Claes Gerritszoon Compaen : La légende des pirates néerlandais

Claes Gerritszoon Compaen : La légende des pirates néerlandais

Presque tout ce qu'on raconte sur Claes Gerritszoon Compaen vient d'un livret imprimé aux Pays-Bas juste après sa mort, en 1660 : 't Begin, Midden en Eynde der Zee-Rooverijen, Van den Alderfameusen Zee-Roover Claes G. Compaen. Faits vérifiables et inventions y sont mêlés, et les historiens de la Zaanstreek n'ont jamais fini de les trier.

Ce qui tient debout hors du livret est plus court : un homme né à Oostzaan en 1587, mort au même endroit le 25 février 1660, une commission de course délivrée par l'Amirauté néerlandaise, des prises, un litige, une grâce. Une carrière de mer active qui tient dans une petite dizaine d'années.

Je pose ici les trois couches séparément : les actes datés, le récit imprimé de 1660, la légende du trésor enterré. Avec, au passage, cinq réflexes de lecture qui servent pour n'importe quel récit de pirate.

L'essentiel
  • Claes Gerritszoon Compaen naît en 1587 à Oostzaan (Hollande-Septentrionale) et y meurt le 25 février 1660 ; sa période active en mer se situe vers 1621-1627.
  • Il commence marchand sur la côte de Guinée, puis navigue en corsaire avec une commission de l'Amirauté néerlandaise, avant de basculer dans la piraterie après un litige sur une prise restituée.
  • On lui attribue plusieurs centaines de navires capturés, écoulés d'abord sur la côte ouest de l'Irlande (comté de Clare), ensuite à Salé et sur la côte marocaine (Safi, Mogador).
  • Pas de tête de mort chez lui : les sources parlent d'un simple pavillon bleu uni hissé au moment de l'attaque.
  • Il obtient une grâce de la République néerlandaise vers 1626-1627 et finit ses jours à terre, à Oostzaan, ce qui est rare pour un homme de ce parcours.
  • Le trésor enterré et le titre de « pirate le plus redouté de la mer du Nord » viennent du livret de 1660, dont la part de fiction est admise.

Qui était Claes Gerritszoon Compaen

Un marin d'Oostzaan, village de Hollande-Septentrionale au nord d'Amsterdam, né en 1587 et mort chez lui le 25 février 1660. Marchand avant d'être corsaire, corsaire avant d'être pirate, gracié avant ses quarante ans.

Ses premiers voyages le mènent sur la côte de Guinée, dans le commerce, à une époque où les navires néerlandais y croisent les Portugais et où l'armement d'un bateau marchand ressemble déjà à celui d'un navire de guerre léger. C'est là qu'un capitaine apprend deux choses utiles : négocier une cargaison, et se battre pour la garder.

La suite est consignée dans les papiers de l'Amirauté plutôt que dans les récits. Compaen obtient une commission, autrement dit l'autorisation officielle d'attaquer les navires ennemis de la République et de faire juger ses prises. À ce moment-là, il n'est pas pirate : il travaille sous pavillon, pour un État, avec un dossier à rendre.

Pour aller plus loin sur ce point : À l'origine du drapeau pirate | France Culture, sur radiofrance.fr.

Le compas de route, l'outil qui décide d'un cap vers 1620

Sur un pont des années 1620, la carte sert à préparer, le compas à tenir la route. Une aiguille aimantée sur rose des vents, dans un boîtier de laiton ou de cuivre, tenue à la main ou suspendue dans l'habitacle près de la barre.

Le format n'a rien d'anecdotique. Un instrument de bord se juge d'abord à sa taille : assez petit pour tenir dans une paume et se glisser dans une poche de veste, une dizaine de centimètres tout au plus, assez lisible pour se relever d'un coup d'œil sur un pont qui bouge. Les boussoles de style ancien qu'on trouve aujourd'hui reprennent exactement cette silhouette de poche.

Quant à la teinte cuivrée qu'on associe à ces objets, elle vient du matériau, pas de l'esthétique : le laiton résiste au sel mieux que le fer, et il se patine au lieu de rouiller. La couleur chaude est un effet secondaire devenu, quatre siècles plus tard, le signe visuel de l'instrument de navigation ancien.

Du corsaire au pirate : une prise refusée

Le basculement de Compaen tient à une décision administrative. Une de ses prises est contestée, puis restituée par l'Amirauté, et il perd le bénéfice d'une capture qu'il estimait régulière. À partir de là, il navigue pour son compte.

Le détail paraît mince, il explique en partie tout le reste. Un corsaire vit d'un contrat : commission, part réservée à l'armateur, part à l'État, prises jugées devant un tribunal. Quand le tribunal tranche contre lui, il n'a plus qu'un navire, un équipage à payer et un cap à choisir.

Mon critère de tri entre les deux statuts est toujours le même : regarder qui perçoit sa part et au nom de qui le pavillon est hissé. Tant qu'une prise de Compaen passe devant l'Amirauté, il est corsaire. Le jour où le butin se vend directement dans un port étranger sans passer par un juge, le mot change.

Plusieurs centaines de prises, et deux ports pour les écouler

On attribue à Compaen un nombre de captures qui se compte en centaines. Le chiffre vient du livret de 1660 et ne peut pas être vérifié navire par navire ; ce qui est mieux établi, c'est là où les prises se revendaient.

Premier point d'appui : la côte ouest de l'Irlande, dans l'actuel comté de Clare. Des baies profondes, peu de contrôle, des acheteurs qui ne demandent pas de papiers. Un pirate n'a pas besoin d'une grande place forte, il a besoin d'un mouillage sûr et d'un marché.

Second point d'appui : Salé, sur la côte atlantique du Maroc, puis Safi et Mogador. Salé abritait alors une communauté corsaire organisée, avec ses armateurs et ses règles de partage. Pour un capitaine hollandais coupé de son Amirauté, c'était le seul endroit où une cargaison se transformait en argent sans juge néerlandais au bout de la chaîne.

Sur un ponton de bois, une carte marine, une boussole en laiton et un lainage plié face à la baie brumeuse aux falaises vertes.
Sur un ponton de bois, une carte marine, une boussole en laiton et un lainage plié face à la baie brumeuse aux falaises vertes.

Ce type de trajectoire suppose des bâtiments rapides, capables de tenir la mer du Nord comme la route du Maroc. On sort ici du gros trois-mâts de bataille pour entrer dans la famille des coques taillées pour la vitesse, celles dont je parle plus volontiers dans les fiches de navires et bateaux pirates.

Un pavillon bleu uni, sans tête de mort

Compaen n'arborait pas de Jolly Roger. Les sources lui prêtent un pavillon bleu uni, hissé au moment de l'attaque. Rien de dessiné, rien de macabre : une couleur pleine.

Chronologiquement, c'est logique. Les pavillons noirs à crâne et ossements sont surtout attestés dans les décennies 1710-1720, du côté des Antilles et de l'Atlantique nord ; Compaen navigue quatre-vingt-dix ans plus tôt. Le signal de l'époque, c'est la couleur : un pavillon qu'on change au dernier moment pour annoncer que la discussion est terminée.

Pavillon bleu uni aux bords effrangés, hissé sur un mât de bois gréé de cordages, sous un ciel gris.
Pavillon bleu uni aux bords effrangés, hissé sur un mât de bois gréé de cordages, sous un ciel gris.

J'ai un faible pour ces pavillons-là, unis ou dessinés à la main, un peu maladroits, plutôt que pour les motifs parfaitement symétriques sortis d'un logiciel. Un pavillon bleu hissé sur une drisse mouillée, ça se voit de loin et ça ne raconte d'histoire à personne.

La grâce, puis la légende du trésor d'Oostzaan

Vers 1626-1627, Compaen obtient une grâce de la République néerlandaise, rentre au pays et s'installe à Oostzaan, où il vit encore plus de trente ans. Mourir vieux et à terre, dans son village, est la partie la plus improbable de son histoire, et c'est la mieux attestée.

La légende commence là. Le livret de 1660 et la tradition locale lui prêtent une fortune ramenée du Maroc, cachée quelque part autour d'Oostzaan, jamais retrouvée. Des recherches de trésor ont bien eu lieu localement, sans rien donner, et aucun inventaire ni acte notarié connu ne vient étayer l'affaire : c'est un récit de village, du même genre que ceux qui entourent une dizaine d'autres maisons de capitaines en Europe.

Elle a pourtant la vie dure, parce qu'elle raconte quelque chose de plaisant : un homme rentré chez lui avec de quoi vivre, et un coffre sous la terre pour les générations suivantes. Les coffres au trésor d'aujourd'hui, en bois cerclé de métal, viennent en droite ligne de cette imagerie plus que d'un inventaire de bord réel.

Dans la pratique Pour une chasse au trésor de jardin, l'indice qui fonctionne le mieux avec des enfants de six à huit ans est une direction à suivre plutôt qu'un plan dessiné. « Vingt pas vers l'est, puis regarde sous la bâche » les occupe plus longtemps qu'un plan dessiné, parce qu'il faut se mettre d'accord sur la direction avant d'avancer.

La boussole, le seul objet de cette histoire qu'on peut mettre dans une main

Du parcours de Compaen, on ne peut ni reconstituer un navire ni hisser un pavillon d'amirauté. Un compas de poche, si : c'est l'objet de bord le plus simple à transmettre à un enfant, parce qu'il fait quelque chose de visible et de vérifiable, il montre le nord.

J'organise depuis quelques années la chasse au trésor d'anniversaire de ma nièce et de ses cousins, et l'objet qui change le jeu, c'est celui qui sert vraiment. Une carte brûlée aux bords amuse cinq minutes ; un boîtier qu'on ouvre, qu'on stabilise à plat et qui donne une direction tient un groupe de six enfants sur toute la longueur du jardin.

Elle ne conviendra pas à qui cherche un objet de vitrine : la matière est du plastique, l'aspect cuivré est un effet de finition, et un adulte qui veut un instrument en laiton posé sur une étagère de bureau sera déçu. Pour de la navigation réelle en mer ou en randonnée, il faut un compas de relèvement ou un compas de route, et non un accessoire de déguisement comme celui-ci.

Matière : plastique. Dimensions : 13 x 6 cm. Style indiqué : boussole pour enfant. Utilisation annoncée : déguisement pirate, jeux de rôle, chasse au trésor, apprentissage de l'orientation, avec indication du nord. Le poids et l'âge conseillé ne sont pas précisés.

Lire le livret de 1660 sans avaler la légende

Le texte imprimé après sa mort reste une source utilisable, même si une partie de son contenu est inventée. Il donne des noms de ports, des routes, un enchaînement crédible, et il ajoute des épisodes moraux, des chiffres arrondis et un trésor. Le travail consiste à séparer les deux, pas à jeter le tout.

Voici l'ordre dans lequel je regarde ce genre de récit :

  1. Dater la source. Un livret publié l'année de la mort du personnage n'est pas un témoignage de bord : c'est un produit d'édition écrit pour se vendre.
  2. Chercher l'acte. Registre paroissial, commission de course, jugement de prise, acte de grâce : une ligne d'administration vaut dix pages de récit.
  3. Se méfier des chiffres ronds. « Plusieurs centaines de navires » se recopie d'un auteur à l'autre sans jamais s'appuyer sur une liste nominative.
  4. Séparer le lieu du butin. Un port nommé et documenté (Salé, Safi, le comté de Clare) ne valide pas le contenu des cales qu'on lui attribue.
  5. Demander qui gagne quoi. Un imprimeur d'Amsterdam vend mieux un pirate repenti et un trésor caché qu'un capitaine gracié qui finit ses jours au calme.

Les livrets néerlandais de ce type sont en partie numérisés du côté de la bibliothèque numérique des lettres néerlandaises (DBNL), ce qui permet de voir à quoi ressemblait réellement l'objet : quelques feuillets, un titre à rallonge, et une intention commerciale assumée.

Compaen comparé aux autres corsaires passés pirates

Son cas éclaire une frontière que la plupart des récits écrasent : entre corsaire et pirate, il n'y a souvent qu'une décision de tribunal. Compaen en sort gracié, d'autres finissent pendus pour un parcours voisin.

Le contre-exemple le plus net est William Kidd, parti d'Angleterre avec une commission en règle et exécuté à Londres en 1701 pour piraterie. Même point de départ administratif, issue opposée. J'ai détaillé ce basculement dans l'article consacré à William Kidd, chasseur de pirates devenu pirate, et la comparaison avec Compaen tient en une question : qui, à terre, avait intérêt à ce que l'affaire se termine bien.

Reste la troisième couche, celle des objets. Ni le pavillon bleu ni le compas de laiton de Compaen n'ont été conservés, à ma connaissance. Ce qui circule aujourd'hui, ce sont des accessoires de jeu et de décoration inspirés de cette époque, et la collection de boussoles de Piraterie Shop est l'endroit où regarder les formats et les finitions disponibles si ce type d'instrument t'intéresse.

Ce qu'il faut savoir

Claes Gerritszoon Compaen a-t-il vraiment existé ?

Oui. Sa naissance à Oostzaan en 1587 et sa mort au même endroit le 25 février 1660 sont documentées, comme sa commission de corsaire auprès de l'Amirauté néerlandaise. Ce sont les détails de ses exploits, et non son existence, qui dépendent du livret de 1660.

Combien de navires a-t-il capturés ?

On lui en attribue plusieurs centaines, chiffre issu du récit imprimé après sa mort et jamais reconstitué prise par prise. Retenir « plusieurs centaines » comme un ordre de grandeur transmis par une source d'édition me paraît plus honnête qu'avancer un total précis.

Pourquoi un pavillon bleu et pas une tête de mort ?

Parce que le crâne et les ossements appartiennent à une autre période, principalement les années 1710-1720. Dans les années 1620, un pavillon de couleur pleine, hissé au dernier moment, suffisait à signaler l'attaque. Le bleu uni attribué à Compaen s'inscrit dans cette pratique.

Le trésor enterré à Oostzaan existe-t-il ?

Rien ne le prouve. La légende vient du livret de 1660 et de la tradition locale de la Zaanstreek, sans acte notarié ni fouille documentée pour l'appuyer. Elle appartient au folklore du village, ce qui n'enlève rien à son intérêt comme récit.

Corsaire ou pirate, comment trancher pour lui ?

Les deux, successivement. Tant que ses prises passaient devant l'Amirauté néerlandaise et que l'État touchait sa part, il était corsaire ; à partir du litige sur la prise restituée et de la revente directe en Irlande puis au Maroc, il opérait pour son compte. La grâce de 1626-1627 clôt la seconde période.

Quelle boussole choisir pour une chasse au trésor d'enfant ?

Un boîtier de poche, léger, qu'une petite main peut tenir à plat sans effort : autour de 13 cm de long, ça suffit largement pour un jardin ou une salle. Explique-lui de s'éloigner d'un portail, d'un vélo ou d'une rambarde en acier avant de lire l'aiguille, sinon la direction indiquée sera fausse et le jeu tourne court.

't Begin, Midden en Eynde der Zee-Rooverijen, Van den Alderfameusen Zee-Roover Claes G. Compaen « Le commencement, le milieu et la fin des pirateries du très fameux pirate Claes G. Compaen », titre du livret imprimé aux Pays-Bas en 1660.