George Booth : Du gentleman au boucanier
En 1700, un équipage mouille devant Zanzibar pour faire de l'eau et compléter les vivres. La descente à terre tourne à l'échauffourée avec les habitants, et le capitaine y reste : un Anglais nommé George Booth.
C'est à peu près tout ce que l'on tient pour établi sur lui. Le reste, y compris le fameux fils de bonne famille londonienne passé à la piraterie, vient de livres imprimés bien après sa mort, à une époque où l'on vendait des vies de pirates comme on vend aujourd'hui des séries.

Je reprends donc ce dossier point par point : ce qui est attesté, ce qui ne l'est pas, et la méthode de vérification en cinq points que j'applique à n'importe quel capitaine avant de le citer. Elle sert pour Booth, elle sert aussi pour Barbe Noire ou pour n'importe quel autre capitaine.
- George Booth est un pirate anglais de la fin du XVIIe siècle, actif dans l'océan Indien et en mer Rouge, mort en 1700 à Zanzibar.
- Il commande le Speaker et navigue aux côtés de Nathaniel North, Thomas Howard et John Bowen, figures de la piraterie malgache.
- Sa date et son lieu de naissance sont inconnus : le récit du « gentleman londonien » ne repose sur aucune source documentée.
- Homonymie à trier : un magnat de presse américain, un dessinateur du New Yorker et un footballeur portent le même nom.
- Pirate, corsaire, flibustier et boucanier ne sont pas des synonymes ; Booth relève de la première catégorie, sans lettre de marque connue.
- Cinq points pour tester une biographie de pirate : date, navire nommé, zone d'opération, compagnons cités, source du récit.
Vérifier de quel George Booth on parle
Plusieurs homonymes se partagent le nom sur les moteurs de recherche, et un seul a navigué. L'indice de tri est immédiat : si la page ne mentionne ni l'océan Indien, ni le Speaker, ni Zanzibar, tu n'es pas sur le pirate.
Cette confusion a une conséquence concrète : les images. Il n'existe aucun portrait connu du pirate George Booth. Les visages qui circulent sous son nom sont soit des portraits d'autres hommes, soit des gravures génériques de flibustiers réutilisées d'un livre à l'autre.
Pour aller plus loin sur ce point : Professor George Booth, sur kcl.ac.uk.
| Personne | Époque | Domaine | Signe distinctif |
|---|---|---|---|
| George Booth, pirate | Fin XVIIe s. – mort en 1700 | Piraterie, océan Indien et mer Rouge | Le Speaker, Zanzibar, North, Howard, Bowen |
| George Gough Booth | 1864-1949 | Presse américaine, mécénat | Detroit News, Cranbrook Educational Community |
| George Booth, dessinateur | 1926-2022 | Dessin de presse | Cartoons du New Yorker à partir de 1969 |
| George Booth, footballeur | Né en 2007 | Football | Milieu de terrain, formation anglaise, sélections jeunes du Canada |
Dater le personnage avant toute chose
Booth meurt en 1700. Cette seule date le place dans une période précise, juste avant les années où l'on situe habituellement l'apogée de la piraterie atlantique. Il n'est pas contemporain de Barbe Noire, qui sévit près de vingt ans plus tard.
Sa naissance, elle, n'est ni datée ni située. Aucun registre paroissial, aucun rôle d'équipage n'a été rattaché à lui de façon convaincante. C'est une lacune à assumer telle quelle : un pirate mort en 1700 avec une date de naissance précise sur une page web, sans référence d'archive, est un signal à vérifier.
Le calendrier explique aussi sa géographie. Booth appartient à la vague dite de la Pirate Round: des équipages partis des ports américains, New York ou Newport, qui contournaient l'Afrique pour aller croiser sur les routes de la mer Rouge, revendaient leurs prises et rentraient. Henry Every prend le Ganj-i-Sawai en 1695, William Kidd est arrêté en 1699 et pendu à Londres en 1701. Booth navigue dans ces eaux-là, à ce moment-là.
Si tu veux voir comment ce même circuit a démoli une réputation, j'ai écrit un article sur William Kidd, le chasseur de pirates devenu pirate: son cas est le mieux documenté de toute la série, procès compris.
Identifier le navire : le Speaker
Le nom de navire est le meilleur point d'ancrage d'une biographie de pirate, parce qu'un bâtiment laisse des traces administratives : registre de propriété, déclaration de prise, correspondance de gouverneur. Booth est associé au Speaker, et le Speaker passe ensuite sous le commandement de John Bowen.
Les récits le décrivent comme un navire de prise, remis en état et armé par l'équipage, pas comme un bâtiment conçu pour la course. C'était la règle plus que l'exception : on prenait ce qui passait et on adaptait.
Dans ces eaux, la préférence allait aux coques rapides et aux gréements maniables : sloops, brigantins, petites goélettes. Une prise se joue à la vitesse et à la capacité de virer vite, pas au nombre de sabords. Les gros navires lents servaient de proies ou de bases flottantes. Je préfère de loin ces petites unités aux trois-mâts spectaculaires, et le blog en détaille plusieurs types dans ses fiches de navires, à relier ensuite aux maquettes et aux bateaux pirate miniatures quand on veut se représenter les proportions réelles.

Situer le terrain : Madagascar, mer Rouge, Zanzibar
Les pirates anglais ne sont pas allés dans l'océan Indien pour l'exotisme. Ils y sont allés parce que deux trafics riches s'y croisaient : les navires des compagnies européennes des Indes orientales, et les bâtiments qui reliaient l'Inde aux ports de la mer Rouge, notamment Moka et Djeddah, avec des marchandises et des pèlerins à bord.
La côte nord-est de Madagascar, et en particulier l'île Sainte-Marie, servait de base : eau, bois, carénage, revente, hivernage. On y échouait un navire pour gratter la coque, on y attendait la mousson favorable. Sans ce genre d'escale, une croisière de plusieurs mois dans ces eaux n'était pas tenable.
Zanzibar, en 1700, c'est une escale de ravitaillement sur cette route. C'est là que Booth descend à terre avec une partie de son monde, et là que l'affrontement avec les habitants lui coûte la vie. Les récits diffèrent sur le nombre d'hommes tués avec lui ; le lieu et l'année, eux, reviennent partout.

Nommer les compagnons de bord
Trois noms reviennent systématiquement avec celui de Booth : Nathaniel North, Thomas Howard et John Bowen. Tous trois ont leur propre trajectoire dans la piraterie de l'océan Indien, et c'est précieux, car un homme se vérifie par ceux qui l'entourent.
Cette continuité d'équipage dit aussi quelque chose du fonctionnement de ces bandes. Le capitaine était élu, et pouvait être déposé ; le quartier-maître représentait l'équipage et arbitrait les partages ; les parts de butin étaient fixées par un accord signé avant la croisière. Quand un capitaine tombait, comme Booth à Zanzibar, un autre était choisi et la campagne continuait. Bowen prend la suite sur le Speaker.
À l'inverse, un pirate présenté seul, sans compagnon nommé, sans quartier-maître, sans second, est souvent un personnage reconstitué à partir de trois lignes. C'est un test simple et il fonctionne.
Remonter à la source du récit
L'essentiel de ce que l'on raconte sur Booth vient d'un seul livre : A General History of the Robberies and Murders of the most notorious Pyrates, publié à Londres en 1724 sous le nom de Charles Johnson, complété quelques années plus tard par un second volume consacré notamment aux pirates de Madagascar. C'est à la fois la mine principale et la principale fabrique de légendes.
L'ouvrage mélange des éléments vérifiables noms de navires, dates de prises, procès et des passages entièrement composés, dialogues compris. Certains chapitres décrivent des scènes que personne n'a pu observer, et l'un des « capitaines » du recueil, Misson, est aujourd'hui considéré comme une invention pure. Des éditions anciennes numérisées sont consultables en ligne, notamment sur Gallica, ce qui permet de voir de ses yeux ce que le texte dit et ce qu'il ne dit pas.
- Cherche la date de publication du texte que tu lis, et compare-la à la date des faits. Vingt ans d'écart changent le statut de l'information.
- Repère un nom de navire. Un récit riche en scènes et pauvre en noms de bâtiments est presque toujours un récit reconstruit.
- Liste les compagnons cités et vérifie s'ils existent ailleurs, dans d'autres récits ou dans des archives judiciaires.
- Méfie-toi des dialogues. Une réplique entre guillemets, en pleine mer, sans témoin nommé, est un procédé d'écriture.
- Distingue les registres: une déposition d'amirauté, une lettre de gouverneur ou un journal de bord ne pèsent pas le même poids qu'un chapitre de librairie.
Distinguer pirate, corsaire, flibustier et boucanier
Le corsaire agit sous lettre de marque, un document délivré par un État qui l'autorise à saisir les navires d'une puissance ennemie et l'oblige à faire juger ses prises. Le pirate agit pour son compte. Aucune commission ne lui est connue : il relève de la seconde catégorie.

Les deux autres mots sont datés et situés. Flibustier désigne les équipages des Caraïbes au XVIIe siècle, souvent à la limite entre course autorisée et piraterie. Boucanier vient des chasseurs de bétail sauvage de l'île d'Hispaniola, qui fumaient la viande sur des boucans avant de passer à la mer. Aucun des deux ne décrit correctement un Anglais actif au large de Madagascar en 1700 y compris dans le titre de cet article, où « boucanier » est un raccourci de langage courant, pas une catégorie exacte.
La rivalité corsaire-pirate reste le motif le plus repris sur les objets contemporains, et c'est là qu'on retrouve le trio d'attributs évoqué plus haut : le crâne, le coutelas, le foulard. Sur un objet qu'on garde sur soi tous les jours plutôt que le temps d'une soirée, deux choses se vérifient avant le motif. La matière d'abord : l'acier inoxydable 316L ne noircit pas et supporte l'eau chlorée, contrairement au laiton doré qui marque le doigt. La taille ensuite, et c'est là que se jouent la plupart des erreurs : en France, la taille d'une bague correspond à la circonférence du doigt en millimètres. Un doigt de 57 mm de tour prend une 57. Ce n'est ni un diamètre, ni une pointure.
Pour qui veut porter ce vocabulaire au quotidien sans passer par l'accessoire de costume, une bague en acier est le format le plus simple : elle se met le matin, elle ne se retire pas pour se laver les mains, elle ne se transforme pas en objet de vitrine.
Elle ne conviendra pas à tout le monde. C'est une bague à motif en relief, donc large et présente : si tu travailles avec des gants, si tu manipules des cordages ou du matériel toute la journée, un anneau plus plat sera moins gênant. Et si le besoin se limite à une soirée à thème ou à un carnaval, une pièce d'un déguisement pirate complet répond mieux à la question qu'un bijou qu'on portera ensuite douze mois par an.
Traquer la légende du gentleman
Le motif du riche héritier londonien passé à la piraterie n'est appuyé, dans le cas de Booth, par aucune source vérifiable. C'est un schéma narratif qui a été appliqué à plusieurs capitaines, parce qu'il fonctionne en librairie : la chute sociale rend un personnage lisible en deux phrases.
Le cas véritablement documenté est celui de Stede Bonnet, propriétaire terrien à la Barbade, dont les origines sociales sont connues et dont le procès a laissé des pièces. Booth n'a rien de tel. Ce que l'on sait des équipages de cette période désigne plutôt d'autres profils : matelots du commerce, déserteurs de la Royal Navy, hommes de la marine marchande passés à l'action directe après une désertion ou une mutinerie collective.
Dire « on ignore d'où il venait » ne vide pas le sujet. Cela déplace simplement l'intérêt vers ce qui reste : une trajectoire courte, un navire nommé, trois compagnons identifiés, une zone d'opération précise, une mort datée.
Ce qui compte vraiment
Mon ordre de vérification est toujours le même : le lieu et la date de mort, puis le nom du navire, puis les compagnons cités. Les trois se recoupent dans les archives ; les origines familiales, presque jamais. Quand un texte m'offre une enfance détaillée et aucun nom de bâtiment, je le lis comme de la littérature, ce qui n'est pas une insulte, mais ce n'est pas de l'histoire non plus.
De Booth, je garde une trajectoire représentative de la piraterie de l'océan Indien : des équipages mobiles, des capitaines interchangeables, des bases malgaches, et une fin brutale lors d'une simple corvée d'eau. C'est plus instructif sur le métier réel que le folklore caribéen.
Si l'iconographie t'intéresse autant que la biographie, la collection de bagues pirate en acier de Piraterie Shop reste consultable par taille et par motif, crânes, ancres et têtes de mort au foulard compris.
Questions pratiques
Qui était George Booth, le pirate ?
Un pirate anglais de la fin du XVIIe siècle, actif dans l'océan Indien et en mer Rouge, capitaine du Speaker. Il opérait dans le cadre de la route reliant les ports américains à Madagascar et aux détroits de la mer Rouge. Son parcours est connu par fragments, essentiellement par les récits imprimés au XVIIIe siècle et par les chapitres consacrés à ses compagnons.
Quand et où George Booth est-il mort ?
En 1700, à Zanzibar, lors d'un affrontement à terre avec les habitants pendant une escale de ravitaillement en eau et en vivres. C'est l'élément le plus stable de sa biographie : l'année et le lieu reviennent dans tous les récits. Le détail des circonstances, en revanche, varie d'une version à l'autre.
Sur quel navire George Booth a-t-il navigué ?
Le Speaker, dont il prend le commandement et qui passe ensuite à John Bowen après sa mort. Les textes le décrivent comme un bâtiment capturé puis armé par l'équipage. Comme souvent avec les navires pirates, son histoire se suit mieux que celle de ses capitaines successifs, parce qu'un navire laisse des traces écrites.
George Booth était-il vraiment un gentleman anglais devenu pirate ?
Rien ne le prouve. Ni sa date ni son lieu de naissance ne sont documentés, et aucune source contemporaine ne mentionne une famille aisée. Le récit du gentleman relève d'un procédé littéraire répandu dans les biographies de pirates du XVIIIe siècle. Le seul cas comparable réellement établi est celui de Stede Bonnet.
Quelle différence entre un pirate comme Booth et un corsaire ?
La lettre de marque. Le corsaire attaque les navires d'une nation ennemie avec l'autorisation écrite d'un État, doit faire juger ses prises et rend des comptes ; le pirate attaque pour son compte, sans mandat, et risque la pendaison. Aucune commission n'a été attribuée à Booth. C'est aussi cette frontière juridique qui explique le destin de William Kidd, parti avec un mandat et pendu comme pirate.
Pourquoi les pirates anglais opéraient-ils dans l'océan Indien et en mer Rouge ?
Parce que les cargaisons y étaient plus riches et les escortes plus rares que dans l'Atlantique. Les navires des compagnies européennes des Indes orientales et les bâtiments reliant l'Inde à Moka et Djeddah transportaient de fortes valeurs sur des routes prévisibles. Madagascar offrait par ailleurs des mouillages sûrs pour caréner et attendre la bonne saison.
Comment choisir la taille d'une bague pirate en acier et l'entretenir ?
Mesure la circonférence de ton doigt en millimètres avec un fil ou une bande de papier, et prends la taille correspondante : une circonférence de 60 mm correspond à une taille 60. Mesure en fin de journée, doigts à température normale, car ils gonflent légèrement. Pour l'entretien, l'acier inoxydable 316L se nettoie à l'eau tiède savonneuse et se sèche au chiffon doux ; il ne noircit pas, mais un motif en relief garde des dépôts dans les creux, qu'une vieille brosse à dents souple retire bien.
Le livre auquel tout ramène quand on cherche Booth annonce d'ailleurs sa couleur dès sa page de titre, et c'est un bon rappel de ce qu'on lit :
A General History of the Robberies and Murders of the most notorious Pyrates.
Page de titre de l'édition londonienne de 1724, attribuée à Charles Johnson.