Le butin caché du pirate Roche Braziliano
Presque tout ce que l'on croit savoir de Roche Braziliano tient dans quelques pages d'un seul livre : De Americaensche Zee-Roovers, publié à Amsterdam en 1678 par Alexandre Olivier Exquemelin, ancien chirurgien embarqué avec les boucaniers. On y lit des raids côtiers, une captivité chez les Espagnols, un naufrage. Aucune carte, aucun inventaire, aucune cachette.
Le butin caché du pirate Roche Braziliano est donc une légende tardive, posée sur un personnage bien réel : un Hollandais élevé au Brésil, basé à la Jamaïque, actif dans le golfe du Mexique vers 1669-1671.

Ce texte te donne trois choses : ce que les sources d'époque disent vraiment de lui, comment se composait concrètement un butin de flibuste, et une grille en quatre questions pour trier ce qui est attesté, ce qui est légende et ce qui relève du jeu. Avec, à la fin, de quoi monter un jeu de piste qui raconte la vraie histoire.
- Roche Braziliano est un personnage attesté, mais connu presque uniquement par Exquemelin (1678) : origine hollandaise, jeunesse au Brésil, base à la Jamaïque, opérations vers Cuba et la baie de Campeche.
- Aucune source d'époque ne mentionne un trésor enterré par lui : ni carte, ni cachette, ni liste de dépôt.
- Dans les prises documentées, l'or et l'argent ne représentent qu'une petite part du total : l'essentiel était du matériel de bord, de la cargaison et des vivres, revendus à terre par des réseaux de recel.
- Les citations d'« historiens » qui circulent sur ce sujet, dont une prétendue Ellen Wintour, ne renvoient à aucune publication identifiable.
- Les grottes de Jamaïque, la baie de Campeche et l'île de la Vache relèvent du folklore et n'apparaissent dans aucune source d'époque.
- Le trésor pirate le mieux documenté matériellement reste celui du Whydah de Samuel Bellamy, épave localisée au large du Cape Cod en 1984.
Erreur 1 : croire que Braziliano a enterré un trésor
Aucun texte du XVIIe siècle ne décrit un butin enterré par Roche Braziliano. Exquemelin raconte ses prises, sa réputation de violence, sa captivité, jamais un dépôt secret. La cachette apparaît dans des récits bien postérieurs, quand le personnage est déjà devenu un nom de légende.
Il y a une raison pratique à cette absence. Le partage se faisait à bord, part par part, devant l'équipage, selon des accords établis avant la campagne. Un chef qui aurait mis de côté une caisse aurait eu quarante témoins et autant de créanciers. Le secret était structurellement impossible à tenir.
Le cas d'enfouissement le mieux documenté est celui de William Kidd, qui dépose une partie de ses biens sur l'île Gardiners, au large de Long Island, en 1699. Ce n'était pas un trésor caché pour la postérité : c'était un gage de courte durée, dans une négociation avec les autorités, et il a été récupéré en quelques semaines. Chercher « la cachette » de Braziliano revient à chercher un objet que ses contemporains n'ont jamais mentionné.
On retrouve ce point dans Trésor et Butin à l'Âge d'Or de la Piraterie (worldhistory.org).
Erreur 2 : prendre les grottes de Jamaïque pour une piste sérieuse
Les grottes calcaires jamaïcaines reviennent dans presque tous les récits de trésor de l'île. Elles servent de décor commode : humidité, éboulis, galeries inaccessibles. À ma connaissance, aucune fouille publiée n'y a livré de dépôt de flibuste.
L'association île / trésor vient de la fonction réelle de Port-Royal. La ville servait de base de radoub, de ravitaillement et surtout de revente : c'est là que les prises se transformaient en argent, chez des marchands qui ne posaient pas de questions. Une place où circulait autant de marchandise volée finit par produire des histoires de richesses cachées.
S'y ajoute le tremblement de terre du 7 juin 1692, qui a fait basculer sous l'eau une partie de Port-Royal. Une ville engloutie, des maisons de marchands avec leurs caisses, et voilà deux siècles de récits de fortunes perdues, sans lien avec Braziliano. Une légende localisée indique où le récit a circulé, pas où l'or se trouverait.
Erreur 3 : citer un historien qui n'existe pas
Une citation attribuée à « l'historienne Ellen Wintour » circule beaucoup sur ce sujet. Elle ne correspond à aucun ouvrage, article ou université identifiable. Sur un dossier aussi recopié, c'est le premier réflexe à avoir : remonter au nom, à l'éditeur, à l'année.
La règle que j'applique est simple : sans ces trois éléments, la citation est écartée. Pas discutée, écartée. Ça évite de bâtir un raisonnement sur une phrase fabriquée pour meubler un article.
Les sources utilisables sur la flibuste caraïbe existent, et elles sont peu nombreuses. Exquemelin, 1678, pour les boucaniers de Saint-Domingue et de la Jamaïque, à lire en sachant qu'il exagère volontiers les cruautés. La General History of the Pyrates attribuée à Charles Johnson, 1724, pour la génération suivante. Et les travaux universitaires sur le recel du butin colonial, qui suivent la marchandise plutôt que les capitaines. Les traductions anciennes d'Exquemelin sont consultables librement, notamment via le catalogue du Projet Gutenberg.
Erreur 4 : imaginer un butin fait de coffres d'or
Les prises de flibuste étaient d'abord des cargaisons et du matériel. Quand on répartit le contenu des prises documentées par grandes catégories, l'ordre de grandeur souvent cité donne environ la moitié en matériel de bord, un peu plus d'un quart en cargaison, un huitième en vivres, et seulement autour de 8 % en or et argent.
Le « matériel » n'a rien d'anecdotique pour un équipage : cordages, voiles de rechange, poulies, ancres, instruments de navigation, cartes, coffres de chirurgie, vêtements, outils de charpentier. Sur un sloop qui vit de sa vitesse, un jeu de voiles neuves valait plus qu'un sac de piastres.

Le reste posait un problème d'écoulement. Du sucre, du cacao, des peaux, du bois de teinture : impossible à partager en parts, difficile à vendre sans complices. Une partie était échangée dans les anses, une autre revendue au détail dans la colonie, une autre encore purement et simplement jetée à la mer quand elle encombrait la cale.
Ce qui revenait aux hommes filait vite : radoub du navire, avances remboursées, dettes de taverne, jeu. Le butin circulait vite, avec des créanciers à chaque étape, et ce sont ces créances écrites qui ont laissé une trace durable, alors que les pièces, elles, disparaissaient.

Reconstituer ce qu'on sait vraiment de Roche Braziliano
Le dossier honnête tient en quelques lignes. Nom d'usage Roche Braziliano, ou Rock Brasiliano dans les versions anglaises, Hollandais d'origine, élevé au Brésil pendant la période de présence néerlandaise, passé ensuite à la Jamaïque où il rejoint les boucaniers. Années d'activité repérables autour de 1669-1671.
Son terrain de chasse était la côte de Cuba, le golfe du Honduras et la baie de Campeche, où les Espagnols exploitaient le bois de teinture. Ce sont des eaux basses, semées de bancs, faites pour de petites embarcations qui tirent peu d'eau et se glissent dans les anses. On y prend surtout des barques et des caboteurs, rarement des navires de fort tonnage.

Le contexte compte autant que l'homme : Port-Royal accordait des commissions contre les Espagnols, la frontière entre boucanier, flibustier et pirate se déplaçait au rythme des traités. J'ai détaillé cette distinction dans un autre article du blog, parce qu'elle explique pourquoi le même équipage pouvait être légal un été et hors la loi l'hiver suivant.
Ce qu'on ignore mérite d'être dit : sa date de mort, le nom exact de ses navires, le sort de ses parts. Exquemelin le laisse à Port-Royal et n'en dit plus rien. Les récits qui donnent une fin détaillée l'ont inventée.
Distinguer légende, chasse au trésor et fait attesté
Trois styles se mélangent en permanence sur ce sujet : l'histoire, appuyée sur des archives et des épaves fouillées ; la légende, transmise par des récits et des cryptogrammes ; la fiction et le jeu, du roman au coffre en bois posé sur une étagère. Ces trois styles ont chacun leur intérêt, mais aucun ne sert de preuve aux deux autres.
Pour trier, quatre questions suffisent la plupart du temps :
- Qui raconte ? Un témoin, un compilateur du siècle suivant, un chasseur de trésors qui vend une souscription ?
- Quand ? Un récit écrit cinquante ans après les faits n'a pas la valeur d'un registre de prise daté.
- Avec quel intérêt ? Vendre un livre, justifier une expédition, obtenir une autorisation de fouille.
- Quel objet a été retrouvé ? Une pièce, une ancre, un acte notarié, un rapport de fouille. À défaut, on reste dans le récit.
Le cas de La Buse est un bon exercice. La prise du Nossa Senhora do Cabo, en 1721 au large de La Réunion, est un fait solide, avec une cargaison connue. Le cryptogramme censé mener à sa cachette, lui, circule dans les milieux de chasseurs de trésors depuis les années 1930 et son authenticité n'est pas établie. Un fait réel plus un document douteux, ça ne fait pas une carte au trésor.
Un mot utile pour terminer sur ce point : fouiller un site, en France comme aux Seychelles, suppose une autorisation. La prospection improvisée avec un détecteur est encadrée par la loi.
Quatre légendes de trésors pirates comparées
| Pirate | Prise réellement documentée | Source de la légende du trésor caché | Retrouvé ? |
|---|---|---|---|
| Roche Braziliano | Raids côtiers autour de Campeche et de Cuba, vers 1669-1671 | Récits tardifs, aucune mention chez Exquemelin (1678) | Non, aucune cachette décrite à l'époque |
| Olivier Levasseur, dit La Buse | Nossa Senhora do Cabo, La Réunion, 1721 | Cryptogramme diffusé chez les chasseurs de trésors depuis les années 1930 | Non, authenticité du cryptogramme non établie |
| William Kidd | Quedagh Merchant, 1698 ; dépôt sur l'île Gardiners, 1699 | Un dépôt réel, transformé en légende de trésors multiples | En partie, le dépôt de 1699 a été saisi par les autorités |
| Samuel Bellamy | Whydah, perdu au large du Cape Cod en 1717 | Peu de légende : un naufrage localisé | Oui, épave identifiée en 1984, milliers d'objets remontés |
Conserver et présenter une légende chez soi
Ce qui se garde d'un sujet comme celui-ci, ce sont des papiers : une carte dessinée à la main, des repères recopiés, la biographie prudente tenue à jour, des tirages de gravures anciennes. Le contenant utile est donc un coffre à papiers de petit format, et non une grande malle de transport.
Le format compte. Autour de 20 à 25 cm de long, un coffre range à plat des lettres et une carte pliée sans les corner, et il se déplace à deux poignées d'une étagère à une table. Les malles de bord, elles, restaient arrimées et ne bougeaient pas de la cale.
Deuxième critère : le loquet. Un couvercle libre s'ouvre tout seul dès qu'on incline la boîte. Un fermoir métallique qui claque, avec possibilité de passer un petit cadenas, tient le contenu en place quand on porte le coffre, et le geste d'ouverture fait partie du plaisir. Si tu veux comparer les formats, la boutique en a plusieurs dans sa gamme de coffres en bois et en métal, du petit modèle de bureau au coffre de jeu.
Il ne conviendra pas à tout le monde. Si tu cherches un coffre qui serve de point d'arrivée à une chasse au trésor dans le jardin, avec des enfants qui le traînent dans l'herbe, prends un modèle plus grand et moins soigné : la bande de toile n'aimera pas la terre humide. Et à 23 cm de long, il servira à ranger des papiers plutôt que des jouets.
Transformer le dossier en jeu de piste pour un anniversaire
Le scénario le plus solide avec des enfants, c'est celui-là : ils ne cherchent pas de l'or, ils cherchent les papiers d'un boucanier de Campeche. Une carte, une liste de parts, une lettre. Ça correspond à l'histoire réelle et, en prime, ça se fabrique avec une feuille brûlée aux bords.
Le matériel tient en trois éléments : une carte au trésor à découper en trois indices, un coffre comme point d'arrivée, un petit cadenas pour la dernière étape. Compte une bonne demi-heure de jeu pour un groupe de six, un peu plus si les indices demandent de se déplacer dans tout le jardin.
La répartition par âge change tout. Vers 4-6 ans, trois indices imagés, un dessin par cachette, aucun texte à lire. Vers 7-10 ans, tu peux glisser une énigme de substitution de lettres, inspirée du cryptogramme de La Buse, avec la clé cachée dans l'indice précédent. Ce que j'ai vu rater le plus souvent, ce sont les indices trop abstraits : un enfant de six ans cherche un objet, pas une métaphore.
Côté costume, un déguisement complet ou simplement une chemise ample et un bandana font l'affaire. Les sabres en mousse et les pistolets de costume restent des accessoires de jeu à la maison ou dans le jardin, jamais sur la voie publique. Si tu veux d'autres idées d'activités pour tenir un après-midi entier, je les ai réunies dans mon article Anniversaire pirate : 10 activités testées pour occuper.
Ce qu'il faut savoir
Est-ce que le trésor de La Buse a été retrouvé ?
Non. La prise du Nossa Senhora do Cabo en 1721 est documentée, mais rien de ce qu'Olivier Levasseur en aurait tiré n'a été localisé. Les fouilles menées à Bel Ombre, aux Seychelles, depuis le milieu du XXe siècle n'ont livré aucun dépôt, et le cryptogramme sur lequel elles s'appuient n'a jamais été authentifié.
Quel est le trésor pirate jamais retrouvé ?
Il y en a plusieurs, et c'est normal : la plupart n'ont jamais existé sous forme de dépôt. Les butins se dispersaient en parts, en marchandises revendues et en dettes. Les « trésors introuvables » les plus cités, La Buse, Barbe Noire, Braziliano, ont en commun de n'être décrits par aucune source contemporaine des faits.
Quel est le trésor pirate le plus célèbre ?
Celui du Whydah, le navire de Samuel Bellamy perdu au large du Cape Cod en 1717. L'épave a été identifiée en 1984 et des milliers d'objets en ont été remontés : pièces, canons, armes, pièces d'accastillage, effets personnels. C'est le seul cas où le mot trésor renvoie à un ensemble matériel étudié, avec un lieu et un inventaire.
Comment s'appelle le cache-œil d'un pirate ?
On dit simplement un cache-œil, parfois un bandeau. Le terme médical est « occlusion » ou « coquille oculaire » selon la forme. Aucun texte de l'âge d'or de la piraterie n'en fait un attribut de pirate : l'image vient du théâtre et du cinéma, comme je l'explique dans mon article sur le cache-œil.
Roche Braziliano a-t-il vraiment existé ?
Oui, avec une réserve : son existence repose presque entièrement sur Exquemelin, qui l'a côtoyé, et sur quelques mentions dans les documents coloniaux anglais. Sa biographie est donc réelle mais mince, et l'auteur avait un goût prononcé pour les récits de cruauté. On tient les grandes lignes, pas le détail.
Les pirates enterraient-ils vraiment leur butin ?
Très rarement, et jamais comme dans les romans. Le cas de Kidd sur l'île Gardiners en 1699 est un dépôt temporaire, saisi peu après. Le partage se faisait à bord, en parts, et l'argent se dépensait à terre. L'enfouissement systématique est une invention littéraire du XIXe siècle, popularisée par L'Île au trésor.
Un coffre de 23 cm suffit-il pour ranger des documents ?
Oui pour des lettres, des cartes pliées et des tirages de petit format, à plat, en évitant de bourrer la boîte : le papier se corne au niveau du fermoir. Pour des feuilles A4 non pliées, il faut passer à un format plus long. Garde le coffre à l'écart d'un radiateur et d'une fenêtre exposée, le bois et le papier vieillissent mieux à humidité stable.
« A merry Life and a short one shall be my Motto. » Propos attribué à Bartholomew Roberts dans A General History of the Pyrates (Charles Johnson, 1724).