Henry Hudson : l'explorateur du Nord

Henry Hudson : l'explorateur du Nord

En 1618, sept ans après les faits, quatre survivants du Discovery comparaissent devant la justice anglaise. On leur reproche d'avoir abandonné leur capitaine, Henry Hudson, dans une chaloupe, sur une mer glacée du nord du Canada. Ils ressortent libres. Les preuves manquaient, les témoins étaient morts, et les côtes qu'ils rapportaient valaient plus, pour les armateurs de Londres, que la peine de quatre hommes.

Hudson savait tenir une route. Il n'a jamais su tenir un équipage. Cette distinction éclaire ses quatre voyages entre 1607 et 1611, la mutinerie qui l'a fait disparaître, et la confusion fréquente entre un explorateur payé par une compagnie de commerce et un pirate.

Compas de marine en laiton dans son coffret de bois ouvert, posé sur une carte de parchemin.
Compas de marine en laiton dans son coffret de bois ouvert, posé sur une carte de parchemin.

On verra aussi comment on relevait un cap au compas quand personne, à bord, ne pouvait mesurer sa longitude.

En bref
  • Henry Hudson (vers 1565-1611) est un navigateur anglais employé par des compagnies marchandes, la Muscovy Company puis la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Ni pirate, ni corsaire.
  • Quatre voyages entre 1607 et 1611 : deux vers le nord et le nord-est, un vers le fleuve qui porte aujourd'hui son nom, un dernier vers le détroit et la baie d'Hudson.
  • Aucun passage vers l'Asie trouvé, mais ses relevés ouvrent la voie à la colonie néerlandaise de Nouvelle-Amsterdam puis, plus tard, à la Compagnie de la Baie d'Hudson.
  • Le 23 juin 1611, l'équipage du Discovery le met à la chaloupe avec son fils John et sept hommes. On n'a jamais retrouvé leur trace.
  • Le seul récit détaillé de la mutinerie vient d'Abacuk Pricket, un survivant qui avait intérêt à se disculper.
  • Les mutins revenus en Angleterre furent jugés en 1618 et acquittés.

Qui était Henry Hudson exactement ?

Un navigateur anglais du début du XVIIe siècle, employé sous contrat par des compagnies marchandes pour trouver une route maritime vers l'Asie en passant par le nord. Il commande, il relève des côtes, il rend des comptes à des actionnaires.

On ne connaît ni sa date ni son lieu de naissance. Les estimations tournent autour de 1565-1570, sans acte pour les appuyer. Sa jeunesse n'est pas documentée. Quand une biographie te donne une date de naissance précise et un port d'origine, c'est une reconstitution, pas une archive.

Il apparaît dans les documents en 1607, déjà d'âge mûr et suffisamment connu pour qu'une compagnie lui confie un navire et un équipage. Cela suppose des années de mer avant, dont on ignore à peu près tout. Son fils John navigue avec lui, présence banale à l'époque : on embarquait des garçons de douze ou seize ans, souvent de la famille du capitaine ou d'un actionnaire.

Son statut compte pour la suite. Un capitaine sous contrat tient un journal de bord, remet un rapport, et sa réputation dépend de ce qu'il rapporte. Un échec se paie en crédit perdu auprès des marchands qui affrètent. Cette pression explique une partie de son entêtement dans les glaces.

Pour aller plus loin sur ce point : Henry Hudson (1570 ? - 1611), sur medarus.org.

Pourquoi cherchait-il un passage par le nord ?

Parce que les routes du sud étaient tenues par l'Espagne et le Portugal. Pour aller chercher la soie et les épices sans affronter leurs escadres, les marchands anglais et néerlandais cherchaient une porte par le haut de la carte, plus courte sur le papier.

Une idée savante a nourri ces expéditions : celle d'une mer polaire libre de glaces. Le cartographe Petrus Plancius, à Amsterdam, soutenait qu'un soleil brillant sans interruption pendant des mois d'été devait faire fondre la banquise au voisinage du pôle. Le raisonnement se tenait avec les connaissances de l'époque. Il était faux, et il a coûté des navires et des équipages.

Trois itinéraires se disputaient les financements :

  • Par le pôle, en montant droit au nord entre le Groenland et le Spitzberg.
  • Par le Nord-Est, en longeant l'Arctique russe, au-delà de la Nouvelle-Zemble.
  • Par le Nord-Ouest, en cherchant une entrée dans le labyrinthe canadien.

Hudson arrive après une longue série d'échecs. Martin Frobisher tente le Nord-Ouest dès 1576, John Davis reprend dans les années 1580, Willem Barents meurt en 1597 au retour d'un hivernage en Nouvelle-Zemble. Aucun de ces hommes n'a trouvé de passage praticable, et pourtant les compagnies continuaient d'armer, parce que le gain espéré était énorme.

D'où ça vient Le mot « boussole » vient de l'italien bussola, la petite boîte : au départ, on désigne le boîtier, pas l'aiguille. À bord d'un navire, on parle de compas de route, celui qui est fixé dans l'habitacle devant le barreur. « Boussole » reste le mot des terriens et des jouets d'orientation, comme on en trouve dans la collection boussole pirate.

Quels ont été ses quatre voyages, année par année ?

Quatre campagnes en cinq ans, deux armateurs anglais et un néerlandais, trois navires. Aucune n'a atteint son objectif déclaré, et chacune a ajouté quelque chose à la carte.

Maquette d'un trois-mâts en bois aux voiles de toile écrue, posée sur une carte ancienne dans un atelier.
Maquette d'un trois-mâts en bois aux voiles de toile écrue, posée sur une carte ancienne dans un atelier.

En 1607, sur le Hopewell, pour la Muscovy Company, il met le cap plein nord. Il longe la côte est du Groenland, atteint les parages du Spitzberg et un record de latitude septentrionale pour l'époque. Pas de passage, mais des observations sur l'abondance des baleines, observations qui lanceront la pêche baleinière anglaise et néerlandaise dans ces eaux.

En 1608, même navire, même armateur, direction le Nord-Est. La banquise ferme la route bien avant la Nouvelle-Zemble. Échec net, sans consolation.

En 1609, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales lui confie le Half Moon, avec un équipage mixte anglo-néerlandais. Au-delà du cap Nord, les hommes refusent d'avancer dans le froid et la glace. Hudson leur propose alors une alternative et vire vers l'ouest, vers l'Amérique. Il remonte le fleuve qui porte aujourd'hui son nom jusqu'à hauteur de l'actuelle Albany, jusqu'à ce que la profondeur diminue et que l'eau reste douce. Ce n'est pas la Chine, c'est un titre de possession que les Provinces-Unies feront valoir.

En 1610, des armateurs anglais privés l'envoient chercher le Nord-Ouest avec le Discovery. Un petit navire, une cinquantaine de tonneaux, ce qui pour moi le rend plus intéressant qu'un gros vaisseau : peu d'eau sous la quille, peu d'hommes, une capacité de vivres minuscule pour une année arctique. Le retour se fera sans lui.

Les quatre voyages de Henry Hudson (1607-1611)
Année Navire Commanditaire Route tentée Résultat
1607 Hopewell Muscovy Company (Angleterre) Par le pôle Nord, via Groenland et Spitzberg Record de latitude nord, aucun passage ; observations utiles à la chasse à la baleine
1608 Hopewell Muscovy Company Passage du Nord-Est, Arctique russe Échec complet, banquise infranchissable
1609 Half Moon Compagnie néerlandaise des Indes orientales Nord-Est, puis côte nord-américaine après refus de l'équipage Remontée du fleuve Hudson jusqu'à hauteur d'Albany ; base des prétentions néerlandaises
1610-1611 Discovery Armateurs anglais privés Passage du Nord-Ouest par le détroit d'Hudson Détroit, baie d'Hudson et baie James relevés ; hivernage, mutinerie, disparition du capitaine

Comment naviguait-on réellement à bord du Discovery?

Au compas et à l'estime, avec une sonde pour le fond et un journal pour la mémoire. La latitude se mesurait à la hauteur du soleil ou de l'étoile polaire ; la longitude, elle, n'était pas mesurable de façon fiable avant les horloges de marine du XVIIIe siècle. Toute position quotidienne est donc une addition d'approximations.

Le compas de route tient dans son habitacle, à hauteur de barre : une aiguille aimantée sur pivot, une rose divisée en 32 quarts, un éclairage à la chandelle la nuit. L'instrument de base, celui qu'un officier garde sur lui, tient dans la main, une douzaine de centimètres, et se voit à plat.

Compas de poche à rose des vents, sonde de plomb et longue-vue en laiton posés sur une carte marine.
Compas de poche à rose des vents, sonde de plomb et longue-vue en laiton posés sur une carte marine.

Le problème arrive en montant vers le nord. L'aiguille indique le nord magnétique, jamais le nord géographique. L'écart entre les deux, la déclinaison, s'ouvre à mesure qu'on approche du pôle magnétique, situé dans l'Arctique canadien. Dans le détroit et la baie d'Hudson, cet écart devient énorme et change d'un point à l'autre. Un cap tenu proprement peut ainsi produire une côte relevée de travers. C'est une des raisons pour lesquelles les cartes de l'Arctique du XVIIe siècle sont si fausses, et pourquoi Hudson a pu croire à une ouverture vers l'ouest là où s'ouvrait une baie fermée.

Deux boussoles de laiton posées sur une ardoise grise, leurs aiguilles orientées de façon légèrement différente, près d'un cordage et d'une toile de lin.
Deux boussoles de laiton posées sur une ardoise grise, leurs aiguilles orientées de façon légèrement différente, près d'un cordage et d'une toile de lin.
  1. Relever le cap au compas de route, quart par quart, en notant chaque changement.
  2. Estimer la vitesse, au loch quand on en dispose, sinon à l'œil sur un objet jeté à la mer, sablier en main.
  3. Tenir le compte du temps passé sur chaque cap, avec le sablier retourné à chaque demi-heure de quart.
  4. Sonder à la ligne plombée dès qu'on longe une côte inconnue, pour repérer un haut-fond et lire la nature du fond ramenée par le suif au bas du plomb.
  5. Porter le tout sur le journal, puis reporter la route estimée sur la carte, en sachant qu'elle traîne une erreur qu'on ne saura pas corriger.
Un geste simple Pour montrer la différence entre nord magnétique et nord géographique, pose une boussole à plat sur une pierre ou une table de jardin, à un mètre de tout objet métallique, et attends que l'aiguille se stabilise. Vise un repère fixe au sol dans l'axe de l'aiguille. Explique ensuite que ce repère n'est pas le pôle : c'est là que se joue l'erreur qui a piégé les navigateurs de l'Arctique.

Sur les bateaux de patrimoine traditionnel, on navigue le plus souvent à vue, d'amer en amer, sans jamais regarder un compas. Ça donne une idée de ce que devient l'exercice quand la côte disparaît : il ne reste que l'aiguille, le sablier et ce qu'on a écrit une heure plus tôt.

Que s'est-il passé lors de la mutinerie de juin 1611 ?

Le Discovery largue la remorque et met le cap au nord-est. Les neuf hommes de l'embarcation disparaissent des sources ce jour-là.

Les causes s'accumulent depuis des mois. Les vivres sont épuisés, une partie de l'équipage soupçonne le capitaine et ses proches d'avoir mis de la nourriture de côté, et Hudson a promu puis dégradé des hommes selon son humeur, dont Robert Juet, son second, rétrogradé en cours de route. Un équipage affamé supporte mal l'arbitraire.

Les meneurs cités sont Henry Greene, William Wilson et Juet. Dans la chaloupe montent Hudson, son fils John, plusieurs malades et le charpentier Philip Staffe, qui d'après le récit choisit de descendre. On leur laisse quelques outils, une arme et un peu de poudre, ce qui ressemble moins à une exécution qu'à un abandon dont personne ne voulait porter le nom.

Une précaution s'impose ici. Le seul récit détaillé de la mutinerie vient d'Abacuk Pricket, survivant, publié par Samuel Purchas en 1625. L'homme écrit après coup, devant une justice possible, et son texte répartit les responsabilités sur des morts : Greene et Wilson tués lors d'un affrontement avec des Inuit aux îles Digges, Juet mort de faim pendant la traversée du retour. Il faut lire cette source comme un plaidoyer autant que comme un témoignage. Le dossier de l'Encyclopédie canadienne résume l'état des connaissances sur ces derniers jours.

Sur la survie des neuf hommes, on ne sait rien. La côte n'était pas très loin, des Cris vivaient dans la région, et rien n'interdit d'imaginer un débarquement. Aucun vestige, aucune sépulture, aucun objet n'a jamais été rattaché à eux de manière crédible. Les hypothèses existent, les preuves n'existent pas.

Hudson était-il un pirate ou un corsaire ?

Ni l'un ni l'autre. Il navigue sous contrat pour des compagnies de commerce, avec l'accord des autorités de son pays ou de celui qui l'emploie. Aucune de ses campagnes n'avait pour objet de prendre un navire.

Les trois statuts se distinguent nettement, même si la pratique les a parfois rapprochés :

  • Le pirate attaque pour son propre compte, sans mandat d'aucun État, et se trouve condamné par toutes les couronnes.
  • Le corsaire détient une lettre de marque qui l'autorise à saisir les navires d'une puissance ennemie, en temps de guerre, avec obligation de faire juger ses prises.
  • L'explorateur mandaté reçoit un navire, un équipage et des instructions d'une compagnie ou d'un souverain, pour ouvrir une route ou relever des côtes. C'est le cas de Hudson.

Un point trouble mérite d'être signalé : en 1609, un capitaine anglais navigue pour une compagnie néerlandaise. À son retour, le Half Moon relâche en Angleterre et les autorités anglaises lui interdisent de repartir au service d'un employeur étranger. Question de concurrence commerciale et de renseignement, pas de piraterie.

La chronologie tranche aussi. Ce qu'on appelle l'âge d'or de la piraterie couvre grossièrement 1650-1730 : Hudson disparaît quarante ans avant que ne commence la période des Rackham, Roberts et Teach. Quand un dessin ou un jeu associe son nom à un pavillon à tête de mort, on est dans la fiction, ce qui n'a rien de gênant tant que la distinction est faite.

Comment raconter Hudson à des enfants sans les endormir ?

Par l'instrument avant le récit. Un enfant comprend un voyage arctique quand il a tenu une aiguille aimantée dans sa main et vu qu'elle revient toujours au même endroit. Ensuite seulement, l'histoire du capitaine bloqué dans les glaces prend une consistance.

Le déroulé qui fonctionne le mieux tient en trois temps : chercher le nord dans le jardin, expliquer que l'aiguille vise le nord magnétique et non le pôle, puis raconter qu'un capitaine anglais s'est fié à cette aiguille pour dessiner des côtes qui se sont révélées fausses. La confusion qui a piégé des navigateurs devient une chose qu'on a vue de ses yeux, à cinq mètres de la porte de la maison.

Apprendre à s'orienter n'a jamais demandé de matériel coûteux : un boîtier léger, une aiguille libre, un repère fixe au sol, et la logique d'une route est déjà là. C'est à ce niveau que travaillaient les mousses embarqués à douze ou seize ans.

À qui elle ne conviendra pas : à quelqu'un qui cherche un instrument pour naviguer ou pour randonner. Ce n'est ni un compas de route ni une boussole de marche, et le plastique ne joue pas dans cette catégorie. Un adulte qui veut un objet d'orientation fiable regardera du côté du matériel de plein air, pas d'un accessoire de costume.

Le déguisement vient après : il aide les plus jeunes à entrer dans le jeu, il ne remplace pas le parcours. Si tu veux un déroulé complet, je détaille dix activités minutées dans mon article sur l'anniversaire pirate.

Une variante amusante avec des enfants de huit ans et plus : le jeu du capitaine et de l'équipage. On tire au sort celui qui commande, il choisit un cap, et l'équipage a le droit de voter contre au bout de trois épreuves. C'est la manière la plus directe de faire sentir ce qu'est une mutinerie sans en faire un drame.

Que reste-t-il de Henry Hudson aujourd'hui ?

Une toponymie considérable, pour un homme qui a manqué toutes ses missions. Un fleuve, un détroit et une baie portent son nom, et deux villes majeures se sont développées dans le sillage de ses relevés.

La remontée de 1609 sert de titre aux Provinces-Unies sur la région : Nouvelle-Amsterdam est fondée sur Manhattan dans les années 1620, prise par les Anglais en 1664 et rebaptisée New York. Au nord, la Compagnie de la Baie d'Hudson, fondée en 1670, organise le commerce des fourrures dans l'espace maritime ouvert par le Discovery, et devient l'une des plus durables entreprises coloniales du continent.

Vingt ans d'expéditions arctiques suivent sa disparition : Thomas Button en 1612, Robert Bylot et William Baffin en 1615-1616, Luke Foxe et Thomas James en 1631. La baie James doit d'ailleurs son nom à ce dernier. La carte du Nord s'est complétée sur les erreurs de Hudson autant que sur ses réussites. En 1973, il a été désigné personnage historique national au Canada, à Waskaganish, au Québec, sur les rives de la rivière Rupert où le Discovery avait hiverné.

D'où ça vient Les récits européens parlent de « découverte », mot commode qui masque une évidence : ces terres étaient habitées. Des Cris vivaient au fond de la baie James, des Inuit fréquentaient le détroit et les îles Digges, et c'est d'ailleurs lors d'un affrontement avec un groupe inuit que plusieurs mutins ont trouvé la mort au retour. Hudson a relevé des côtes ; il ne les a pas trouvées vides.

Reste le rapport à l'objet. Un compas dans son habitacle, une sonde plombée, un journal tenu à la plume : le matériel du Discovery se résume à peu de chose, et il a servi à dessiner un morceau de continent. Si l'idée d'exposer un instrument d'orientation te plaît, ou d'en mettre un dans la main d'un enfant pour un parcours de jardin, les modèles de la collection boussole pirate de Piraterie Shop sont classés par usage et par taille. Pour la même raison, exposer un navire de petit gabarit, sloop ou chaloupe, dit plus de la navigation du XVIIe siècle qu'un grand trois-mâts posé sur une commode.

Pour aller plus loin sur ce point : Personnage historique national de Henry Hudson, sur pc.gc.ca.

Questions fréquentes

Qui était Henry Hudson et à quelle époque a-t-il vécu ?

Un navigateur anglais actif au début du XVIIe siècle, né vers 1565-1570 et disparu en 1611. Il commandait des navires affrétés par des compagnies de commerce anglaises et néerlandaises, avec pour mission de trouver une route vers l'Asie par le nord. Sa vie avant 1607 n'est pratiquement pas documentée.

Qu'a découvert Henry Hudson ?

Il n'a trouvé aucun passage vers l'Asie, mais il a relevé et fait connaître aux Européens le fleuve Hudson jusqu'à hauteur d'Albany, le détroit d'Hudson et la baie d'Hudson, ainsi que le fond de la baie James. Son voyage de 1607 vers le Spitzberg a également signalé l'abondance des baleines, ce qui a lancé une pêche intensive dans ces eaux.

Pourquoi l'équipage du Discovery s'est-il mutiné ?

Après un hivernage complet dans la baie James, les vivres étaient épuisés et une partie de l'équipage accusait le capitaine de favoritisme dans la distribution des rations. Hudson avait aussi promu et rétrogradé des hommes sans explication, dont son second Robert Juet. Au dégel, plutôt que de rentrer, il voulait poursuivre l'exploration : c'est ce qui a déclenché le passage à l'acte, le 23 juin 1611.

Comment Henry Hudson est-il mort ?

On l'ignore. Il a été mis à la chaloupe avec son fils John et sept autres hommes, sans navire pour les recueillir, dans une baie glacée à des milliers de kilomètres de l'Europe. Aucune trace, aucun objet, aucun vestige ne permet de dire s'ils ont atteint la côte ou combien de temps ils ont survécu.

Henry Hudson était-il un pirate ?

Non. Il travaillait sous contrat pour la Muscovy Company puis pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, avec obligation de rendre un journal et un rapport. Un pirate agit hors de tout mandat et vit de prises ; un corsaire dispose d'une lettre de marque en temps de guerre. Hudson n'entre dans aucune de ces deux catégories, et il meurt quarante ans avant la période 1650-1730 qu'on appelle l'âge d'or de la piraterie.

Les mutins ont-ils été punis à leur retour en Angleterre ?

Non, ils ont été acquittés lors du procès de 1618. Les meneurs présumés étaient morts avant le retour, les survivants se sont mutuellement dédouanés, et les informations géographiques qu'ils rapportaient intéressaient assez les marchands de Londres pour que l'affaire ne soit pas poussée plus loin. Robert Bylot, l'un d'eux, est reparti dès 1612 vers le même secteur.

Avant de raconter un capitaine, regarde son navire et son équipage : le tonnage, les vivres embarquées à bord, le nombre d'hommes à nourrir. La moitié des décisions qu'on met sur le compte du caractère s'expliquent par ces trois chiffres.