John Julian : l'énigmatique pirate Mohegan

John Julian : l'énigmatique pirate Mohegan

John Julian n'était probablement pas mohegan. C'est l'étiquette qui circule le plus, et c'est la partie la moins solide de son dossier. Ce que les archives donnent, en revanche, est net : un jeune homme d'ascendance métissée, désigné comme « Indian » dans les papiers coloniaux, né vers 1701, pilote du Whydah Gally sous Samuel Bellamy à seize ans environ, survivant du naufrage d'avril 1717, jamais jugé, vendu comme esclave, et très probablement le « Julian the Indian » exécuté à Boston en mars 1733.

Tant qu'on le cherche comme « pirate mystérieux », on tourne en rond. Dès qu'on regarde son métier, pilote, tout se remet en ordre : lire la côte, jeter la sonde, tenir le compas, éviter les bancs de sable du Cape Cod.

Compas de route en laiton dans son coffret d'acajou, posé sur des planches usées près d'une lucarne, avec longue-vue et toile pliée.
Compas de route en laiton dans son coffret d'acajou, posé sur des planches usées près d'une lucarne, avec longue-vue et toile pliée.

Ci-dessous, ce qui est attesté, ce qui reste une hypothèse, ce qui a été ajouté ensuite. Et un tri en cinq gestes pour raconter cette histoire sans folklore, à un enfant comme à une classe.

Les points qui comptent
  • John Julian (vers 1701 – 1733) est documenté comme pirate d'ascendance métissée, pilote du Whydah Gally sous Samuel Bellamy.
  • L'étiquette « mohegan » n'est pas établie. Les travaux récents le rattachent plutôt à la côte des Mosquitos, en Amérique centrale : hypothèse, pas fait.
  • Il n'est pas mort dans le naufrage du 26 avril 1717 : lui et le charpentier Thomas Davis sont les deux survivants connus du navire.
  • Non inculpé au procès de Boston, il aurait été vendu comme esclave, puis exécuté en mars 1733 sous le nom de « Julian the Indian ».
  • L'épave du Whydah, retrouvée au large de Wellfleet en 1984, reste l'épave de pirate la mieux documentée : c'est par elle qu'on approche l'équipage.
  • Pour transmettre cette histoire, le métier de pilote et l'orientation sont une meilleure porte d'entrée que la légende.

Ce que les documents disent vraiment de John Julian

Trois éléments sont attestés : il embarque très jeune sur le Whydah Gally, il y exerce comme pilote, et il survit au naufrage du navire sur la côte du Cape Cod le 26 avril 1717. Le reste relève de l'hypothèse ou de la reconstitution.

Le Whydah est un navire négrier anglais lancé en 1715, capturé par Samuel Bellamy dans les Antilles au début de 1717. Bellamy le garde, l'arme, et remonte la côte nord-américaine. Julian a alors autour de seize ans. Son nom apparaît dans les pièces liées aux rescapés, avec la mention « Indian », mot qui, dans les registres de Boston de l'époque, recouvre des peuples très différents et ne désigne aucune nation en particulier.

On ne connaît ni son lieu de naissance, ni le nom qu'il portait avant d'être enregistré comme John Julian, ni la manière dont il est arrivé à bord. Les sources hésitent, et il n'y a pas de raison de trancher à leur place.

Pour aller plus loin sur ce point : woolley, john julian - Collection search, sur recherche-collection-search.bac-lac.gc.ca.

« Mohegan », « Miskito » : pourquoi l'étiquette ne tient pas

L'appellation « pirate mohegan » vient de textes récents, pas des documents de 1717. Plusieurs auteurs le rattachent plutôt à la côte des Mosquitos, l'actuel littoral caraïbe du Honduras et du Nicaragua, où les Miskitos étaient réputés pour leur connaissance des passes et des récifs.

Cette seconde hypothèse a une cohérence pratique : les marins européens de la fin du XVIIe siècle embauchaient régulièrement des pilotes et des harponneurs miskitos, précisément pour leur lecture des fonds. Un adolescent formé à ces eaux avait une compétence rare et immédiatement monnayable sur un navire de course. Cela reste un raisonnement de vraisemblance, pas une preuve d'origine.

Précision Deux confusions circulent : les Mohegans vivent dans l'actuel Connecticut, les Miskitos sur la côte caraïbe d'Amérique centrale. « Mosquito Coast » et « moustique » n'ont rien à voir non plus : le mot vient du nom du peuple, pas de l'insecte.

Pilote sur le Whydah : le métier avant la légende

Le pilote est l'homme du cap. Il tient le compas, corrige la route, connaît les hauts-fonds, et sur les navires de cette période il prend la conduite dès qu'on approche d'une terre. C'est un poste technique, tenu par celui qui sait où sont les bancs.

Ses instruments sont simples et se comptent sur une main : un compas de route dans son habitacle, une sonde de plomb suiffée qui ramène un échantillon du fond (sable, vase, coquille), une ligne de loch pour estimer la vitesse, des amers à terre, et l'expérience des marées. Sur un misainier du patrimoine, dans la rade de Lorient, on fait encore une partie de ce travail à l'œil : la couleur de l'eau, la position d'un clocher, le moment de la marée.

Cordage de chanvre lové, longue-vue en laiton et toile écrue nouée, posés sur des planches sombres.
Cordage de chanvre lové, longue-vue en laiton et toile écrue nouée, posés sur des planches sombres.
  1. Repérer les amers: une pointe, un clocher, une dune reconnaissable, alignés deux par deux pour tenir un chenal.
  2. Sonder régulièrement, et noter la nature du fond ramenée par le suif au bas du plomb.
  3. Vérifier le compas et corriger la route selon la dérive du vent et du courant.
  4. Calculer la marée: la même barre de sable est franchissable à pleine mer et fatale deux heures plus tard.
  5. Décider de mouiller ou d'attendre le jour quand la visibilité tombe. C'est la décision que le Whydah n'a pas pu prendre.

Un objet d'orientation qui tient dans une main prolonge directement ce métier, et c'est pour cette raison que les boussoles de style ancien reviennent dans tout ce qui touche à la piraterie, du musée au jeu de jardin.

Le repère Une boussole utilisable se juge à trois choses : la stabilité de l'aiguille quand elle se fixe sur le nord, la taille tenue en main (autour de 13 x 6 cm pour un format poche), et la lisibilité de la rose, graduations et lettres cardinales comprises.

La nuit du 26 avril 1717, au large de Wellfleet

Le Whydah est jeté à la côte pendant une tempête de nord-est, à quelques centaines de mètres du rivage, près de Wellfleet sur le bras extérieur du Cape Cod. Plus de cent hommes meurent. Deux membres de l'équipage survivent : Thomas Davis, charpentier gallois, et John Julian.

Le décor explique le désastre mieux que n'importe quelle malédiction. La côte est faite de barres de sable parallèles, mobiles, mal cartographiées à l'époque, avec une houle qui casse loin du bord. Un grand navire chargé, dans le noir, vent de terre debout, n'a aucune marge : il talonne sur la première barre et se casse sur place.

Sur le rebord de fenêtre, carte marine usée, compas de laiton, coffret de bois et cordage face aux vagues grises.
Sur le rebord de fenêtre, carte marine usée, compas de laiton, coffret de bois et cordage face aux vagues grises.

Les petits gréements s'en sortent parfois là où les gros navires se perdent, parce qu'ils tirent peu d'eau et peuvent passer par-dessus une barre à pleine mer. Le Whydah n'était pas de cette catégorie : c'était un navire de charge de trois mâts, transformé en bâtiment de course, lourd, haut sur l'eau.

Après le naufrage : non jugé, vendu, puis pendu en 1733

Sept hommes rescapés d'un autre navire de la flottille de Bellamy, la Mary Anne, sont jugés à Boston à l'automne 1717 ; six sont pendus. Thomas Davis, jugé avec eux, est acquitté. Julian, lui, ne comparaît pas.

La suite est la partie la plus dure du dossier. Il n'est pas traité comme un accusé mais comme un bien : les sources n'en disent pas plus qu'une probabilité : capturé mais non inculpé, il aurait été vendu comme esclave dans le Massachusetts. Une quinzaine d'années plus tard, un homme enregistré comme « Julian the Indian » est exécuté à Boston, en mars 1733, après avoir tué un homme qui tentait de le reprendre pendant une fuite. L'identification avec le pilote du Whydah est jugée très probable par les auteurs qui ont travaillé sur l'affaire, sans être formellement démontrée.

C'est aussi ce qui rend son cas instructif : à Boston en 1717, un pirate blanc passe devant une cour et risque la potence, un jeune Amérindien passe devant un notaire et change de mains. Deux régimes juridiques dans le même port, la même année.

L'épave retrouvée en 1984 : ce qu'elle apporte

Barry Clifford localise l'épave du Whydah au large de Wellfleet en 1984, et la cloche portant le nom du navire et la date de 1716 est remontée l'année suivante. C'est ce qui fait du Whydah le seul navire pirate identifié avec certitude de cette période, et le point d'appui de tout ce qu'on peut dire de son équipage.

Le chantier a livré des milliers d'objets : monnaies, pièces d'artillerie, grenades à main, outils, fers de contrainte hérités de la période négrière du navire. Il a aussi livré un petit soulier avec un bas et un fragment d'os de jambe, attribué à un enfant de l'équipage. Si ce détail t'intéresse, j'ai écrit une fiche entière sur John King, le plus jeune membre connu de l'équipage de Bellamy, embarqué encore enfant.

Concrétion grise entourée de pièces corrodées, anneaux de laiton et bourse de toile dans un plateau de bois usé.
Concrétion grise entourée de pièces corrodées, anneaux de laiton et bourse de toile dans un plateau de bois usé.

Une partie des pièces est présentée par le Whydah Pirate Museum, dans le Massachusetts, qui conduit la conservation des objets remontés. Les concrétions marines sortent de l'eau en blocs compacts et demandent des années de dégagement en laboratoire : c'est pour cela que le catalogue de l'épave s'enrichit encore.

Raconter John Julian sans folklore

Le tri est simple : ce qui est écrit dans une source d'époque, ce qui est une reconstitution vraisemblable, ce qui a été ajouté par les récits populaires. Dit dans cet ordre, un enfant de huit ans suit sans difficulté.

Attesté : le naufrage, la date, les deux survivants, le procès de Boston, l'épave et sa cloche. Probable : l'origine centraméricaine, la vente comme esclave, l'identification avec le pendu de 1733. Ajouté après : l'étiquette « mohegan », le portrait de pirate solitaire et taciturne, et tout ce qui remplit les blancs par du caractère.

Le meilleur angle pour transmettre, à mon avis, est le poste qu'il occupait. Un pilote se comprend avec deux objets et dix minutes dehors : on cherche le nord, on tient un cap, on suit un alignement entre deux repères visibles. C'est une activité d'orientation, et elle marche aussi bien dans un jardin que sur une plage.

Il faut savoir dire ce qu'on a en main. Un compas d'époque est en cuivre, il vaut une vitrine de musée. Un objet de jeu est en plastique, il imite l'aspect du cuivre ancien et sert la chasse au trésor. Les deux ont leur usage, à condition de ne pas les confondre devant les enfants.

Si tu cherches un instrument à exposer, à côté d'une maquette ou d'une carte encadrée, ce n'est pas le bon objet : la matière plastique se voit de près, et son intérêt est d'être manipulé sans précaution. Pour un adulte qui veut une pièce de décoration murale ou de bureau, mieux vaut regarder du côté des instruments plus grands et plus lourds, ou d'un coffre posé au sol.

Ce qu'on ne saura probablement jamais

Trois questions restent ouvertes : son peuple d'origine, la façon dont il est monté à bord, et son rôle exact dans les heures qui ont précédé le naufrage. Les documents de 1717 ne les tranchent pas, et aucune découverte récente ne les a tranchées non plus.

On ignore également s'il pilotait au moment où le navire a touché. Le Whydah naviguait dans le noir, sous une tempête, avec un vent qui plaquait le navire à la côte : la responsabilité d'un homme, dans ces conditions, n'est pas reconstituable. Le dire vaut mieux que de choisir une version pour clore l'histoire.

Pour l'équiper, une petite table de jeu suffit : une carte, un coffre en bois posé au sol pour l'arrivée du parcours, et un instrument d'orientation. Le reste des boussoles pirate se regarde à ce moment-là, avec les dimensions et le format en tête.

On me pose souvent ces questions

John Julian était-il vraiment mohegan ?

Rien ne le prouve. Les documents de 1717 le désignent simplement comme « Indian », terme générique dans les registres coloniaux du Massachusetts. Les auteurs qui ont travaillé sur l'équipage du Whydah le rattachent plutôt à la côte des Mosquitos, en Amérique centrale, ce qui reste une hypothèse fondée sur son métier de pilote et sur les recrutements de l'époque.

Est-il mort dans le naufrage du Whydah ?

Non. Le navire s'est perdu le 26 avril 1717 au large de Wellfleet, sur le Cape Cod, avec plus de cent morts, et deux hommes du bord ont survécu : le charpentier gallois Thomas Davis et John Julian. C'est justement ce qui a permis de suivre sa trace après 1717.

Pourquoi n'a-t-il pas été jugé avec les autres pirates ?

Il n'a pas comparu devant la cour de Boston qui a jugé les rescapés de la Mary Anne à l'automne 1717. Les sources indiquent qu'il a été vendu comme esclave au lieu d'être inculpé. Un homme enregistré comme « Julian the Indian » a été exécuté à Boston en mars 1733 ; l'identification est probable, pas certaine.

Que faisait exactement un pilote sur un navire pirate ?

Il tenait la route et la conduite près des côtes : compas, sonde de plomb, alignements sur des repères à terre, calcul de la marée. Sur un navire de 1717, c'était une compétence locale, propre à une zone connue, et elle valait cher. Le capitaine décidait de la cible, le pilote décidait par où passer.

Peut-on voir les objets du Whydah aujourd'hui ?

Oui, une partie des pièces remontées depuis 1984 est présentée par le Whydah Pirate Museum, au Massachusetts, qui assure aussi leur conservation. Les objets sortent de l'eau enrobés dans des concrétions et sont dégagés progressivement, si bien que de nouvelles pièces apparaissent régulièrement.

Quelle boussole choisir pour une chasse au trésor avec des enfants ?

Un format qui tient dans une main d'enfant, autour de 13 x 6 cm, avec une aiguille qui se stabilise vite et une rose assez lisible pour repérer le nord sans aide. Le plastique est ici un avantage : l'objet tombe, se ramasse, s'essuie d'un coup de chiffon sec. Pour un objet de vitrine ou de bureau, la démarche est différente, et c'est un instrument plus grand et plus lourd qu'il faut viser.

« Ils nous vilipendent, ces gredins, alors qu'il n'y a que cette différence : ils volent les pauvres à l'abri de la loi, et nous pillons les riches sous la protection de notre seul courage. » Propos prêtés à Samuel Bellamy, capitaine du Whydah, par Charles Johnson, A General History of the Pyrates, 1724. Texte littéraire écrit sept ans après le naufrage, pas un témoignage.