Jacques Cartier : Le pionnier des nouveaux mondes

Jacques Cartier : Le pionnier des nouveaux mondes

Le 20 avril 1534, Jacques Cartier appareille de Saint-Malo avec deux navires d'environ 60 tonneaux et une soixantaine d'hommes. Vingt jours plus tard, il touche Terre-Neuve, puis franchit le détroit de Belle-Isle. Vingt jours de haute mer sans autre repère que l'aiguille aimantée, le plomb de sonde et le calcul d'estime.

C'est par là qu'il faut commencer, parce que tout le reste en découle : les caps qu'il tient, les baies qu'il nomme, les erreurs qu'il laisse sur ses cartes. On comprend mieux ses trois voyages en les examinant comme le travail d'un pilote et d'un cartographe.

Compas de route en laiton, boîtier à charnière ouvert, posé près d'un cordage lové sur une table en bois usé.
Compas de route en laiton, boîtier à charnière ouvert, posé près d'un cordage lové sur une table en bois usé.

Tu trouveras dans cet article la chronologie datée des trois expéditions, ce qu'il a réellement apporté et ce qu'on lui attribue à tort, la place des guides iroquoiens Domagaya et Taignoagny, et une méthode simple pour raconter tout ça à un enfant en partant du nord et d'une carte.

Les points qui comptent
  • Jacques Cartier naît vers 1491 à Saint-Malo et y meurt le 1er septembre 1557. Navigateur, pilote et cartographe, mandaté par François Ier.
  • Trois voyages : 1534 (golfe du Saint-Laurent, croix de Gaspé), 1535-1536 (remontée du fleuve jusqu'à Stadaconé et Hochelaga, hivernage meurtrier), 1541-1542 (colonie de Charlesbourg-Royal, abandonnée).
  • Il cherchait un passage vers l'Asie et des métaux précieux. Il n'a trouvé ni l'un ni les autres, mais il a décrit le fleuve et transmis le mot « Canada », de l'iroquoien kanata, « village ».
  • Ses guides Domagaya et Taignoagny, fils du chef Donnacona, sont emmenés en France en 1534. C'est Domagaya qui indique le remède contre le scorbut pendant l'hiver 1535-1536.
  • Cartier est un explorateur d'État. Ni pirate, ni corsaire : c'est la confusion la plus courante à son sujet.
  • Pour transmettre l'histoire à un enfant, le fil le plus simple reste l'orientation : le nord, le cap, la carte, puis un instrument à manipuler.

Qui était Jacques Cartier : dates, métier et ce que « découvrir » veut dire ici

Jacques Cartier naît vers 1491 à Saint-Malo et y meurt le 1er septembre 1557. Matelot, puis maître pilote, puis capitaine mandaté par François Ier: c'est un homme de métier, formé sur les routes de pêche, pas un aventurier isolé.

La date de naissance reste approximative, faute de registre paroissial complet pour ces années à Saint-Malo. On la situe autour de 1491 à partir de mentions d'âge dans des actes postérieurs. En 1520, il épouse Catherine des Granches, fille d'une famille de navigateurs de la ville, ce qui l'installe dans le milieu qui arme les bateaux et choisit les pilotes.

Reste le mot « découverte ». Ce qu'on peut affirmer : Cartier est le premier Européen à parcourir, décrire, nommer et cartographier le golfe puis le fleuve Saint-Laurent, et à en rapporter des relations écrites. Ce qu'on ne peut pas affirmer : qu'il ait découvert un territoire. Le golfe était déjà fréquenté chaque été par les morutiers bretons, normands, basques et portugais, et les rives étaient peuplées depuis des millénaires par des nations iroquoiennes, micmaques et innues. Sa contribution est cartographique.

Précision Trois statuts que l'on mélange souvent. L'explorateur mandaté navigue sur commission royale pour reconnaître des terres et des routes : c'est le cas de Cartier. Le corsaire attaque les navires ennemis avec une lettre de marque, en temps de guerre, et rend des comptes. Le pirate agit pour son compte, hors de tout droit. Saint-Malo a fourni les trois au fil des siècles, mais jamais réunis dans la même personne.

Saint-Malo et la Bretagne maritime : le milieu qui fabrique un pilote

Au début du XVIe siècle, Saint-Malo arme chaque printemps des bateaux pour les bancs de Terre-Neuve. La morue y est une industrie, avec ses routes connues, ses saisons, ses pilotes qui refont la même traversée d'une année sur l'autre. Cartier sort de là.

On lui prête une participation au voyage de Giovanni da Verrazzano vers 1524, le long de la côte est de l'Amérique du Nord, pour le compte de François Ier. L'hypothèse est ancienne et plausible, elle n'est pas prouvée par un document nominatif. Si elle est exacte, elle explique une partie de la confiance royale : un pilote malouin qui aurait déjà vu ces côtes vaut mieux qu'un inconnu.

Le choix d'un Malouin par la couronne se comprend sans mystère : connaissance des routes de la morue, réseau familial dans l'armement, réputation de pilote auprès des marchands de la ville. Quand on lit les relations de ces voyages, le vocabulaire du port revient partout. Le tonneau n'est pas une tonne : c'est un volume, celui d'une futaille de vin, et il sert à mesurer la capacité d'un navire. L'estime est un calcul, la sonde un plomb suiffé, le cap une direction tenue au compas.

Deux navires de 60 tonneaux, cela reste petit. Une soixantaine d'hommes dessus, avec les vivres, l'eau, la biscuiterie et le lest. Les petits gréements m'ont toujours paru plus intéressants que les gros : ils passent partout, ils remontent les estuaires, et c'est ce qui rendra le deuxième voyage possible.

Naviguer en 1534 : compas de route, sonde et estime

Un pilote de 1534 dispose de trois choses pour traverser l'Atlantique. Le compas de route, aiguille aimantée montée sur une rose et logée dans un habitacle près de la barre, qui donne le nord. La sonde de plomb, qui donne la profondeur et, grâce au suif garni au culot, la nature du fond. L'estime enfin : cap tenu, vitesse évaluée, temps écoulé, position déduite.

La sonde de plomb à base creuse, sa ligne nouée et un cordage de chanvre lové sur des planches de chêne usées.
La sonde de plomb à base creuse, sa ligne nouée et un cordage de chanvre lové sur des planches de chêne usées.

La latitude se prend à l'astrolabe de mer ou au quadrant, en visant le soleil à midi ou l'étoile polaire, avec une marge d'erreur importante depuis un pont qui bouge. La longitude, elle, est hors de portée : il faudra attendre les chronomètres de marine du XVIIIe siècle. Un pilote sait donc à peu près à quelle hauteur il se trouve, presque jamais à quelle distance exacte de son point de départ.

S'ajoute un piège que personne ne maîtrise à l'époque : la déclinaison magnétique. L'aiguille indique le nord magnétique, qui s'écarte du nord géographique, et cet écart change selon le lieu et selon les années. Dans le golfe du Saint-Laurent, il est loin d'être négligeable. Une bonne partie des déformations qu'on observe sur les premières cartes du golfe vient de là, pas d'une négligence des relevés.

Le repère Savoir où est le nord reste le premier geste de l'orientation, hier comme aujourd'hui. Une boussole se pose à plat, on attend deux ou trois secondes que l'aiguille se stabilise, et on s'éloigne de tout ce qui est métallique ou aimanté : coque, moteur, téléphone, enceinte. Un instrument utile doit rester maniable : les compas embarqués occupaient un habitacle de quelques dizaines de centimètres, et on lisait les modèles de poche d'un coup d'œil, boîtier ouvert, sans support.

Ces instruments étaient en laiton et en cuivre, matériaux qui ne rouillent pas comme le fer et ne perturbent pas l'aiguille. D'où l'aspect doré, puis patiné, qu'on associe encore aujourd'hui aux boussoles anciennes, et que reproduisent en plastique moulé les boussoles décoratives et de jeu vendues pour les enfants.

Instrument de navigation en laiton patiné posé sur un drap bleu foncé, près d'une carte roulée et d'une aiguière.
Instrument de navigation en laiton patiné posé sur un drap bleu foncé, près d'une carte roulée et d'une aiguière.

Dernier point, et il compte pour l'historien : le pilote tient un journal. Cap, sondes, vents, terres vues, distances estimées. Les relations des trois voyages de Cartier, publiées et recopiées ensuite, sortent de cette pratique de bord. Ce sont nos sources principales, avec les échos qu'en donnent les cartographes dieppois des décennies suivantes.

Premier voyage (1534) : Terre-Neuve, la baie des Chaleurs et la croix de Gaspé

Parti le 20 avril 1534 avec deux navires d'environ 60 tonneaux, Cartier atteint Terre-Neuve après une vingtaine de jours, franchit le détroit de Belle-Isle, longe la côte ouest de l'île, touche les Îles-de-la-Madeleine et l'Île-du-Prince-Édouard, puis entre dans une large baie qu'il nomme baie des Chaleurs à cause de la douceur de juillet.

Le long de la côte nord du golfe, il rédige le jugement le plus cité de toute son œuvre : ces terres de pierre nue, sans un chargement de terre végétale, il les compare à celles que Dieu aurait données à Caïn. Cette comparaison montre surtout ce qu'un Européen de 1534 cherche dans un territoire : des sols cultivables, du bois, de quoi établir un port. Ce qu'il ne voit pas, ce sont les usages que les nations locales font de ces mêmes rivages depuis longtemps.

Les premiers échanges avec des groupes micmacs se font par troc, sur le rivage et depuis les barques : couteaux, ferrailles, tissus contre des fourrures. Les relations décrivent des gestes d'appel, des danses, des allers-retours prudents avant le contact.

Le 24 juillet 1534, à Gaspé, l'équipage plante une croix de bois d'une trentaine de pieds, soit environ neuf mètres, avec un écusson fleurdelisé. Le chef iroquoien Donnacona s'en approche en canot et proteste : ce geste de prise de possession, il en comprend la portée. Cartier repart avec les deux fils du chef, Domagaya et Taignoagny, présentés comme des passagers volontaires dans la relation, mais dans un rapport de force que le texte laisse deviner. Retour à Saint-Malo le 5 septembre 1534. Pas de passage vers l'Asie, pas d'or, mais un golfe entier levé et deux interprètes en formation.

Deuxième voyage (1535-1536) : le fleuve, Stadaconé, Hochelaga et l'hiver

Cartier repart de Saint-Malo en mai 1535 avec trois navires : la Grande Hermine (une centaine de tonneaux), la Petite Hermine (environ 60) et l'Émérillon, plus petit. Cette fois, il ne longe pas : il entre dans le fleuve, guidé par Domagaya et Taignoagny qui savent où mène le chenal.

Il atteint Stadaconé, sur le site de l'actuelle ville de Québec, où réside Donnacona. En octobre, il pousse plus haut avec l'Émérillon et des barques jusqu'à Hochelaga, un village fortifié sur l'île de Montréal, au pied d'une hauteur qu'il baptise mont Royal. Au-delà, les rapides bloquent tout : aucun navire de mer ne passe. La route vers l'Asie, s'il y en avait une, s'arrête là.

L'hivernage se passe à l'embouchure de la rivière Saint-Charles, dans les glaces, avec des vivres comptés. Le scorbut frappe l'équipage et tue environ vingt-cinq hommes. C'est Domagaya, remis lui-même de la maladie, qui indique le remède : une décoction d'écorce et de feuilles d'un arbre appelé annedda, généralement identifié aujourd'hui au thuya occidental ou à un conifère voisin. L'équipage survivant s'en sort grâce à ce savoir local.

Rameaux de cèdre séchés dressés dans un bol de grès émaillé bleu-vert, sur une table de bois brut.
Rameaux de cèdre séchés dressés dans un bol de grès émaillé bleu-vert, sur une table de bois brut.

Au printemps 1536, Cartier fait enlever Donnacona, ses deux fils et plusieurs autres Iroquoiens, une dizaine de personnes, pour les présenter à François Ier. Aucun ne reverra Stadaconé : Donnacona meurt en France. Les résumés scolaires escamotent souvent cet épisode, qui pèse pourtant lourd dans l'hostilité rencontrée lors du troisième voyage. Retour à Saint-Malo à l'été 1536.

Précision Le mot kanata désigne un village ou une agglomération dans la langue iroquoienne parlée à Stadaconé. Les guides l'emploient pour parler de la région ; Cartier le note comme le nom du pays et l'écrit « Canada » dans sa relation. Le toponyme d'un État moderne vient donc d'un malentendu de vocabulaire entre un pilote malouin et ses interprètes.

Troisième voyage (1541-1542) : la colonie manquée et le faux or

En 1541, le roi confie le commandement de l'entreprise à Jean-François de La Rocque de Roberval, nommé lieutenant général, et laisse à Cartier la direction de la navigation. Un pilote confirmé passe sous les ordres d'un gentilhomme sans expérience de la mer : l'expédition part avec cinq navires et une hiérarchie bancale, Cartier n'attendant pas Roberval pour appareiller.

Il installe un établissement à l'embouchure de la rivière du Cap-Rouge, en amont de Stadaconé, baptisé Charlesbourg-Royal. Un fort, des cultures, et un effectif de colons que les relations n'établissent pas précisément. L'hiver est dur, les relations avec les Iroquoiens tournent à l'hostilité ouverte, plusieurs Français sont tués. Au printemps 1542, Cartier rentre sans attendre les renforts, croise Roberval à Terre-Neuve, refuse de faire demi-tour et poursuit vers la France.

Il rapporte des barriques de minerai et des pierres brillantes prises pour de l'or et des diamants. L'examen en France est sans appel : de la pyrite de fer et du quartz. L'expression « faux comme un diamant du Canada » restera dans la langue pendant des générations. Roberval abandonne à son tour la colonie en 1543.

Éclats ambrés et fragments de quartz posés sur une plaque d'ardoise brute, près d'une boussole en laiton.
Éclats ambrés et fragments de quartz posés sur une plaque d'ardoise brute, près d'une boussole en laiton.

Bilan pour la couronne : pas de passage vers l'Asie, pas de métaux, une colonie perdue. Restent une route connue jusqu'au cœur du continent, des cartes utilisables, et le début d'un commerce de fourrures que d'autres exploiteront.

Les trois voyages de Jacques Cartier en un tableau

Voyage Dates Navires et équipage Zones atteintes Résultat
Premier 20 avril au 5 septembre 1534 2 navires d'environ 60 tonneaux, une soixantaine d'hommes Détroit de Belle-Isle, côte ouest de Terre-Neuve, Îles-de-la-Madeleine, Île-du-Prince-Édouard, baie des Chaleurs, Gaspé Golfe décrit et cartographié, croix de Gaspé, Domagaya et Taignoagny embarqués
Deuxième mai 1535 à juillet 1536 Grande Hermine (env. 100 tonneaux), Petite Hermine (env. 60), Émérillon Fleuve Saint-Laurent jusqu'à Stadaconé (Québec) et Hochelaga (Montréal) Fleuve remonté, hivernage et scorbut (env. 25 morts), remède d'annedda, Donnacona emmené en France
Troisième 1541 à 1542 5 navires, commandement partagé avec Roberval Charlesbourg-Royal, embouchure de la rivière du Cap-Rouge Colonie abandonnée, minerais sans valeur, fin de la carrière d'explorateur

Ce que Cartier a réellement apporté (et ce qu'on lui attribue à tort)

Les acquis solides tiennent en quatre points : la cartographie du golfe et du fleuve jusqu'aux rapides, une toponymie encore vivante, trois relations écrites qui décrivent les côtes, les peuples et les saisons, et l'ouverture de la route qui deviendra celle de la Nouvelle-France. Pour un pilote de son époque, c'est considérable.

Ce qui ne lui revient pas se corrige vite :

  • La fondation de Québec: elle est l'œuvre de Samuel de Champlain, en 1608, soit plus de cinquante ans après la mort de Cartier.
  • La découverte de l'Amérique: les pêcheurs européens fréquentaient les bancs de Terre-Neuve avant lui, et les Vikings avaient atteint Terre-Neuve autour de l'an mil.
  • Un titre de corsaire: aucune lettre de marque, aucune prise. Il navigue sur commission d'exploration.
  • Une colonisation réussie: Charlesbourg-Royal est abandonné en deux ans.

Le versant humain doit se dire au passé et sans romantisme. Cartier dépend entièrement des savoirs autochtones pour remonter le fleuve, se nourrir et survivre à l'hiver. Il enlève une dizaine de personnes, dont un chef, en promettant un retour qui n'aura pas lieu. Les deux faits appartiennent au même voyage. La notice de L'Encyclopédie canadienne détaille cet aspect avec les sources iroquoiennes et archéologiques disponibles.

Après 1542, il vit à Saint-Malo et dans son manoir de Limoëlou, à Rothéneuf. Il sert de témoin, de parrain, d'interprète pour des marchands portugais. Il meurt le 1er septembre 1557 ; la cause n'est pas documentée, et l'hypothèse d'une épidémie qui touche la ville cette année-là revient dans les biographies sans être établie. L'anoblissement qu'on lui prête parfois n'est pas prouvé par un acte. Aujourd'hui, son nom se voit sur le manoir de Limoëlou devenu musée, sur la rivière et le parc national de la Jacques-Cartier au Québec, et sur le pont Jacques-Cartier à Montréal.

Sur ce point, Jacques Cartier 1534-1542 | Musée virtuel de la Nouvelle ... (museedelhistoire.ca) donne des repères vérifiables.

Transmettre l'histoire de Cartier : lire une carte, tenir un cap, faire jouer un enfant

Avec un enfant, le fil le plus efficace n'est pas la biographie, c'est le trajet. Une carte de l'Atlantique nord, un point de départ, un point d'arrivée, et la question toute simple : comment tenir une direction quand on ne voit plus la terre.

  1. Poser la carte à plat et repérer Saint-Malo, sur la côte nord de la Bretagne.
  2. Chercher le nord avec une boussole posée à plat, à distance des couverts, du téléphone et du radiateur, en attendant que l'aiguille se stabilise.
  3. Orienter la carte sur ce nord, pour que le haut de la feuille corresponde à la direction réelle.
  4. Tracer le premier cap: plein ouest depuis Saint-Malo, vers Terre-Neuve, et compter les vingt jours de traversée.
  5. Marquer les étapes du premier voyage : Belle-Isle, la côte de Terre-Neuve, les Îles-de-la-Madeleine, la baie des Chaleurs, Gaspé.
  6. Terminer par une question concrète : à Hochelaga, pourquoi les bateaux se sont-ils arrêtés ? Réponse : les rapides.

Apprendre le nord d'abord, la carte ensuite : c'est l'ordre dans lequel un enfant retient quelque chose. Et pour cet apprentissage, l'instrument doit être petit, léger, lisible boîtier ouvert, tenu dans une main sans support ni réglage. Je vois passer beaucoup d'accessoires de jeu qui ressemblent à des objets de marine sans en avoir la fonction ; une boussole qui indique réellement le nord change tout, parce que l'enfant vérifie lui-même.

Ce n'est pas l'objet qu'il faut pour une randonnée sérieuse ni pour une navigation : un compas de relèvement ou un compas de route acheté chez un shipchandler joue dans une autre catégorie, avec un boîtier étanche et une rose amortie. Un adulte collectionneur qui cherche un instrument en laiton à poser sur une étagère sera déçu par un boîtier plastique de 13 cm. Pour un enfant de six à dix ans qui manipule, c'est justement l'inverse : léger, sans risque de casse coûteuse.

Autour de la carte, deux ou trois accessoires suffisent. Une carte tracée à la main et vieillie au thé, un coffre en bois pour cacher le trésor au bout du parcours, éventuellement une longue-vue. Côté navires, un bateau miniature à monter donne une idée concrète de ce qu'est un gréement, même si les modèles du catalogue relèvent du XVIIe ou du XVIIIe siècle plutôt que des petits navires de Cartier. Si tu veux le déroulé complet d'un après-midi, minuté et par tranche d'âge, j'ai détaillé tout ça dans mon article sur les activités d'anniversaire pirate.

Une limite à poser, en revanche : la croix de Gaspé et les enlèvements ne se rejouent pas. On les raconte, on explique ce qu'ils signifiaient pour Donnacona, et on passe à la partie navigation, qui se prête beaucoup mieux au jeu. Pour comparer les formats et les finitions avant de choisir, la sélection de boussoles pirate de Piraterie Shop reste consultable au calme.

Les questions qui reviennent

Quelle est la découverte de Jacques Cartier ?

Il est le premier Européen à explorer, décrire et cartographier le golfe du Saint-Laurent en 1534, puis à remonter le fleuve jusqu'aux sites actuels de Québec et de Montréal en 1535. Il n'a pas découvert un territoire vide : les nations iroquoiennes et micmaques y vivaient, et les pêcheurs européens fréquentaient déjà Terre-Neuve. Sa contribution est celle d'un cartographe et d'un pilote qui ouvre une route.

Où Jacques Cartier a-t-il planté sa croix ?

À Gaspé, sur la pointe de la baie de Gaspé, le 24 juillet 1534. La croix de bois mesurait une trentaine de pieds, soit environ neuf mètres, et portait un écusson à trois fleurs de lys. Le chef Donnacona est venu protester en canot contre ce geste de prise de possession, ce que la relation du voyage rapporte elle-même.

Quelle est la citation la plus célèbre de Jacques Cartier ?

C'est sa description de la côte nord du golfe, en 1534, qu'il compare à la terre que Dieu aurait donnée à Caïn. La formule est reprise partout parce qu'elle est brutale et qu'elle date un regard : Cartier juge un rivage sur ce qu'il peut en tirer, sol, bois, mouillage. Les transcriptions varient légèrement selon les éditions de la relation.

Quelle était la cause de la mort de Jacques Cartier ?

Elle n'est pas documentée. On sait qu'il est mort à Saint-Malo le 1er septembre 1557, à environ soixante-six ans. Plusieurs biographies évoquent une épidémie qui touchait la ville cette année-là, sans qu'aucun document ne l'établisse pour lui. Sur ce point, mieux vaut s'arrêter à la date.

Jacques Cartier était-il un pirate ou un corsaire ?

Ni l'un ni l'autre. Il naviguait sur commission de François Ier pour explorer, cartographier et chercher des métaux précieux, sans lettre de marque ni prise de navires. La confusion vient de Saint-Malo, port qui a effectivement armé des corsaires célèbres, mais à d'autres époques, notamment aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Comment naviguait-on sans GPS au XVIe siècle, et quelle boussole donner à un enfant aujourd'hui ?

Avec trois outils : le compas de route pour le cap, la sonde de plomb pour la profondeur et la nature du fond, l'estime pour la position, complétés par l'astrolabe ou le quadrant pour la latitude. La longitude restait hors de portée. Pour un enfant, une boussole de jeu de la taille d'une main, en plastique, qui indique le nord, suffit largement à comprendre le principe : on la garde à l'écart des aimants et des objets métalliques, on la range fermée pour éviter les rayures sur le boîtier, et on ne lui demande pas de remplacer un compas de navigation.

« Je pense mieux qu'autrement que ce soit la terre que Dieu donna à Caïn. » Jacques Cartier, relation du premier voyage, 1534, à propos de la côte nord du golfe.