Les canons pivotants des pirates
Le canon pivotant des pirates, celui qu'on voit dépasser du bastingage dans les films, n'est pas un canon de bordée en réduction. C'est un pierrier: une bouche à feu courte, montée sur une fourche qui tourne dans un logement du plat-bord, chargée de mitraille et destinée à balayer le pont d'en face à quelques mètres. Elle ne perce pas une coque et n'a jamais été faite pour ça.

À mon avis, c'est la pièce la plus utile qu'un équipage de flibustiers pouvait avoir à bord, et la plus mal représentée dès qu'on quitte les musées. On lui préfère toujours la rangée de sabords, plus spectaculaire à dessiner.
Dans ce guide : ce qu'était vraiment cette arme, comment on la servait, pourquoi la « caronade » n'a rien à faire dans une histoire de Barbe Noire, et une méthode en quatre repères pour juger l'armement d'une maquette ou d'un set de construction sans se faire avoir par le nombre de canons.
- Le canon pivotant des pirates s'appelle en français un pierrier (parfois pierrier à boîte) : tube court monté sur une fourche pivotante fichée dans le plat-bord, un gaillard ou une hune.
- Son emploi est antipersonnel : mitraille, langrage, balles de plomb sur le pont adverse à courte distance, et non des boulets destinés à percer une coque.
- Un servant, deux au plus, suffisent à le charger et à le pointer à la main. Sa vitesse de remise en batterie compte plus que sa puissance.
- Les équipages pirates cherchaient de petits navires rapides portant peu de pièces lourdes et plusieurs pierriers, très loin de l'armement d'un vaisseau de guerre.
- La caronade est écossaise et date des années 1770 : elle arrive après l'âge d'or de la piraterie, situé selon les auteurs entre 1650 et 1740.
- Sur une maquette ou un set : taille du navire, emplacement des pièces, pavillon, équipage. Quatre repères suffisent.
Erreur n° 1 : croire que le canon pivotant est un canon de bordée en miniature
Un pierrier et un canon de bordée n'ont ni la même taille, ni le même montage, ni la même cible. Le premier tire des projectiles multiples sur des hommes, le second tire un boulet plein sur du bois. Les confondre fausse tout le reste.
Le vocabulaire aide à s'y retrouver. En français on dit pierrier, ou pierrier à boîte quand la charge se met dans une chambre amovible qu'on cale par l'arrière. La pièce repose sur une fourche, parfois appelée chandelier, qui tourne dans un trou du plat-bord ou d'une lisse. À l'arrière, une queue de pointage que le servant tient sous le bras. Les sources anglophones parlent de swivel gun, et les inventaires de navires de la période les listent séparément des canons.
Les ordres de grandeur : un tube de 60 cm à un peu plus d'un mètre, quelques dizaines de kilos, un calibre qui dépasse rarement une ou deux livres. En face, un canon de 6 livres pèse plusieurs centaines de kilos avec son affût à roulettes, occupe un sabord, mobilise quatre à six hommes et demande des cordages de brague pour encaisser le recul. Ce sont deux mondes.
Le chargement change aussi. Dans un pierrier on met de la poudre, une bourre, puis un sac de mitraille, du langrage (des débris de fer, des clous, des morceaux de chaîne) ou une poignée de balles de plomb. Le boulet plein n'est pas son emploi normal : la trajectoire serait plate, la portée courte, et l'effet dérisoire contre un bordé.
Sur ce point, canon | Dictionnaire de l'Académie française | 9e édition (dictionnaire-academie.fr) donne des repères vérifiables.
Erreur n° 2 : imaginer des duels d'artillerie entre pirates et navires marchands
Une prise réussie, pendant l'âge d'or de la piraterie, est une prise sans combat. On veut la cargaison, souvent la coque elle-même, parfois des hommes de métier : cribler tout ça de boulets revient à détruire ce qu'on est venu chercher.
La séquence habituelle tient en cinq temps : repérer une voile, chasser en profitant d'un navire plus rapide, tirer un coup de semonce à blanc ou à boulet perdu, hisser le pavillon noir, sommer le capitaine de mettre en panne. Quand ça marche, personne ne tire. Le combat, c'est le plan qui a échoué.
Le pavillon compte donc autant que l'artillerie. Un carré noir portant une tête de mort, une figure squelettique ou un sablier, hissé en tête de mât ou bien visible depuis la prise, produisait l'effet d'une bordée sans en payer le prix. C'est l'argument qui évitait le combat, et l'équipage le savait.
Le pierrier intervient à la fin, quand les deux coques se touchent. Il tient les hommes du navire pris à distance des grappins, dégage un passage sur le pont, dissuade quiconque voudrait couper les amarres d'abordage. À vingt mètres, un sac de mitraille qui s'ouvre au-dessus d'un pont encombré est un argument que peu d'équipages marchands avaient envie de discuter.
Erreur n° 3 : parler de « caronade » pour l'âge d'or de la piraterie
La caronade n'existe pas encore du temps de Barbe Noire. Cette pièce courte et légère est produite par la Carron Company, en Écosse, à partir des années 1770. Barbe Noire meurt en 1718. Cinquante ans les séparent.
La confusion vient du tube : court, trapu, fait pour le tir rapproché. Mais la caronade se monte sur une glissière, tire un gros boulet et sert à démolir un bordé à courte distance, sur des navires de guerre. Le pierrier se monte sur pivot, tire de la mitraille et vise des hommes. Même silhouette ramassée, deux fonctions distinctes, deux siècles différents.
Autre point que la fiction lisse : les pirates ne commandaient pas leur artillerie. Ils la prenaient. Un pont pouvait aligner des calibres dépareillés, ramassés sur trois prises différentes, avec les boulets qui allaient avec, ou pas. À côté des pierriers, l'arsenal léger de la période comprenait l'espingole à canon évasé, le mousquet, le pistolet à silex et des grenades à main en poterie ou en fonte, bourrées de poudre et allumées à la mèche.

J'ai écrit une fiche entière sur les pistolets des pirates si tu veux le détail du silex, de la portée réelle et de la raison pour laquelle on en portait plusieurs à la fois.
Erreur n° 4 : juger un navire pirate au nombre de sabords
Un navire pirate se juge d'abord à sa vitesse et à son tirant d'eau, pas à son artillerie. Chaque pièce lourde mange du poids, du franc-bord et de la place à vivre, sur un bateau qui embarque déjà deux à trois fois plus d'hommes qu'un marchand de même tonnage.
Le sloop des Caraïbes, le plus courant de ces bâtiments, portait typiquement une poignée de petites pièces et plusieurs pierriers répartis le long du plat-bord. Un mât, une coque courte, un tirant d'eau faible pour se glisser dans des chenaux où une frégate ne suivait pas. La goélette et le brigantin fonctionnaient sur le même principe. La cohérence d'un navire pirate tient à ça : taille, gréement, nombre de pièces modeste.
L'exception qu'on cite toujours, c'est le Queen Anne's Revenge de Barbe Noire, ancien négrier français transformé en navire lourdement armé. L'épave fouillée au large de Beaufort, en Caroline du Nord, a livré une trentaine de canons, documentés par le programme archéologique de l'État de Caroline du Nord. Un cas remarquable, précisément parce qu'il n'était pas la norme, et Barbe Noire perd ce navire en 1718 sur un banc de sable.
La fiction gonfle l'armement pour une raison simple d'image : avec trois ponts et vingt sabords, le spectateur identifie tout de suite un « bateau de guerre ». Cet héritage visuel vient des vaisseaux de ligne et non des bâtiments montés par les flibustiers. On le retrouve dans une bonne partie des navires miniatures inspirés des Caraïbes, où la silhouette de galion l'emporte souvent sur celle du sloop.
Où se place le pierrier dans l'arsenal d'un abordage
Chaque arme du bord correspond à une distance et à un moment précis de l'action. Le pierrier occupe les vingt à cinquante derniers mètres, entre la sommation et le franchissement.
Le déroulé, en descendant les distances :
- Les pièces de bordée pour la semonce, à quelques centaines de mètres, souvent un seul coup destiné à être entendu.
- Les pierriers quand les coques se rapprochent : mitraille sur le pont, sur les hommes rassemblés à la lisse, sur les servants d'en face s'il y en a.
- Mousquets et pistolets à silex au moment du franchissement, tirés une fois puis abandonnés ou passés à la ceinture, le rechargement étant impossible dans la mêlée.
- Coutelas, haches d'abordage et gaffes une fois le pont franchi.
Autour du pierrier gravite tout un matériel : grappins et leurs orins, gaffes pour maintenir les bords accouplés, grenades lancées depuis la hune ou le gaillard. La répartition des hommes suit la même logique : un ou deux servants par pièce pivotante, quelques tireurs perchés, et le gros de l'équipage massé à l'avant, prêt à sauter.
Les limites, elles, sont concrètes. La poudre prend l'humidité. Le recul, même modeste, cogne dans la fourche et fatigue le bras. Un servant debout au plat-bord est exposé de face. Et le rechargement, si rapide soit-il pour l'époque, laisse un intervalle pendant lequel la pièce ne sert plus à rien.
Servir et pointer un pierrier, geste par geste
Le service d'un pierrier se fait debout, à la main, sans palan ni cordage de reprise. C'est ce qui explique sa cadence, bien supérieure à celle d'un canon de bordée.
- Préparer les charges à l'avance. Sacs de poudre mesurés, sacs de mitraille prêts, posés dans un coffre à l'abri de l'eau à portée du servant. Personne ne dose de la poudre au gobelet pendant un abordage.
- Charger par la bouche. Poudre, bourre, puis le sac de projectiles, refoulés au refouloir. Sur un pierrier à boîte, la chambre amovible se remplit à part et se cale par l'arrière, ce qui accélère encore le cycle.
- Amorcer la lumière. Un peu de poudre fine dans le trou de mise à feu, à l'arrière du tube.
- Pointer. Le servant cale la queue de pointage sous le bras et oriente la pièce à vue. Le pivot donne un arc de tir très ouvert et permet de plonger vers un pont plus bas, ce qu'un canon de sabord ne fait pas.
- Mettre le feu avec le boutefeu ou la mèche lente, en se tenant sur le côté et non derrière la pièce.
- Écouvillonner avant de recharger. Une braise oubliée dans le tube et la charge suivante part dans les mains du servant.
Reconnaître un armement cohérent sur une maquette ou un set de construction
Quatre repères suffisent, dans cet ordre : l'échelle du navire, l'emplacement des pièces, le pavillon, l'équipage. Le nombre de canons arrive loin derrière, et il induit plus souvent en erreur qu'il n'aide.
1. L'échelle avant tout
Longueur de coque et nombre de mâts d'abord. Un bâtiment à un seul mât et à coque courte ne peut pas porter une batterie continue : deux ou trois pièces, quelques pierriers, c'est déjà beaucoup. Sur les planches de modélisme, j'ai longtemps compté les sabords avant de regarder la coque ; c'est l'inverse qu'il faut faire.
2. L'emplacement
Des pièces pivotantes réparties le long du plat-bord et sur les gaillards indiquent un armement de course. Des tubes alignés à intervalles réguliers derrière des sabords ouverts indiquent un navire de guerre, ou une licence prise par le fabricant.
3. Le pavillon
Un carré noir en tête de mât, ou le motif imprimé sur la voile, raconte la prise sans combat mieux que n'importe quelle rangée de canons. C'est l'élément que je regarde en deuxième sur une vitrine, juste après la coque.
4. L'équipage visible
Deux hommes au plat-bord près d'une pièce pivotante, un capitaine reconnaissable au tricorne et au sabre : la scène d'abordage se comprend d'un coup d'œil, y compris par un enfant de six ans. Un pont désert, même hérissé de canons, ne raconte rien.

Quand quelqu'un cherche une pièce qui serve à la fois de jouet et d'objet d'étagère, c'est cette cohérence-là que je regarde avant la taille du set. Un petit navire bien gréé, avec son pavillon et ses figurines au pont, tient debout visuellement dans une chambre comme dans un salon.
Ce modèle ne conviendra pas à quelqu'un qui cherche une maquette documentaire, avec un gréement détaillé et des pièces d'artillerie fidèles au type. Pour une reconstitution sérieuse de sloop ou de goélette armée, il faut se tourner vers une maquette d'assemblage à l'échelle, plus longue à monter et beaucoup plus fragile entre les mains d'un enfant.
Raconter le pierrier à un enfant ou à un invité sans dérailler
Le plus simple est de séparer d'emblée ce que la piraterie mélange en permanence : l'histoire attestée des années 1650-1730, la fiction (Pirates des Caraïbes, One Piece, Assassin's Creed) et le jeu, c'est-à-dire le déguisement, le set de construction et la décoration d'anniversaire. Les trois sont légitimes, aucun ne prouve les autres.
Trois faits tiennent en une minute et se retiennent : le pierrier tirait de la ferraille sur un pont, pas des boulets dans une coque ; le pavillon noir suffisait le plus souvent à obtenir une reddition ; et les équipages pirates fuyaient les navires de guerre au lieu de les affronter. Ce dernier point surprend toujours, et c'est celui qui explique le mieux le choix des petits bâtiments rapides.
Pour raconter la scène sans en faire un massacre, il y a de quoi faire ailleurs que dans le combat : la chasse, la négociation avec le capitaine de la prise, le partage du butin selon la charte d'équipage, avec des parts fixées à l'avance et des compensations prévues pour les blessés. Les articles de Bartholomew Roberts, rapportés par Charles Johnson en 1724, restent l'exemple le plus détaillé du genre.
Si tu cherches un navire à poser sur une étagère ou à mettre entre les mains d'un enfant, la collection Bateaux Pirate des Caraïbes de Piraterie Shop regroupe les modèles de ce format, avec leur composition et l'âge indiqué pour chacun.
Pierrier pivotant, canon de bordée et arme d'épaule : trois emplois différents
| Critère | Pierrier pivotant | Canon de bordée | Mousquet / espingole |
|---|---|---|---|
| Poids de l'ensemble | Léger, portable à deux hommes | Plusieurs centaines de kilos avec l'affût | Quelques kilos |
| Montage | Fourche pivotante dans le plat-bord, la hune ou un gaillard | Affût à roulettes derrière un sabord | À l'épaule |
| Projectile courant | Mitraille, langrage, balles de plomb | Boulet plein, parfois double charge | Balle unique ou chevrotine |
| Distance d'emploi | Quelques mètres à environ 50 m | Semonce et bordée à moins de 150 m | Moins de 50 m |
| Servants | 1 à 2 | 4 à 6 | 1 |
| Objectif | Balayer un pont, tenir les défenseurs à distance | Obtenir la reddition, démâter | Viser le timonier, les officiers |
| Présence sur un navire pirate | Fréquente, plusieurs pièces | Limitée, calibres dépareillés pris comme butin | Systématique, plusieurs armes par homme |
Les questions qu'on me pose
Qui est le plus puissant pirate de tous les temps ?
Si l'on parle de nombre de prises et de flotte, Bartholomew Roberts arrive en tête pour les Caraïbes et l'Atlantique : les sources du XVIIIe siècle lui attribuent plusieurs centaines de navires capturés en un peu plus de trois ans, jusqu'à sa mort en 1722. À l'échelle mondiale, la Chinoise Zheng Yi Sao commandait au début du XIXe siècle une confédération de plusieurs centaines de jonques, sans commune mesure avec les équipages atlantiques. « Puissant » dépend donc de ce qu'on mesure : le butin, le tonnage ou le nombre d'hommes.
Quel était le nom du pistolet pirate ?
On parle de pistolet à silex, ou pistolet à platine à silex, l'arme de poing courante entre 1650 et 1730. Il n'existe pas de modèle « pirate » : c'est le même matériel que celui des marines d'État et des marchands, souvent pris comme butin. Les équipages en portaient plusieurs à la fois, sur une bandoulière, faute de pouvoir recharger pendant un abordage.
Comment s'appelle le volant d'un bateau pirate ?
La barre à roue, ou simplement la roue de gouvernail. Elle apparaît sur les navires européens au début du XVIIIe siècle et se généralise ensuite. Beaucoup de bâtiments de l'âge d'or de la piraterie se dirigeaient encore avec une barre franche ou une manivelle verticale appelée barre à manivelle, ce que la fiction montre très rarement.
Quelles étaient les armes utilisées par les pirates ?
Coutelas et haches d'abordage pour le corps à corps, pistolets et mousquets à silex pour le franchissement, grenades à main en poterie ou en fonte lancées depuis les gaillards, pierriers pivotants au plat-bord, et quelques canons de petit calibre selon le navire. La plupart de ces pièces venaient de prises antérieures, ce qui donnait des ponts aux calibres mélangés.
Combien de canons pivotants un navire pirate embarquait-il ?
Les inventaires de l'époque font état de deux à une dizaine de pierriers selon la taille du bâtiment, répartis le long du plat-bord et sur les gaillards. Un sloop en portait quelques-uns, un bâtiment plus fort davantage. Le chiffre variait au gré des prises : on récupérait ces pièces sur les navires capturés parce qu'elles étaient légères et faciles à remonter.
Quelle est la différence entre un pierrier, un canon et une caronade ?
Le pierrier est monté sur pivot, tire de la mitraille à courte distance et se sert à un ou deux hommes. Le canon repose sur un affût derrière un sabord, tire un boulet plein et demande une équipe. La caronade, apparue en Écosse dans les années 1770, est un canon court et léger monté sur glissière, postérieur d'un demi-siècle à l'âge d'or de la piraterie : elle n'a jamais équipé les navires de Barbe Noire ni de Roberts.
Comment exposer et entretenir une maquette ou un navire miniature ?
La poussière est le vrai sujet : un pinceau doux, sec, passé du haut vers le bas une fois par mois suffit sur un modèle en plastique, et évite de tordre les gréements fins. Pour un jouet manipulé par un enfant, un chiffon légèrement humide sur la coque convient, en laissant sécher avant de replacer les figurines. Éloigne l'ensemble d'une fenêtre plein sud : les voiles imprimées et les plastiques colorés pâlissent avec l'exposition directe.
« Une vie joyeuse et courte, telle sera ma devise. » Propos attribué à Bartholomew Roberts par Charles Johnson, A General History of the Pyrates, 1724.