La goélette : Le navire rapide et agile qui est devenu le favori des pirates
Le mot « goélette » apparaît en français vers 1740, probablement formé sur « goéland ». Le gréement, lui, est plus vieux que le mot : il naît dans les chantiers néerlandais au tournant des XVIe et XVIIe siècles, sous le nom de schoener, pour naviguer entre les bancs de sable de la mer du Nord.

Un bateau bas sur l'eau, fin, taillé pour longer la côte : le vocabulaire dit déjà l'essentiel. C'est cette silhouette que des équipages de flibuste ont adoptée dans les Caraïbes, et qu'on retrouve aujourd'hui, très librement interprétée, sur les maquettes de bateaux pirates.
Cet article distingue la goélette du sloop, du brick et du ketch, explique pourquoi ce gréement convenait à des équipages réduits, et indique quoi regarder sur un modèle réduit avant de lui faire une place sur une étagère.
- Une goélette est un voilier à deux mâts ou plus (jusqu'à sept) dont le mât le plus en arrière est le principal ; celui de devant s'appelle mât de misaine.
- Gréement né aux Pays-Bas entre le XVIe et le XVIIe siècle, popularisé en Amérique du Nord au XVIIIe, apogée commerciale au XIXe.
- Pendant l'âge d'or de la piraterie (1650-1730), la goélette est appréciée pour sa vitesse, son faible tirant d'eau et le peu d'hommes nécessaires à la manœuvre.
- Trois familles à séparer : goélette franche, goélette à huniers, goélette à trois mâts et plus.
- Brick, ketch et sloop se reconnaissent au nombre de mâts, à leur hauteur relative et au type de voiles.
- Des goélettes naviguent encore : l'Étoile et la Belle Poule de la Marine nationale, lancées en 1932, la Recouvrance à Brest, la Bluenose II au Canada.
Origine néerlandaise d'un gréement bas sur l'eau
Le gréement de goélette vient des chantiers des Provinces-Unies, entre la fin du XVIe et le XVIIe siècle, où on l'appelle schoener. Le terrain de jeu explique la forme : estuaires, bancs de sable, chenaux étroits de la mer du Nord, avec des marées qui découvrent des kilomètres de fond.
Dans ces eaux, un navire haut et lourdement mâté n'a aucun avantage. Il faut une coque qui tire peu d'eau, un pont dégagé, et surtout des voiles qu'on borde et qu'on affale vite quand le chenal tourne. Les charpentiers hollandais répondent avec des voiles auriques, bordées dans l'axe du bateau et enverguées sur une corne, plutôt qu'avec des voiles carrées portées sur des vergues en travers.
La différence se joue à la manœuvre. Une voile carrée demande des hommes dans la mâture pour la serrer ou la larguer ; une voile aurique se règle depuis le pont, à la drisse et à l'écoute. Une goélette remonte aussi mieux au vent qu'un gréement carré, ce qui compte quand on rentre au port contre la brise établie.
Le mot français, lui, arrive tard. Les dictionnaires le datent des environs de 1740 et le rapprochent de « goéland », emprunté au breton gwelan; la notice du CNRTL détaille cette filiation. Une autre histoire circule beaucoup, celle d'un badaud de Gloucester, dans le Massachusetts, s'exclamant en 1713 devant un bateau d'Andrew Robinson qu'il « scoonait » sur l'eau. Elle est jolie, elle n'est pas prouvée, et le gréement existait déjà bien avant cette date.
Sur ce point, GOÉLETTE | Techniques (universalis.fr) donne des repères vérifiables.
Diffusion en Amérique du Nord et dans les Caraïbes au XVIIIe siècle
C'est en Amérique du Nord que la goélette devient un type courant. Les chantiers de Nouvelle-Angleterre en construisent pour la pêche et le cabotage dès le début du XVIIIe siècle, puis ceux de la baie de Chesapeake affinent les coques : lignes tendues, faible franc-bord, mâts inclinés vers l'arrière.
Ces bateaux font le travail ordinaire des côtes. Ils portent du bois, du sel, du poisson, des barriques de sucre, d'un mouillage à l'autre, avec cinq ou six hommes à bord. C'est cette masse de petits navires banals, présents partout, qui rend le type disponible : on ne s'empare pas d'un navire rare, on s'empare de celui qui passe.
Dans les Antilles, la carte fait le reste. Bancs coralliens, cayes, passes étroites, mangroves d'estuaire : un bâtiment qui cale deux mètres circule là où un navire de commerce hauturier ne s'engage pas. Le tonnage n'y sert à rien, le tirant d'eau y sert tout le temps.
Une goélette embarque moins de marchandise et tient moins bien le très gros temps du large, mais elle se répare avec des moyens de fortune sur une plage. Pour un équipage qui vit de prises côtières, l'échange est intéressant. Les silhouettes noires à trois mâts qu'on trouve aujourd'hui dans les rayons de bateaux pirates des Caraïbes relèvent d'ailleurs de l'imaginaire du cinéma plus que de ces coques de travail, souvent gréées à deux mâts seulement.
Pourquoi corsaires et pirates l'ont choisie
Une goélette n'est pas la plus rapide des voiliers dans l'absolu. Elle est rapide avec peu de monde à bord, et c'est ce rapport entre la manœuvre et l'effectif qui explique, à mon avis, son adoption par les équipages de flibuste : quelques hommes suffisent à envoyer, à réduire et à changer d'amure, sans envoyer personne dans les hauts.
À la chasse, cela donne un navire qui accélère vite, vire court et se glisse dans une passe où le marchand poursuivi n'ose pas entrer. Après la prise, cela donne un bateau qui disparaît derrière une caye ou remonte un estuaire pour caréner à l'abri. Les patrouilles qui le cherchent en haute mer perdent leur temps.
Il y a un second calcul, très concret. Un équipage réduit, c'est moins d'eau douce et de vivres à embarquer, et davantage de parts au moment du partage. Sur un navire où le butin se répartit selon un accord signé, cet arbitrage-là compte autant que la voilure.
Plusieurs figures documentées de l'époque opèrent sur ce genre de coques rapides. Edward Low écume l'Atlantique avec des sloops et des goélettes prises au commerce ; Benjamin Hornigold bâtit sa réputation sur de petits bâtiments avant de passer côté corsaire ; un siècle plus tard, dans le golfe du Mexique, Jean Lafitte organise sa contrebande depuis les bayous de Barataria avec des embarcations à faible tirant d'eau.
Le pavillon, lui, arrivait au dernier moment. Tant que la chasse durait, on montrait des couleurs neutres ou aucune ; le drapeau noir n'était hissé qu'à portée de voix, comme sommation : rendez-vous maintenant et l'équipage aura la vie sauve. Le rouge, lui, annonçait qu'il n'y aurait pas de quartier.

Après 1730, la répression navale change le décor. Les mêmes qualités servent alors les autres : les marines et les douanes arment des goélettes rapides pour patrouiller les côtes et courir après les contrebandiers.
Gréement de la goélette expliqué mât par mât
Deux mâts au minimum, et le plus en arrière est le principal. Le mât avant s'appelle mât de misaine, celui d'arrière le grand mât. Cette règle de hauteur est le repère le plus fiable pour identifier une goélette, y compris sur une photo prise de loin.
Sur une goélette franche, toute la voilure est aurique : deux grandes voiles quadrangulaires, enverguées chacune sur une corne en tête et sur une bôme en pied, plus les focs à l'avant. Pas de vergues, pas de hunes, rien à faire dans la mâture. C'est la version la plus dépouillée, et la plus économe en bras.
La goélette à huniers ajoute une ou deux voiles carrées sur le mât de misaine. On perd en simplicité, on gagne aux allures portantes : par vent arrière, une voile carrée tire mieux qu'une aurique masquée par sa propre bôme. Beaucoup de goélettes de commerce ont adopté ce compromis.
La goélette à trois mâts, et au-delà, appartient surtout au XIXe siècle et au début du XXe. On répartit alors la surface sur plusieurs mâts pour manœuvrer un grand tonnage sans multiplier l'équipage, avec des treuils à vapeur pour hisser. Une seule goélette à sept mâts a été construite, le Thomas W. Lawson, au début du XXe siècle.
À l'avant, le beaupré porte les focs et les voiles d'étai. Cette surface avant équilibre la marche : trop peu de toile devant, le bateau part au lof ; trop, il refuse de remonter. C'est là que se règle, en pratique, une bonne partie du comportement d'une goélette.
Goélettes encore à flot aujourd'hui
Le type n'a pas disparu avec la voile commerciale. La Marine nationale arme toujours deux goélettes à huniers paimpolaises lancées en 1932, l'Étoile et la Belle Poule, utilisées pour la formation des élèves officiers. Elles sortent régulièrement et participent aux grands rassemblements de voiliers.
À Brest, la Recouvrance est la réplique d'une goélette du début du XIXe siècle, construite au début des années 1990 et devenue l'un des bateaux emblématiques de la rade. Au Canada, la Bluenose II perpétue la Bluenose de 1921, goélette de pêche et de course de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, dont la silhouette figure sur la pièce canadienne de dix cents.
Côté course, la goélette a signé un épisode fondateur : en 1851, l'America gagne une régate autour de l'île de Wight, et le trophée rapporté prend son nom. La Coupe de l'America commence donc avec un gréement de goélette, avant un siècle et demi d'évolutions.
Pour les voir, le plus simple reste les fêtes maritimes. En 2016, à Brest, j'ai passé quatre jours à noter des noms de bateaux dans un carnet, et ce qui frappe devant ces gréements, c'est la lenteur du travail : plier une voile aurique à plusieurs sur une bôme prend un temps qu'aucune photo ne rend.
Goélette, sloop, brick, ketch : distinguer les gréements sans se tromper
Deux critères suffisent presque toujours : le nombre de mâts, et lequel est le plus haut. Le type de voiles vient ensuite préciser la famille. Le reste (taille de la coque, couleur, nombre de canons) n'entre pas dans la définition d'un gréement.
Le brick porte deux mâts entièrement gréés en voiles carrées. Il tient mieux le large, encaisse la grosse mer et embarque plus de toile, au prix d'un équipage nombreux et d'hommes qui montent dans la mâture par tous les temps. Marines de guerre et commerce hauturier l'ont beaucoup employé.
Le ketch a aussi deux mâts, mais l'inverse de la goélette : le grand mât est à l'avant, et le petit mât d'artimon est planté en arrière, en avant de la mèche de gouvernail. C'est ce détail de position qui le sépare du yawl, où l'artimon est planté en arrière de la mèche de gouvernail.
Le sloop n'a qu'un mât, une grand-voile et un foc. Il grimpe très bien au vent, vire vite et se manœuvre à trois ou quatre. Un sloop manœuvrant dans un chenal éclaire souvent mieux une carrière de pirate qu'un galion de cinéma.
Goélette, brick, ketch et sloop : lire un gréement en trois secondes
| Type | Nombre de mâts | Voilure dominante | Mât le plus haut | Usage historique fréquent |
|---|---|---|---|---|
| Goélette | 2 à 7 | Aurique (voiles carrées en plus sur la goélette à huniers) | Le grand mât, situé en arrière | Cabotage, pêche, course, flibuste et patrouille |
| Brick | 2 | Carrée sur les deux mâts | Le grand mât, en arrière | Commerce hauturier et marine de guerre |
| Ketch | 2 | Aurique ou bermudienne | Le grand mât, en avant de l'artimon | Pêche, cabotage, plaisance moderne |
| Sloop | 1 | Grand-voile et foc | Mât unique | Course-poursuite côtière, contrebande, piraterie |
Si le format à trois mâts t'intéresse en particulier, j'ai écrit une fiche sur la goélette à trois mâts Tern qui détaille ce que ce gréement change à la répartition de la voilure.
Reconnaître un gréement sur une maquette ou un set de construction
La même méthode marche sur un modèle réduit, à condition de regarder la coque et les mâts avant de lire le nom sur la boîte. Voici l'ordre que j'applique devant une maquette gréée.

- Compte les mâts. Un seul : sloop ou cotre. Deux : goélette, brick ou ketch. Trois et plus : goélette à trois mâts, ou navire à gréement carré si des vergues traversent les mâts.
- Repère le plus haut. Le plus haut à l'arrière oriente vers la goélette ; le plus haut à l'avant, vers le ketch.
- Regarde la forme des voiles. Quadrilatère tenu par une corne inclinée le long du mât : aurique. Vergue horizontale traversant le mât : carré.
- Vérifie l'avant. Beaupré long et deux ou trois focs : la surface avant est là pour équilibrer, c'est cohérent avec une goélette ou un sloop rapide.
- Mesure la hauteur totale, mâts compris, et regarde la matière et l'âge indiqués avant de choisir. La longueur de coque annoncée ne dit rien de la place réelle nécessaire.
Une remarque utile pour éviter les déceptions : les modèles réduits du commerce interprètent librement une silhouette, sans reproduire un navire précis. Coque noire, trois mâts, silhouette de flibuste : le dessin vient du cinéma et de l'imagerie pirate, pas d'un plan d'archives. Ce qui rend une pièce crédible sur une étagère, c'est l'élancement de la coque, courte et fine, plutôt que la masse ; c'est ce que le regard perçoit en premier.
Quand quelqu'un cherche une pièce de vitrine et non un jouet, c'est ce critère de finesse que je regarde en premier, avec la hauteur des mâts.
Elle ne conviendra pas à qui cherche un gréement de goélette exact, à deux mâts et voiles auriques, pour comparer avec un plan : ce modèle s'inspire de l'imagerie des Caraïbes et ne reproduit aucun navire réel. Et si l'objet est destiné à un enfant qui veut jouer, avec des personnages et des accessoires à manipuler, un set de construction avec équipage tiendra mieux la route qu'une pièce à poser.
Exposer un voilier miniature chez soi : place, lumière, entretien
Mesure l'emplacement en hauteur autant qu'en largeur. Une étagère de bibliothèque standard laisse souvent moins de 30 cm sous la tablette supérieure, et un trois-mâts gréé dépasse fréquemment cette limite. Le plus simple est de réserver le rayon du haut, un dessus de meuble ou une console.
Évite le plein soleil direct et continu sur une pièce en plastique noir : les teintes sombres marquent davantage l'exposition prolongée aux ultraviolets, et une place à un mètre d'une fenêtre plein sud n'est pas la meilleure. Une lumière rasante latérale, de lampe ou de jour indirect, fait mieux ressortir le relief de la coque.
Pour la poussière, elle se dépose surtout dans les hauts, entre les mâts et les fils de gréement. Un pinceau souple ou une poire à air suffit ; le chiffon, lui, accroche les haubans et fatigue les points de collage. Deux passages par an évitent l'accumulation grise sur les ponts.
Si tu composes un ensemble sur un mur ou un meuble, garde une hiérarchie simple : une pièce en volume, un élément textile, un élément plat. Un modèle réduit posé, un pavillon accroché à hauteur d'œil, un poster ou un tableau de voilier derrière, et l'ensemble tient sans se charger.
Reste la question du destinataire. Pour un adulte qui décore un bureau, une pièce de vitrine suffit. Pour un enfant de 6 à 10 ans, la même maquette se regarde mais ne se joue pas, et un set à assembler ou un bateau avec figurines convient mieux. Le rayon des bateaux pirates des Caraïbes de Piraterie Shop rassemble les deux styles, avec les dimensions et l'âge indiqués sur chaque modèle.
Les questions qu'on me pose
Qu'est-ce qu'une goélette ?
C'est un voilier à deux mâts au moins, dont le mât le plus en arrière est le mât principal, de hauteur égale ou supérieure à celle du mât de misaine, et porte la grand-voile. Sa voilure principale est aurique, tenue par une corne et une bôme plutôt que par des vergues en travers. Le nombre de mâts peut monter jusqu'à sept sur les grands modèles commerciaux du XIXe et du début du XXe siècle.
Quelle est la différence entre un brick et une goélette ?
Le brick a deux mâts entièrement gréés en voiles carrées, portées sur des vergues horizontales ; la goélette porte des voiles auriques, dans l'axe du bateau. Conséquence pratique : le brick demande des hommes dans la mâture et un équipage plus nombreux, la goélette se manœuvre depuis le pont, à quelques-uns. La goélette à huniers, qui ajoute une ou deux voiles carrées sur son mât de misaine, est le cas intermédiaire.
Quelle est la différence entre une goélette et un ketch ?
La position du grand mât. Sur une goélette, le mât principal est celui de l'arrière ; sur un ketch, le grand mât est à l'avant et le petit mât d'artimon est planté derrière, en avant de la mèche de gouvernail. Si l'artimon est planté en arrière de la mèche de gouvernail, on parle de yawl et non de ketch.
Pourquoi les pirates préféraient-ils la goélette et le sloop aux grands navires ?
Parce que ces bateaux tirent peu d'eau, accélèrent vite et se manœuvrent avec un équipage réduit. Cela permettait de chasser près des côtes, de se réfugier dans des passes et des estuaires interdits aux gros navires, et de nourrir moins de bouches pour un butin partagé entre moins de parts. Un grand navire offrait plus de canons et plus de place, mais exigeait des dizaines d'hommes et un mouillage profond.
Combien de mâts peut avoir une goélette ?
De deux à sept. Deux mâts restent la configuration la plus courante, notamment pour la pêche et le cabotage. Les trois-mâts et plus appartiennent surtout au commerce du XIXe siècle, et une seule goélette à sept mâts a été construite, le Thomas W. Lawson, au début du XXe siècle.
« La Goélette » désigne aussi des restaurants et des chambres d'hôtes : pourquoi ce nom ?
Parce que le mot évoque la côte et la mer de travail sans la solennité d'un grand voilier, et qu'il se retient facilement sur une enseigne. Les goélettes de pêche et de cabotage ont été nombreuses sur les côtes françaises jusqu'au XXe siècle, en Bretagne comme en Normandie, ce qui rend le nom familier dans les ports. Sur la qualité de tel ou tel établissement, je n'ai rien d'utile à dire.
Comment entretenir une maquette de voilier posée dans un salon ?
Dépoussière deux fois par an au pinceau souple ou à la poire à air, en passant entre les mâts et les fils de gréement, et laisse le chiffon de côté : il accroche les haubans. Choisis un emplacement à l'écart du soleil direct prolongé, surtout pour les pièces sombres. Et vérifie la hauteur disponible avant l'installation, mâts compris, plutôt qu'après.
« In an honest service there is thin commons, low wages, and hard labour ; in this, plenty and satiety, pleasure and ease. » Propos attribués à Bartholomew Roberts dans A General History of the Pyrates, publié à Londres en 1724 sous le nom de Charles Johnson.