La vie du pirate chinois Zheng Jing

La vie du pirate chinois Zheng Jing

Zheng Jing est presque toujours rangé parmi les pirates chinois, et à mon avis l'étiquette est trompeuse. Quand il prend le pouvoir en 1662, il n'hérite pas d'une bande de pillards : il hérite d'un État maritime avec ses ports, ses greniers, ses taxes et sa flotte de guerre. Le mot « pirate » dit surtout comment ses adversaires, les Qing d'un côté et la Compagnie néerlandaise des Indes orientales de l'autre, voulaient le présenter.

Navires à voiles traditionnels ancrés dans un port brumeux au lever du jour, avec rochers en premier plan.
Navires à voiles traditionnels ancrés dans un port brumeux au lever du jour, avec rochers en premier plan.

Dans cet article : les dates et les titres de Zheng Jing, la succession contestée de 1662, la construction du royaume de Tungning à Taïwan, et un tableau pour ne plus confondre les cinq Zheng que les recherches en ligne mélangent en permanence.

Maquette de jonque à trois mâts posée sur une carte marine, devant une fenêtre ouvrant sur le port.
Maquette de jonque à trois mâts posée sur une carte marine, devant une fenêtre ouvrant sur le port.

J'y ajoute un critère de tri, celui qui me sert quand une notice hésite entre pirate, corsaire et souverain : regarder qui perçoit l'impôt et au nom de qui un pavillon est hissé.

Ce qu'il faut savoir avant de lire
  • Zheng Jing (1642-1681), fils de Koxinga et petit-fils du marchand armé Zheng Zhilong, a régné sur le royaume de Tungning à Taïwan sous le titre de prince de Yanping.
  • Il prend le pouvoir en 1662 à la mort de son père, en écartant son oncle Zheng Xi lors d'une succession réglée par un débarquement sur l'île.
  • Il perd ses bases continentales de Xiamen et Quemoy face aux Qing, puis installe durablement le pouvoir Zheng sur Taïwan : administration, colonisation agricole, commerce maritime.
  • Sa mort en 1681 ouvre une crise dynastique : son fils aîné Zheng Kezang est écarté, Zheng Keshuang, douze ans, lui succède, et Taïwan passe aux Qing en 1683.
  • Ne pas le confondre avec Zheng Yi (1765-1807) ni avec sa veuve Zheng Yi Sao, dite Ching Shih : autre siècle, autre famille, autre logique, celle des confédérations du delta de la rivière des Perles.
  • Côté objets : les flottes Zheng armaient des jonques de haute mer, pas des sloops caribéens, et leurs pavillons servaient de marques d'escadre.

Zheng Jing en bref : dates, titres, territoire

Zheng Jing (鄭經) naît le 25 octobre 1642 à Nan'an, dans la préfecture de Quanzhou, au Fujian, et meurt le 17 mars 1681 à Tainan, sur l'île de Taïwan. Il porte le titre de prince de Yanping, transmis par son père, et les sources chinoises le désignent aussi sous les noms de Xianzhi, Yuanzhi et Shitian.

Sa fonction réelle est celle de souverain du royaume de Tungning, l'État fondé sur Taïwan par son père Koxinga après la capitulation du fort Zeelandia, qui met fin à la présence néerlandaise sur l'île au début de l'année 1662. Zheng Jing gouverne cet ensemble pendant dix-neuf ans, avec une capitale, des districts, des impôts et une marine.

Les encyclopédies le classent souvent dans trois cases à la fois, et chacune désigne autre chose. Homme politique, parce qu'il administre un territoire. Rebelle, parce que la dynastie Qing, installée à Pékin depuis 1644, considère toute allégeance aux Ming comme une sédition. Pirate, parce que sa famille a fait fortune dans le commerce armé et que ses navires ont longtemps échappé à toute autorité impériale.

Un point disparaît souvent des fiches courtes : sa fidélité déclarée aux Ming est une position politique tenue jusqu'au bout, avec un calendrier, des titres et une cour, et non un simple calcul d'opportunité. Il refuse notamment la coiffure imposée par les Qing, ce qui, dans ce contexte, équivaut à refuser la soumission.

On retrouve ce point dans Zheng Yi (worldhistory.org).

Trois générations avant lui : la maison Zheng, du commerce armé à l'État

Zheng Jing n'invente rien. Il reçoit un appareil naval et fiscal déjà constitué par son grand-père et son père, ce qui explique qu'il ait pu, à vingt ans, tenir tête à un empire.

Le grand-père, Zheng Zhilong (vers 1604-1661), connu des Européens sous le nom de Nicholas Iquan, commence comme marchand et chef de flotte dans le détroit de Taïwan. Il sert d'intermédiaire entre les négociants chinois, les Portugais de Macao, les Néerlandais de Formose et les ports japonais, puis obtient une charge navale des Ming avant de se rallier aux Qing, qui finiront par l'exécuter en 1661.

Le père, Zheng Chenggong (1624-1662), passé à la postérité sous le nom de Koxinga, naît à Hirado au Japon d'une mère japonaise. Il devient le dernier grand chef militaire loyaliste Ming des côtes du sud, puis met le siège devant le fort Zeelandia, tenu par la Compagnie néerlandaise, et l'obtient par capitulation. Sa notice sur Britannica résume utilement ce parcours pour qui veut vérifier les dates.

Le modèle économique de la maison tient en quatre mots : licences, escortes, taxes, entrepôts. Les Zheng vendaient le droit de commercer sur leurs routes, escortaient les convois entre le Fujian, Taïwan, Manille et Nagasaki, et prélevaient leur part sur le trafic. Une flotte de guerre finançait un réseau de commerce, qui finançait la flotte.

Trois statuts se mélangent dans les sources, et il vaut la peine de les séparer une fois pour toutes :

  • Pirate: agit pour son compte, sans mandat, sans territoire à administrer.
  • Corsaire: agit avec l'autorisation d'un pouvoir, contre les navires de ses ennemis.
  • Chef de guerre maritime: contrôle des ports, des hommes et des revenus, et négocie d'égal à égal avec des États.

1662-1663 : la succession contestée et le débarquement à Taïwan

À la mort de Koxinga, en juin 1662, Zheng Jing ne se trouve pas à Taïwan mais sur le continent, où il commande les forces de Xiamen et de Quemoy au nom de son père. Pendant ce temps, une faction proclame son oncle Zheng Xi à Tainan. Deux pouvoirs pour un royaume.

Il tranche en quelques mois. Ses troupes débarquent sur l'île malgré l'opposition des partisans de son oncle, les résistances s'effondrent vite, et Zheng Xi retire sa revendication. La flotte reste intacte, ce qui, dans une famille dont toute la puissance tient à ses navires, était le vrai enjeu de la crise.

Le contexte familial est moins glorieux. Peu avant sa mort, Koxinga avait rompu avec son fils à cause d'une liaison avec la nourrice de son jeune frère et de l'enfant né de cette relation. Les chroniques rapportent des ordres de punition, et une querelle non réglée au moment du décès. C'est cette brouille qui a rendu la succession disputable.

Bon à savoir Le royaume est souvent appelé Tungning, transcription de Dongning (東寧), nom donné à l'île sous Zheng Jing. On rencontre aussi Tungtu, ou Dongdu, l'appellation du temps de Koxinga. Une même île, deux noms selon la période : c'est une source d'erreur fréquente dans les chronologies.

Perdre le continent, construire Tungning : gouverner une île, pas piller une côte

Entre 1663 et 1664, les Qing prennent Xiamen et Quemoy, avec l'appui ponctuel de navires néerlandais. Zheng Jing perd ses bases continentales et se replie sur Taïwan. C'est le moment où son pouvoir change de nature : d'une puissance amphibie qui vit sur les côtes du Fujian, il passe à un État insulaire qui doit se nourrir.

La politique impériale rend la position encore plus radicale. Pour assécher la maison Zheng, les Qing déplacent les populations du littoral vers l'intérieur et interdisent le commerce maritime. Résultat paradoxal : Taïwan reçoit des vagues de familles du Fujian, qui deviennent la main-d'œuvre du royaume.

Ce qu'il organise sur l'île

Zheng Jing s'appuie sur son conseiller Chen Yonghua pour installer une administration de type chinois : division en districts, colonisation agricole avec attribution de terres aux soldats, greniers, écoles confucéennes et examens pour recruter des fonctionnaires. Les cultures vivrières et le sucre remplacent en partie les revenus perdus.

Le commerce reste le nerf du royaume. Les navires de Tungning trafiquent avec le Japon, le Siam, les ports de l'Asie du Sud-Est, et la Compagnie anglaise des Indes orientales obtient au début des années 1670 un comptoir sur l'île. Les taxes portuaires financent la flotte, exactement comme au temps du grand-père, mais cette fois au bénéfice d'un trésor public.

Négocier, puis tenter la revanche

Des pourparlers avec Pékin ont lieu à plusieurs reprises. Les Qing proposent une reconnaissance en échange de la soumission ; Zheng Jing demande le maintien de son royaume et un statut de vassal comparable à celui de la Corée, tout en refusant que ses hommes adoptent la coiffure mandchoue. Aucun accord n'aboutit.

La révolte des Trois Feudataires, à partir de 1674, lui offre une dernière ouverture continentale. Ses forces reprennent pied dans plusieurs ports du Fujian, dont Zhangzhou et Quanzhou, avant que le reflux des insurgés ne l'oblige à rembarquer vers 1680.

Il meurt en mars 1681. Une faction de la cour, autour de Feng Xifan et de Liu Guoxuan, écarte son fils aîné Zheng Kezang, qui est mis à mort, et installe Zheng Keshuang, douze ans. Deux ans plus tard, après la défaite navale des Penghu devant la flotte Qing conduite par Shi Lang, Taïwan capitule. Le royaume aura duré vingt et un ans.

Ne plus confondre les Zheng : tableau des cinq figures que les recherches mélangent

Une requête sur « pirate chinois Zheng » ramène au moins cinq personnes réparties sur deux siècles. Trois appartiennent à la maison de Koxinga au XVIIe siècle, deux à la confédération cantonaise du début du XIXe. Rien ne les relie, sauf un patronyme très répandu.

Figure Période Zone d'activité Statut réel Flotte Fin de parcours
Zheng Zhilong (grand-père) Vers 1604-1661 Fujian, Taïwan, Japon Marchand armé, puis officier Ming, puis rallié aux Qing Réseau de jonques de commerce escortées Exécuté par les Qing
Koxinga / Zheng Chenggong (père) 1624-1662 Côtes du Fujian, Taïwan Chef militaire loyaliste Ming Flotte de guerre et de transport de troupes Meurt en 1662, peu après la prise du fort Zeelandia
Zheng Jing 1642-1681 Xiamen, Quemoy, puis Taïwan Souverain du royaume de Tungning, prince de Yanping Flotte d'État et marine de commerce taxée Meurt en 1681 ; Taïwan passe aux Qing en 1683
Zheng Yi 1765-1807 Delta de la rivière des Perles, côtes du Vietnam Chef de confédération pirate, flotte au pavillon rouge Plusieurs centaines de jonques Mort en mer en 1807
Zheng Yi Sao / Ching Shih 1775-1844 Canton, mer de Chine méridionale Cheffe de la confédération, épouse puis héritière de Zheng Yi Confédération de plusieurs centaines de navires Amnistie en 1810, meurt à Canton en 1844

Le cas de Zheng Yi Sao demande un examen séparé. Après la mort de son mari, elle prend la tête d'une confédération qui prélève un tribut de protection sur le trafic du delta, affronte les forces impériales et portugaises, puis négocie en 1810 une amnistie qui lui permet de finir sa vie à Canton. Là, le mot pirate convient : pas de territoire administré, pas de mandat, un système de rançonnement des côtes.

Bon à savoir Les orthographes multiples viennent des systèmes de transcription. Zheng en pinyin donne Cheng dans l'ancien système Wade-Giles, et Cheng ou Ching en lecture cantonaise, d'où Ching Shih pour Zheng Yi Sao et Koxinga pour Guoxingye. Devant une notice, vérifier les dates avant le nom évite bien des confusions.

Pirate, corsaire ou souverain : les critères qui départagent

Le critère qui me sert le plus n'est pas la violence en mer, puisque tout le monde en use à cette époque, marines impériales comprises. C'est l'existence d'une autorité : qui délivre le mandat, qui perçoit l'impôt, au nom de qui un pavillon est hissé.

Sur ce terrain, Zheng Jing sort du registre de la piraterie. Il gouverne au nom d'un empire Ming en exil, ce qui le rapproche davantage du corsaire, et il administre un territoire avec des districts, des greniers et une fiscalité, ce qui en fait un souverain de fait. Ses navires ne vivent pas de razzias mais de taxes sur un trafic qu'il protège.

Reste la question du point de vue, et elle explique tout le désordre des étiquettes. Pour les Qing, il est un rebelle à réduire. Pour les Néerlandais évincés de Formose, un ennemi. Pour la mémoire taïwanaise et pour le Japon, une figure fondatrice. Le mot pirate porte un jugement plutôt qu'une description factuelle.

La recherche universitaire francophone préfère d'ailleurs parler de la thalassocratie des Zheng, un pouvoir dont la base est la mer et le commerce, et la revue Études chinoises a publié en 2017 des travaux qui décrivent ce réseau en ces termes. Cette grille me paraît plus utile que l'étiquette pirate, parce qu'elle explique le fonctionnement au lieu de le qualifier.

À l'inverse, ce qui relève clairement de la piraterie en mers de Chine tient à trois traits : des razzias côtières, un tribut de protection extorqué aux pêcheurs et aux jonques de commerce, et l'absence de territoire administré. C'est le modèle des confédérations cantonaises du XIXe siècle, celles qui organisaient leurs escadres par couleur de pavillon.

Jonques de guerre et pavillons d'escadre : à quoi ressemblait sa flotte

Rien dans cette flotte ne ressemble à l'imagerie caribéenne. Le navire de référence est la jonque de haute mer du Fujian : coque compartimentée par des cloisons transversales, voiles à lattes de bambou manœuvrables par peu d'hommes, gouvernail axial à l'arrière, canons en batterie sur les plus grosses unités.

Ce type de gréement se réduit et se borde vite, ce qui compte quand une escadre doit tenir un blocus par vent changeant dans le détroit. La prise du fort Zeelandia s'est jouée en grande partie sur cette logistique : transporter des milliers d'hommes, couper les communications de la place, débarquer et ravitailler.

Pour les pavillons, il faut être clair sur ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas. Les mers de Chine n'ont jamais eu de Jolly Roger unifié. Les flottes Zheng utilisaient des bannières de commandement et des enseignes portant caractères et couleurs d'unité, servant à identifier une escadre et son chef ; je ne connais pas d'emblème unique attesté pour la maison. Un siècle et demi plus tard, les confédérations du delta se désignaient par la couleur pleine du drapeau, rouge, noire, blanche, verte.

Le crâne et les os croisés, eux, sont un code atlantique de l'âge d'or de la piraterie, entre 1650 et 1730, employé pour intimider un marchand avant l'abordage. C'est un usage régional et daté. Si tu veux voir comment ces motifs se sont fixés capitaine par capitaine, je le détaille dans le top 8 des drapeaux pirates les plus célèbres.

Pavillon noir orné d'un trois-mâts et de deux sabres croisés, posé à plat sur un plancher clair, bande blanche et œillets laiton côté hampe.
Pavillon noir orné d'un trois-mâts et de deux sabres croisés, posé à plat sur un plancher clair, bande blanche et œillets laiton côté hampe.

Une conséquence pratique pour qui cherche un pavillon noir à hisser ou à tendre au mur: le motif n'a pas besoin d'une tête de mort pour être cohérent avec une histoire navale. Un navire et des armes conviennent mieux à une flotte de guerre qu'un crâne emprunté aux Antilles.

Le détail qui aide Un pavillon fait pour être hissé se reconnaît à trois choses : une bande de renfort cousue sur le guindant, des œillets métalliques en laiton pour passer la drisse, et une toile polyester à coutures fermées qui supporte l'humidité et le frottement. En intérieur, une toile plus légère suffit, puisque rien ne tire dessus. Aux fêtes maritimes de Brest, en 2016, ce sont ces détails qui distinguaient les pavillons vraiment en service de ceux qui n'avaient jamais quitté un mur.

Donner une place à cette histoire chez soi : pavillon, maquette, coffre

Le format 90 x 150 cm est le standard des pavillons décoratifs. Sur un mât de jardin, il se voit à une dizaine de mètres ; en intérieur, il occupe à peu près la largeur d'un mur d'étagères. C'est le repère à avoir en tête avant même de choisir un motif, parce qu'un pan de mur encombré ne pardonne pas cette largeur.

Si l'idée qui t'intéresse dans l'histoire des Zheng est celle d'une flotte de guerre plutôt que d'un pillard isolé, un pavillon qui montre un navire et des armes plutôt qu'un crâne correspond mieux à ce que tu viens de lire. C'est un choix de motif, pas une reconstitution.

Il ne conviendra pas à deux profils. Si tu cherches une pièce fidèle aux bannières de la maison Zheng, aucun pavillon du commerce ne remplira ce rôle : le motif de trois-mâts et de sabres appartient à l'imagerie pirate européenne. Et si ton mur libre mesure moins d'un mètre cinquante, mieux vaut un poster ou un tableau, qui se cadre plus proprement qu'une toile tendue trop juste.

Cinq gestes pour l'installer et le garder en état

  1. Mesurer avant tout: 150 cm de large, ça se vérifie mur en main, câbles et cadres compris.
  2. En extérieur, passer la drisse dans les deux œillets, jamais dans la toile, et laisser un peu de mou pour que le guindant ne travaille pas toujours au même point.
  3. En intérieur, tendre à plat avec des attaches réparties sur la bande renforcée plutôt que deux clous aux angles, sinon la toile ondule.
  4. Amener le pavillon en cas de coup de vent prolongé: ce sont les rafales répétées qui usent la bordure et effilochent le guindant.
  5. Laver à la main, à l'eau tiède, sécher à plat; la sérigraphie ne gagne rien à passer en machine avec un essorage rapide.

Pour matérialiser un gréement, une maquette ou un set de construction montre bien plus qu'une image, à condition de regarder d'abord la place au sol : les grands sets, une fois montés, ne se rangent plus. Le rayon des bateaux pirate à monter ou à exposer donne une idée des encombrements. Aucun modèle du commerce ne représente une jonque du Fujian, autant le savoir avant de chercher.

Et si l'épisode Zheng te sert de matière pour une soirée à thème ou une lecture en famille, un coffre en bois pour ranger cartes et accessoires reste le support le plus pratique, complété au besoin d'un déguisement simple. Ce sont des accessoires de jeu, rien de plus : ni pièces d'époque, ni reconstitution de la flotte de Tungning.

Les questions qu'on me pose

Qui est la femme pirate chinoise célèbre ?

Il s'agit de Zheng Yi Sao (1775-1844), connue aussi sous le nom cantonais de Ching Shih. Veuve du chef pirate Zheng Yi, elle prend en 1807 la direction de la confédération du delta de la rivière des Perles, un ensemble de plusieurs centaines de jonques organisées par pavillons de couleur. Elle n'a aucun lien de famille avec Zheng Jing, dont elle est séparée par plus d'un siècle.

Qui est la plus grande pirate de tous les temps ?

Zheng Yi Sao est la figure la plus souvent citée, en raison du nombre de navires et d'hommes placés sous son autorité et de la façon dont elle a terminé sa carrière : par une amnistie négociée avec les autorités impériales, en 1810, et non par une pendaison. Les effectifs annoncés varient beaucoup selon les sources, et je préfère ne pas trancher sur des chiffres que personne ne peut vérifier.

Quand Ching Shih est-elle morte ?

En 1844, à Canton, où elle vivait depuis son amnistie. Elle avait alors soixante-neuf ans et menait des affaires légales après avoir quitté la mer, ce qui la distingue de la plupart des chefs pirates de son époque.

Qui est le plus grand pirate de tous les temps ?

Cela dépend du critère retenu. Au nombre de prises, le Gallois Bartholomew Roberts domine la piraterie atlantique des années 1720 ; à la notoriété, Barbe Noire ; à l'échelle de la flotte commandée, les chefs des confédérations chinoises n'ont aucun équivalent européen. Zheng Jing, lui, ne relève pas de ce classement : il gouvernait un royaume.

Zheng Jing était-il vraiment un pirate ou un souverain ?

Un souverain, à mon avis, et le critère qui le montre est simple : il lève l'impôt, nomme des fonctionnaires, ouvre des écoles et signe des accords commerciaux avec la Compagnie anglaise des Indes orientales. Ses adversaires Qing le qualifiaient de rebelle et de pirate parce qu'ils refusaient de reconnaître sa légitimité, ce qui est un argument politique.

Quel était le royaume de Tungning et pourquoi a-t-il disparu ?

Tungning est l'État fondé sur Taïwan en 1662 après le départ des Néerlandais, gouverné par Zheng Jing jusqu'en 1681. Il disparaît en 1683, deux ans après sa mort : la crise de succession affaiblit la cour, la flotte Qing l'emporte aux Penghu, et le jeune Zheng Keshuang capitule. Taïwan est alors intégrée à l'empire Qing.

Les pirates chinois hissaient-ils un drapeau à tête de mort ?

Non. Le crâne et les os croisés sont un code atlantique de l'âge d'or de la piraterie, entre 1650 et 1730. En mers de Chine, un pavillon servait à identifier une escadre : couleur unie chez les confédérations du XIXe siècle, bannières de commandement portant caractères et couleurs d'unité chez les flottes Zheng. Les pavillons noirs à tête de mort vendus aujourd'hui relèvent de cette imagerie européenne, y compris quand on les accroche pour parler de Taïwan.

Pour comparer les motifs, du crâne classique aux pavillons de navire, la Collection de drapeaux pirate montre les formats et les finitions disponibles, dimensions et œillets indiqués.

Devant une notice qui parle de pirate chinois, commence par regarder deux lignes : les dates et le lieu. Si elles disent 1662 et Taïwan, tu es chez les Zheng et il est question d'un État ; si elles disent 1807 et la rivière des Perles, tu es chez les confédérations et il est question de razzias.