement remonte bien au vent, ce qui compte dans un bassin où la brise tourne, tombe et revient dans la journée. Il permet de longer une côte au plus près, de gagner un abri contre le mistral, de repartir dès que le vent adonne. Sur les vents portants, il perd de son avantage.

Voile de lin beige aux plis naturels, éclairée par la lumière du jour traversant ses fibres tissées.
Voile de lin beige aux plis naturels, éclairée par la lumière du jour traversant ses fibres tissées.

La contrepartie est la manœuvre. Pour virer proprement, il faut passer l'antenne de l'autre côté du mât, une opération qui demande plusieurs hommes coordonnés et un peu d'habitude. Sur le misainier du patrimoine où je suis équipier, en rade de Lorient, on manœuvre une voile au tiers, cousine éloignée de la latine : le principe de la vergue qu'on fait passer d'un bord à l'autre est le même, et il suffit d'un geste décalé pour tout ralentir.

Ce gréement recule au XIXe siècle devant le gréement aurique, plus facile à manœuvrer avec moins de monde, puis devant la vapeur. Les dernières tartanes finissent souvent avec un moteur et une voilure réduite.

Équipage réduit, armement léger, usage réel

Une tartane de commerce se manœuvre à quelques hommes, une poignée pour les unités moyennes. L'armement défensif se limite en général à quelques pièces légères et à des armes portatives, de quoi décourager une barque mal intentionnée, pas de quoi soutenir un engagement.

Le travail quotidien, c'est le cabotage : sel, vin, huile, blé, poisson salé, bois, transportés d'un port à l'autre le long des côtes. La pêche occupe une partie de la flotte, notamment au chalut traîné en couple selon les régions. Rien de spectaculaire, et c'est pour ça qu'on en a construit tant.

La contrebande utilise exactement les mêmes qualités : peu de tirant d'eau, entrée possible dans une crique, silhouette qu'on ne regarde pas deux fois depuis la côte. Ce même raisonnement vaut sur d'autres façades maritimes, et je le détaille dans l'article consacré au lougre de l'Odet, l'arme cachée des contrebandiers, où la logique est comparable en Bretagne sud.

Côté guerre de course, la documentation méditerranéenne montre surtout des tartanes capturées, et très peu de tartanes en position de capturer. Les corsaires barbaresques et les corsaires maltais, qui se rendaient des coups depuis leurs bases respectives aux XVIIe et XVIIIe siècles, capturaient volontiers ces caboteurs chargés. Certaines tartanes ont bien été armées en course ou utilisées comme conserve, mais elles servaient à surprendre et à filer, jamais à tenir tête à un bâtiment de guerre.

Précision On parle ici d'histoire, au passé, entre le XVIIe et le XIXe siècle. La criminalité maritime contemporaine est un délit réel et un tout autre sujet, qui n'a rien à voir avec l'imagerie de flibustiers dont se nourrit la décoration.

Felouque, chébec, barque catalane : lever les confusions

Les petits voiliers latins de Méditerranée se ressemblent, et les légendes de musée ou de brocante appellent souvent « tartane » n'importe lequel d'entre eux. Dans la plupart des cas, quatre vérifications permettent de trancher.

  1. Compte les mâts. Un ou deux, tartane ou felouque. Trois, tu es sur un chébec ou sur un navire d'une autre famille.
  2. Regarde la forme des voiles. Triangle sur antenne oblique : gréement latin. Trapèze sur vergue horizontale : gréement carré. Quadrilatère derrière le mât avec une corne : gréement aurique, plus tardif.
  3. Juge la coque. Ramassée et haute sur l'eau pour la tartane, effilée et basse pour le chébec, très légère et souvent munie d'avirons pour la felouque.
  4. Vérifie l'arrière et le beaupré. Un beaupré court avec un ou deux focs va bien à la tartane ; une absence totale de foc oriente plutôt vers une barque de pêche.

Tartane et petits voiliers méditerranéens : ce qui les distingue

Navire Mâts et gréement Usage principal Rapport à la guerre de course
Tartane 1 à 2 mâts, voile latine sur antenne, foc sur beaupré Cabotage, pêche, transport côtier Souvent proie, parfois armée par contrebandiers et corsaires
Chébec 3 mâts, voiles latines puis carrées, coque effilée, avirons possibles Course et transport rapide Bâtiment de course barbaresque par excellence
Felouque 1 à 2 mâts latins, faible tonnage, avirons Liaisons portuaires, transport léger Emploi d'appoint, reconnaissance et contrebande
Barque catalane 1 mât latin, coque à fond plat Pêche côtière Rarement armée
Sloop (Atlantique) 1 mât, gréement aurique et voiles d'avant Cabotage et course dans les Caraïbes Choisi par les pirates pour la vitesse et le faible tirant d'eau

Repérer une erreur d'iconographie sur une gravure ou une maquette

Les erreurs les plus courantes portent sur le gréement. Une voile carrée ajoutée au-dessus d'une latine, une antenne dessinée droite au lieu d'être inclinée, un beaupré démesuré : ce sont des signes que le graveur travaillait de mémoire ou d'après un autre dessin.

Le pavillon est l'autre point sensible. Un Jolly Roger noir à tête de mort apposé sur une scène méditerranéenne relève presque toujours de la retouche tardive ou de l'illustration commerciale : les corsaires du bassin naviguaient sous pavillon de leur souverain ou de leur ordre, et l'imagerie de la tête de mort appartient d'abord à l'Atlantique des années 1710-1720.

Dernier cas, très fréquent en brocante : la petite maquette vitrée étiquetée « tartane du XVIIIe » alors qu'il s'agit d'un modèle générique de barque latine monté au siècle dernier. Rien de grave, tant que l'étiquette ne sert pas d'argument. Pour un mur, une reproduction de tableau de marine bien cadrée donne souvent plus de matière à regarder qu'une maquette approximative, parce qu'on y voit l'eau, la côte et la manœuvre en même temps.

Exposer un voilier de la Méditerranée chez toi

Autant le dire tout de suite : les maquettes de tartane sont rares dans le commerce grand public. On en trouve chez des modélistes, en kit bois à monter à la colle, rarement en pièce finie prête à poser. Pour une étagère de salon ou de bureau, le report habituel se fait sur un trois-mâts noir à silhouette pirate, qui se reconnaît immédiatement.

Une maquette de voilier se juge d'abord à son encombrement réel une fois posée. Une coque courte et fine tient entre deux piles de livres ; un grand set demande une surface dégagée, un mur derrière et un dépoussiérage régulier au pinceau souple, parce que le gréement retient la poussière plus que n'importe quelle autre décoration. La matière annoncée conditionne le reste : un modèle en plastique solide, indiqué à partir de 6 ans, se manipule sans précaution particulière, contrairement à une maquette en bois montée à la colle qu'un déplacement maladroit suffit à abîmer.

Ce modèle ne conviendra pas à qui cherche un navire méditerranéen fidèle : ni antenne, ni voile latine, ni coque ramassée, on est dans le registre de la fiction atlantique. Si c'est la tartane qui t'intéresse, oriente-toi vers un kit bois de barque latine chez un fabricant de maquettes, ou vers une reproduction de gravure encadrée. Et pour un enfant qui veut vraiment jouer, une pièce décorative se prête mal aux abordages sur le tapis : un set de construction avec équipage tient mieux la route.

Pour l'installation, trois points suffisent. Hauteur des yeux, ou juste en dessous, parce qu'un pont se regarde de trois quarts. Loin d'un radiateur, d'un halogène ou d'une fenêtre plein sud, la chaleur et les UV n'étant tendres ni avec les plastiques ni avec les fils. Et un dépoussiérage au pinceau souple, dans le sens des haubans, plutôt qu'un chiffon qui accroche les cordages. Un petit coffre en bois posé à côté suffit à composer un ensemble cohérent ; trois objets sur la même étagère, c'est déjà une pile.

Le critère qui compte le plus

Devant un voilier ancien, en photo comme en maquette, mon ordre est toujours le même : nombre de mâts, forme de la voilure, hauteur de la coque sur l'eau. Trois secondes suffisent à écarter les trois quarts des confusions, et ce qui reste se règle avec le beaupré et la forme de l'arrière.

Le détail qui me trompe encore, ce sont les antennes mal dessinées des gravures tardives, celles où la vergue est raccourcie pour tenir dans le cadre. La voile paraît alors presque carrée, et le bateau change de famille sur le papier sans avoir changé de gréement.

Le conseil que je donne à quelqu'un qui débute : choisis trois types de navires, pas dix, et apprends à les distinguer entre eux. Tartane, chébec, sloop, par exemple. Une fois ces trois-là bien en tête, les autres se rangent tout seuls par comparaison. J'aime les petits gréements pour cette raison : ils sont plus lisibles que les grands trois-mâts, où l'œil se perd dans l'étage des voiles.

Si tu cherches une silhouette de navire à poser chez toi plutôt qu'un modèle historique, l'ensemble des maquettes et sets Pirates des Caraïbes de Piraterie Shop regroupe les formats décoratifs et les modèles à monter, avec les âges indiqués pour chacun.

Questions fréquentes

Quelle est la définition de « tartane » ?

C'est un petit bâtiment de commerce et de pêche de la Méditerranée, gréé d'une voile latine sur antenne, avec un ou deux mâts et souvent un foc sur beaupré. Le mot est employé en français depuis l'époque moderne et désigne un type de coque et de gréement, pas une fonction militaire. Le CNRTL en donne les attestations et les emplois dérivés.

Où se trouve la plage de Tartane ?

À la Martinique, sur la commune de La Trinité, au nord de la presqu'île de la Caravelle. Aucun rapport avec le navire méditerranéen : c'est un homonyme, et il occupe une bonne partie des résultats de recherche sur le mot.

L'hôtel Saint Amour se trouve-t-il à Saint-Tropez ?

Cette question revient souvent à côté du mot « tartane » à cause d'établissements du Var qui ont repris ce nom de bateau. D'après l'office de tourisme de Saint-Tropez, le nom « Saint-Amour » est rattaché à l'hôtel La Tartane Saint-Tropez, 231 route des Salins, dont le restaurant et les soirées d'été portent cette enseigne ; pour tout autre établissement homonyme, vérifier une adresse d'hôtel n'est pas mon terrain : le site de l'établissement ou l'office de tourisme concerné répondra mieux.

Combien de mâts porte une tartane et quelle voile utilise-t-elle ?

Un mât, deux au maximum, le principal légèrement incliné vers l'avant, avec parfois un petit mât de tapecul à l'arrière. La voile principale est une grande latine triangulaire enverguée sur une antenne, complétée d'un ou deux focs tenus par un beaupré court. Si tu comptes trois mâts, ce n'est pas une tartane.

Les pirates utilisaient-ils vraiment des tartanes ?

Des corsaires et des contrebandiers de Méditerranée en ont armé, oui, pour leur maniabilité et leur allure de caboteur ordinaire. Mais dans les archives, la tartane apparaît beaucoup plus souvent comme prise que comme preneur : elle transportait la cargaison que d'autres venaient chercher. Il n'existe pas de grand capitaine associé à ce type de navire, contrairement au sloop dans les Caraïbes.

Quelle différence entre une tartane, une felouque et un chébec ?

Le chébec est un trois-mâts à coque effilée, conçu pour la vitesse et employé en course par les Régences barbaresques. La felouque est plus petite, souvent équipée d'avirons, cantonnée aux liaisons portuaires et au transport léger. La tartane est entre les deux par la taille, plus ventrue, et destinée à porter de la charge le long des côtes.

Peut-on encore voir une tartane naviguer aujourd'hui ?

Quelques barques latines et répliques de bateaux de travail méditerranéens naviguent encore, entretenues par des associations de patrimoine du Var, des Bouches-du-Rhône ou de Catalogne, et sortent lors des rassemblements de vieux gréements. Les appellations varient d'un port à l'autre, et toutes ne sont pas des tartanes au sens strict. Un pavillon hissé sur un mât qui bouge n'a rien à voir avec le même pavillon punaisé sur un mur, et c'est vrai aussi d'une voile latine.

Quelle maquette choisir quand on veut un bateau pirate à exposer ?

Regarde d'abord la place dont tu disposes en profondeur, pas seulement en longueur : un gréement dépasse souvent du bord de l'étagère. Ensuite la matière et l'âge indiqués, qui déterminent si l'objet se manipule ou se pose. Un modèle en plastique solide se dépoussière au pinceau souple toutes les deux ou trois semaines, une maquette bois collée demande une vitrine ou un endroit où personne ne passe le chiffon à l'aveugle.

Prends une photo de l'étagère avec un mètre déroulé dessus avant de commander une maquette : c'est le seul moyen de savoir si la longueur annoncée, gréement compris, tiendra vraiment entre les deux montants.