Martin Frobisher : La quête du passage du Nord-Ouest

Martin Frobisher : La quête du passage du Nord-Ouest

En 1578, une flotte de quinze navires anglais rentre de l'Arctique canadien avec environ 1 300 tonnes de roche noire dans les cales. Les essais menés en Angleterre concluront qu'elle ne contient pas d'or. Une partie de ce chargement a servi de matériau de construction du côté de Dartford, dans le Kent.

Un tas de roches noires à éclat métallique posé sur une feuille de papier, table d'atelier en bois et corde de chanvre.
Un tas de roches noires à éclat métallique posé sur une feuille de papier, table d'atelier en bois et corde de chanvre.

C'est le résultat comptable de la plus grosse expédition anglaise du siècle, montée par Martin Frobisher, dont l'objectif de départ était tout autre : le passage du Nord-Ouest, une route maritime vers la Chine par le nord de l'Amérique.

Reste à juger l'homme sur ce qu'il cherchait et sur ce qu'il a rapporté. Les trois voyages, les navires, les zones atteintes, les rencontres avec les Inuit et la question du vocabulaire (corsaire ou pirate) s'éclairent avec une seule question, qui revient tout au long de cette histoire : qui payait le voyage.

À retenir
  • Martin Frobisher, né près de Wakefield (Altofts, Yorkshire) vers 1535 ou 1539, mort à Plymouth le 22 novembre 1594 : marin, corsaire et explorateur au service de la couronne d'Angleterre.
  • Trois voyages entre 1576 et 1578 vers l'actuel Nunavut : le passage n'est jamais trouvé, mais la baie de Frobisher et l'entrée du détroit d'Hudson sont approchées et relevées pour la première fois par des Anglais.
  • Le « minerai d'or » rapporté en 1577 et 1578 s'est révélé sans valeur, ce qui a ruiné la Cathay Company et ses investisseurs.
  • Les rencontres avec les Inuit ont été violentes des deux côtés : hommes disparus, captifs emmenés en Angleterre où ils sont morts peu après.
  • Frobisher est fait chevalier après son rôle contre l'Invincible Armada en 1588 ; il meurt de blessures reçues au siège de Fort Crozon, près de Brest.
  • Avant l'Arctique, il navigue vers la Guinée dès 1553 et pratique la course : les sources emploient « privateer », parfois « pirate », deux statuts qu'il faut séparer.

Pourquoi cette biographie est difficile à établir

Trois obstacles se présentent d'emblée : les sources se contredisent sur le statut de l'homme, elles se contredisent sur ses dates, et la plupart des récits de voyage ont été écrits par des gens qui avaient de l'argent dans l'affaire.

Le premier point est une affaire de mots. Selon la notice consultée, Frobisher est un explorateur héroïque, un corsaire au service d'Élisabeth Ire, ou un pirate que la couronne a fini par employer. Ces trois versions s'appuient sur les mêmes faits et retiennent chacune une étiquette différente.

Le deuxième point est banal pour le XVIe siècle : les registres manquent. Sa naissance est placée vers 1535 par certains auteurs, vers 1539 par d'autres, à Altofts ou plus largement « près de Wakefield ». La notice du Dictionnaire biographique du Canada, rédigée dans les années 1960, donne l'état des archives disponibles à cette date ; les travaux archéologiques menés depuis sur les sites de Baffin ont précisé le terrain, pas l'état civil.

Le troisième point est le plus intéressant. Deux textes fondent presque tout ce qu'on raconte des voyages : le récit de George Best, publié en 1578, et les papiers de Michael Lok, principal organisateur et principal perdant financier de l'aventure. Best écrit pour justifier l'entreprise, Lok pour se défendre. Ce sont des témoins directs et des témoins intéressés.

Pour aller plus loin sur ce point : Frobisher, Sir Martin National Historic Person - Parks Canada, sur pc.gc.ca.

Identité, dates, et le métier d'avant l'Arctique

Frobisher est le quatrième enfant de Bernard Frobisher et de Margaret York, une famille de petite gentry du Yorkshire. Le père mort, l'enfant est confié à Londres à son oncle Sir John York, maître des Monnaies. C'est là que commence sa vie de mer.

Ce que donnent les archives

Naissance vers 1535 ou 1539. Mort le 22 novembre 1594 à Plymouth. Les sources signalent une inhumation partagée : une partie de sa dépouille reste à Plymouth, le reste est ramené à Londres et déposé à St Giles-without-Cripplegate. Cette fourchette de dates correspond simplement à l'état réel des archives conservées.

Guinée, 1553 et 1554

En 1553, il embarque, très jeune, dans l'expédition de Thomas Wyndham vers la côte de Guinée. Le voyage est meurtrier : une petite partie seulement des équipages revient, la fièvre ayant fait plus de dégâts que n'importe quel combat. Il repart l'année suivante et se retrouve retenu plusieurs mois comme otage à terre. Les récits diffèrent sur l'identité de ceux qui l'ont gardé, un chef local d'abord, les Portugais du fort ensuite.

Corsaire, flibustier, pirate : trois statuts

Un corsaire agit sous commission écrite d'un souverain, doit rendre compte de ses prises devant une juridiction et en verse une part. Un pirate agit pour son compte, sans mandat, et risque la corde. Le flibustier, lui, désigne d'abord une population des Antilles au siècle suivant, ce qui le met hors sujet ici.

Entre 1560 et 1573, Frobisher arme, commerce, prend des navires, et se fait interpeller plus d'une fois pour des captures menées sans couverture légale. Il servira ensuite la couronne lors des opérations en Irlande. La question à poser devant un homme comme lui est toujours la même : qui a donné l'ordre, et devant qui devait-il répondre de sa prise. Sur l'essentiel de sa carrière, la réponse est la couronne d'Angleterre. « Corsaire » est donc le mot juste, avec une zone grise dans les années 1560.

Le passage du Nord-Ouest : ce qu'on cherchait vraiment

Le passage du Nord-Ouest est l'hypothèse d'une route maritime vers la Chine et les Indes par le nord de l'Amérique. En 1576, aucun Européen ne l'a franchi, et l'enjeu n'est pas la géographie : il s'agit de contourner le monopole ibérique sur les routes du cap de Bonne-Espérance et du détroit de Magellan.

Deux hommes portent l'idée en Angleterre. Humphrey Gilbert publie en 1576 un texte défendant l'existence d'un passage vers « Cataia », et John Dee, mathématicien, conseille les pilotes sur les méthodes de navigation. Frobisher devient, selon le Dictionnaire biographique du Canada, le premier Anglais après les Cabot à chercher un passage vers l'Asie par le nord-ouest.

Les cartes de l'époque ne l'aidaient guère. Elles montraient correctement ce qui avait été longé par un navire et remplissaient le reste par déduction : détroits hypothétiques, terres arrondies au compas, un passage nord-est ou nord-ouest tracé net parce qu'il était souhaitable. Sur une carte, une côte relevée et une côte supposée se ressemblent beaucoup.

Repère utile Un capitaine de 1576 dispose de trois repères fiables : le compas magnétique, la sonde et l'estime. Le compas ne donne qu'une seule information, le nord, ce qui suffit à tenir un cap mais pas à savoir où l'on est. Les boussoles pirate de jeu vendues aujourd'hui reprennent cette rose des vents, avec la même limite : elles indiquent une direction, pas une position.

Les trois voyages, 1576-1578

Trois campagnes en trois étés, avec un basculement net : la première cherche un passage, la deuxième rapporte du minerai, la troisième organise une exploitation minière à grande échelle. Le cap change parce que les commanditaires changent.

1576 : deux barques et une pierre noire

Frobisher part avec le Gabriel, le Michael et une pinasse. Des tonnages minuscules, une trentaine de tonneaux pour les deux barques, ce qui est peu pour affronter les glaces mais donne un tirant d'eau faible et la possibilité de se faufiler près des côtes. La pinasse est perdue, le Michael fait demi-tour et rentre en annonçant le naufrage du chef d'expédition.

Maquette en bois d'un deux-mâts à voiles carrées posée sur une carte marine, près d'un cordage lové.
Maquette en bois d'un deux-mâts à voiles carrées posée sur une carte marine, près d'un cordage lové.

Le Gabriel poursuit seul et pénètre dans une échancrure du sud-est de l'île de Baffin que Frobisher prend pour un détroit menant à l'ouest. C'est l'actuelle baie de Frobisher, un cul-de-sac. Cinq hommes descendus à terre disparaissent. Au retour, quelqu'un rapporte à bord un morceau de roche noire lourde ramassé sans intention particulière.

1577 : le minerai passe devant

De retour à Londres, la pierre est confiée à des essayeurs. L'un d'eux annonce de l'or. La Cathay Company se constitue, Élisabeth Ire apporte son soutien et prête un de ses navires, l'Aid, accompagné du Gabriel et du Michael. Le mandat n'est plus de trouver la route de la Chine mais de revenir chargé.

La terre reçoit son nom : Meta Incognita, la limite inconnue. L'expédition remonte quelque 200 tonnes de roche, affronte les Inuit à plusieurs reprises et rentre avec des captifs. L'exploration du prétendu détroit, elle, n'avance plus.

1578 : quinze navires, une colonie et 1 300 tonnes de rien

La flotte de 1578 est d'une autre dimension : une quinzaine de navires, des mineurs, et les éléments préfabriqués d'une maison destinée à faire hiverner une petite colonie sur place. Le Dennis est écrasé par la glace et coule avec une partie du matériel de construction. Le projet de colonie est abandonné.

C'est aussi le voyage où Frobisher, dérouté par la banquise et les courants, s'engage par erreur dans une large ouverture au sud : le détroit d'Hudson, longtemps appelé mistaken straits dans les récits anglais. Une erreur de navigation qui produit un vrai relevé, plus de trente ans avant Henry Hudson.

Les cales repartent avec environ 1 300 tonnes de roche. À Dartford, les essais tournent mal les uns après les autres, la fonte ne donne rien, la Cathay Company s'effondre et les investisseurs perdent leur mise.

Les trois voyages en un tableau

Voyage Navires Objectif affiché Zone atteinte Résultat
1576 Gabriel, Michael et une pinasse Trouver le passage du Nord-Ouest Baie de Frobisher, sud-est de l'île de Baffin Le Michael fait demi-tour, cinq hommes disparaissent, retour avec une pierre noire intrigante
1577 L'Aid (navire de la Reine), Gabriel, Michael Rapporter du minerai, le passage devient secondaire Meta Incognita, baie de Frobisher Environ 200 tonnes de minerai, affrontements avec les Inuit, captifs emmenés en Angleterre
1578 Une quinzaine de navires Extraction massive et colonie hivernale Détroit d'Hudson (entré par erreur), baie de Frobisher Un navire perdu, colonie abandonnée, environ 1 300 tonnes de roche sans valeur, faillite de la Cathay Company

Meta Incognita et les Inuit : ce que disent les sources

Les rencontres ont été hostiles dès 1576, et violentes des deux côtés. Cinq marins anglais disparaissent lors du premier voyage, des combats éclatent lors des suivants, et des Inuit sont capturés et emmenés en Angleterre où ils meurent en quelques semaines.

En 1576, un homme est enlevé et emmené à bord ; il meurt peu après l'arrivée en Angleterre. En 1577, un homme, une femme et un enfant sont capturés et débarqués à Bristol. Ils y meurent également. Ces épisodes figurent dans les récits anglais eux-mêmes, souvent racontés comme des curiosités.

Le sort des cinq marins de 1576 n'est pas établi. Les Anglais ont conclu à une capture, les récits inuit recueillis bien plus tard parlent d'hommes restés sur place, ayant tenté de construire une embarcation. On ne peut pas trancher.

Un peu de contexte Dans les années 1861-1862, l'Américain Charles Francis Hall séjourne dans la baie de Frobisher et recueille la tradition orale inuit sur ces « hommes venus il y a longtemps ». Il retrouve sur le terrain des vestiges, dont des débris de brique et de charbon, cohérents avec les chantiers de 1577-1578. C'est un cas rare où une mémoire orale conservée près de trois siècles est confirmée par des restes matériels.

Au Canada, Frobisher figure parmi les personnages historiques nationaux. Cette désignation a été signalée pour réexamen dans le cadre de la révision des commémorations liées à la colonisation : concrètement, le texte de la plaque et les termes employés sont réétudiés, la désignation n'étant pas la même chose qu'un hommage.

Après l'Arctique : Antilles, Armada, Fort Crozon

La carrière de Frobisher ne s'arrête pas au fiasco minier. Il repart à la mer sous mandat royal, se bat contre l'Espagne et finit sa vie dans une opération militaire menée en Bretagne, à l'entrée de la rade de Brest.

En 1585, il est second de Francis Drake pendant la campagne des Antilles. En 1588, il commande le Triumph, l'un des plus gros navires anglais, contre l'Invincible Armada, et il est fait chevalier en mer après les combats de la Manche. Les années suivantes, il conduit des escadres de course contre les convois venant d'Amérique.

À l'automne 1594, il participe au siège de Fort Crozon, une position tenue par les Espagnols sur la presqu'île de Crozon, face à Brest. Blessé lors de l'assaut, il est ramené à Plymouth où il meurt le 22 novembre. Sa carrière tient donc pour l'essentiel dans le service armé de la couronne, pas dans la recherche scientifique d'un passage.

Naviguer comme en 1576 : compas, sonde et estime

Trois instruments, pas plus. Le compas magnétique donne le cap, la sonde donne la profondeur et la nature du fond, l'estime combine cap, vitesse estimée et temps écoulé pour poser une position sur la carte. Aucune mesure de longitude n'est disponible.

Le compas vit dans son habitacle, sur l'axe du navire, la rose des vents divisée en trente-deux quarts. Sur le misainier où je suis équipier dans la rade de Lorient, le compas d'habitacle ne sert qu'à ça : tenir une direction quand la côte s'efface dans la brume. Il ne dit jamais où l'on est.

Compas d'habitacle en laiton sur son socle de bois verni, rose des vents gravée sous verre bombé, cordages à l'arrière-plan.
Compas d'habitacle en laiton sur son socle de bois verni, rose des vents gravée sous verre bombé, cordages à l'arrière-plan.

Deuxième difficulté, décisive pour l'Arctique : l'aiguille pointe vers le nord magnétique, qui diffère du nord géographique. L'écart entre les deux, la déclinaison, s'accentue à mesure qu'on remonte vers le pôle. Une partie des positions fantaisistes relevées dans les journaux des voyages nordiques vient de là, et pas seulement d'une mauvaise tenue de barre.

La sonde complète l'ensemble. Un plomb marqué le long d'une ligne, un creux garni de suif sous le plomb pour ramener du sable ou de la vase : la profondeur et la nature du fond servent à reconnaître une entrée de baie. Dans une zone jamais fréquentée, comme la baie de Frobisher en 1576, la sonde est le seul instrument qui renseigne sur ce qui vient devant l'étrave.

Plomb de sonde en poire, cordage torsadé à repères noués et compas posés sur un pont de bois humide.
Plomb de sonde en poire, cordage torsadé à repères noués et compas posés sur un pont de bois humide.

Refaire le geste avec des enfants

Le principe se rejoue dans un jardin, avec une boussole simple et un point de repère visible. C'est l'exercice le plus proche de ce que faisaient les pilotes de Frobisher, et il tient en cinq gestes.

  1. Poser la boussole à plat, dans la paume ou sur une pierre, à l'écart des grilles, portails et téléphones qui font dévier l'aiguille.
  2. Attendre que l'aiguille se stabilise, deux ou trois secondes, avant de lire quoi que ce soit.
  3. Tourner le boîtier pour amener le N sous la pointe de l'aiguille : la rose est orientée, les autres directions se voient d'elles-mêmes.
  4. Choisir un amer dans le cap voulu: un arbre, un banc, l'angle du garage. On marche vers l'objet, pas vers l'aiguille, sinon on tourne en rond.
  5. Compter ses pas jusqu'à l'amer, puis repartir dans le cap inverse pour revenir au point de départ : c'est déjà de l'estime.

Sur ce type de parcours, une boussole d'orientation d'adulte est plus précise et bien moins amusante pour un enfant de six ans. Un boîtier d'une douzaine de centimètres se voit debout, en marchant, sans table à cartes, et il se prête aux mains maladroites. Si tu montes un parcours complet, je détaille le minutage et les ateliers dans mon article sur les 10 activités pour un anniversaire pirate.

À qui cela ne conviendra pas : si tu cherches un instrument pour naviguer, randonner ou prendre un relèvement précis, il faut un compas de marine ou un compas de visée, et pas un jouet en plastique. Et l'aspect « cuivre ancien » reste un aspect : la matière annoncée est le plastique, ce qui est logique pour un objet destiné à passer de main en main dans un jardin. Pour prolonger le jeu, une carte au trésor à vieillir occupe les enfants plus longtemps qu'un plan imprimé net.

Frobisher aujourd'hui : ce qui porte son nom

Son nom survit surtout au Nunavut. La baie de Frobisher garde son toponyme, et la ville d'Iqaluit, capitale du territoire, s'est appelée Frobisher Bay jusqu'en 1987. Une plaque commémorative rappelle sur place les expéditions de 1576-1578.

Il reste aussi une image. En 1577, le peintre Cornelis Ketel réalise un portrait en pied du capitaine, conservé à Oxford : posture de commandement, pistolet passé à la ceinture, main sur la hanche. C'est une peinture de commande, payée par les organisateurs de l'expédition au moment où il fallait convaincre des investisseurs. Elle documente une opération financière autant qu'un visage.

Côté décoration, ce personnage relève d'un autre monde que celui du Jolly Roger. Un corsaire élisabéthain des années 1570 ne se costume ni ne s'illustre comme un pirate de l'âge d'or, entre 1650 et 1730 : galions et navires de la Reine d'un côté, sloops et goélettes rapides de l'autre. Ce sont deux époques, deux tonnages, deux façons de naviguer, et une maquette ou un set de construction traduit très bien la différence si l'on regarde la coque avant le pavillon. Les modèles de la collection bateau pirate se voient d'ailleurs mieux quand on sait ce qu'un navire lourd et un navire rapide pouvaient faire.

Par quoi commencer

Devant une notice sur Frobisher, je commence par la date du texte : un article rédigé dans les années 1960 et un rapport de fouilles récent ne disent pas la même chose des sites de Baffin. Je cherche ensuite qui payait le voyage, parce qu'à partir de 1577 le commanditaire explique le cap mieux que le capitaine. Je vérifie si l'auteur écrit « corsaire » ou « pirate » et s'il justifie son mot. Et je regarde si les Inuit apparaissent comme des acteurs ou comme un décor, ce qui reste le meilleur indice sur le sérieux du récit.

À mon avis, Frobisher se comprend comme un marin de course reconverti en prospecteur, pas comme un savant du passage. Il a échoué sur le minerai, pas sur la mer : ses trois campagnes ont livré les premiers relevés anglais de l'Arctique oriental canadien, dont l'entrée du détroit d'Hudson trouvée par erreur.

Questions pratiques

Qui était Martin Frobisher ?

Un marin anglais du Yorkshire, né vers 1535 ou 1539 et mort en 1594, qui a mené trois expéditions dans l'Arctique canadien entre 1576 et 1578 à la recherche du passage du Nord-Ouest. Il a aussi été corsaire au service d'Élisabeth Ire, commandant contre l'Armada en 1588 et chef d'escadres de course dans les années 1590.

Martin Frobisher a-t-il trouvé le passage du Nord-Ouest ?

Non. L'ouverture qu'il a prise pour un détroit vers l'ouest est une baie fermée, aujourd'hui la baie de Frobisher, au sud-est de l'île de Baffin. Il a en revanche pénétré en 1578 dans le détroit d'Hudson, sans savoir où il était, ce qui constitue le premier relevé anglais de cette entrée.

Martin Frobisher était-il un pirate ou un corsaire ?

Corsaire, pour l'essentiel de sa carrière : il agissait sous commission de la couronne et rendait compte de ses prises. Les années 1560 restent troubles, avec des captures menées sans couverture légale claire et des ennuis judiciaires à la clé. Les sources anglophones emploient « privateer », parfois « pirate » pour cette période précise.

Pourquoi l'or ramené par Frobisher n'en était-il pas ?

La roche noire de Baffin contenait des sulfures de fer, pyrite et marcassite, dont les paillettes métalliques ressemblent à de l'or dans une gangue sombre. Les premiers essais menés à Londres ont donné un résultat positif, jamais reproduit ensuite. Les fontes de Dartford n'ont rien produit, et la Cathay Company a fait faillite.

Où se trouve la baie de Frobisher et pourquoi porte-t-elle son nom ?

Au sud-est de l'île de Baffin, dans le territoire du Nunavut, au Canada. Elle porte ce nom parce que Frobisher y est entré en 1576 en croyant tenir un détroit menant vers l'ouest, et que les cartes anglaises l'ont enregistrée ainsi. La ville d'Iqaluit, capitale du Nunavut, s'est d'ailleurs appelée Frobisher Bay jusqu'en 1987.

Comment Martin Frobisher est-il mort ?

De blessures reçues au combat. En novembre 1594, il participe au siège de Fort Crozon, sur la presqu'île de Crozon, près de Brest, où les Espagnols tenaient une position fortifiée. Blessé à la hanche, il est ramené à Plymouth et y meurt le 22 novembre 1594. Ses entrailles ont été inhumées à Plymouth, le corps transporté à Londres, à St Giles-without-Cripplegate.

Qui a réellement franchi le passage du Nord-Ouest le premier ?

Roald Amundsen, avec le Gjøa, entre 1903 et 1906 : trois saisons de navigation et deux hivernages pour relier l'Atlantique au Pacifique par le nord du continent américain. Entre Frobisher et lui, trois siècles d'expéditions, dont celle de John Franklin, disparue avec ses deux navires après 1845. Le tracé complet du passage doit beaucoup à ces recherches successives.

Quelle boussole prendre pour une chasse au trésor avec des enfants ?

Un modèle léger, tenu dans une main, que l'enfant peut lire debout sans poser quoi que ce soit. La boussole ancienne de pirate mesure 13 x 6 cm, elle est en plastique et indique le nord : c'est la bonne échelle pour un parcours de jardin ou de parc. Un enfant de six ans comprend « on va vers le nord jusqu'au grand arbre » bien avant de comprendre une carte.

Peut-on encore voir des traces des voyages de Frobisher sur place ?

Oui, et c'est documenté. Sur l'île Kodlunarn, dans la baie de Frobisher, des tranchées d'extraction, des restes de charbon de bois et de la roche remuée ont été relevés par des campagnes archéologiques canadiennes. Les Inuit de la région avaient conservé la mémoire de ces hommes venus creuser, mémoire recueillie sur place par Charles Francis Hall en 1861-1862, bien avant que les archéologues ne confirment les vestiges.

Devant une biographie de marin, regarde d'abord la date de la source et le nom de celui qui payait le voyage : le reste du récit s'éclaire ensuite tout seul.

Si le geste t'intéresse plus que le personnage, les modèles de la collection Boussole pirate vont du petit boîtier de jeu au format plus large pour une vitrine ; les dimensions sont indiquées pour chacun, ce qui permet de voir tout de suite lequel tient dans une main d'enfant.