Le Golden Hind : Le voyage de Sir Francis Drake vers l'immortalité
Le navire qui a quitté Plymouth en décembre 1577 ne s'appelait pas Golden Hind. Il s'appelait Pelican. C'est en 1578, devant le détroit de Magellan, que Francis Drake le rebaptise Golden Hind, la biche dorée des armoiries de Christopher Hatton, l'un des bailleurs de fonds de l'expédition. Le geste s'adresse à un bailleur de fonds, pas à l'équipage.

Ce que l'on résume aujourd'hui en « bateau pirate » est en réalité un galion corsaire de taille moyenne, armé et commissionné avec l'aval d'Élisabeth Ire. Sa modestie, une trentaine de mètres de coque et 100 à 150 tonneaux, explique en partie le tour du monde : un gros navire n'aurait pas passé les mouillages du Pacifique.

Six points suffisent à vérifier presque tout ce qu'on lit sur ce navire : le nom, le statut juridique, le gréement, les dimensions, le déroulé du voyage, et l'écart entre le navire de 1577 et les répliques du XXe siècle. Ces six points sont le fil de l'article, avec les chiffres et les dates à l'appui.
- Galion anglais lancé en 1577 sous le nom de Pelican, rebaptisé Golden Hind par Drake en 1578.
- Deuxième circumnavigation réussie de l'histoire (1577-1580), après celle achevée par la Victoria de l'expédition Magellan en 1522.
- Environ 31 m de coque, 6,1 m de maître-bau, 100 à 150 tonneaux, une vingtaine de canons, 60 à 80 hommes à bord.
- La prise du galion espagnol Nuestra Señora de la Concepción a rapporté un butin d'argent qui a allégé une partie des dettes de la Couronne anglaise.
- Le navire d'origine a pourri à quai à Deptford et a disparu au milieu du XVIIe siècle : ce que l'on visite à Londres est une reconstruction lancée en 1973.
- Quatre répliques grandeur nature ont été construites au XXe siècle ; deux subsistent, à Londres et à Brixham.
Ce que l'on croit savoir du Golden Hind, et ce qui se vérifie
Le nom circule partout : notices de musée, boîtes de maquette, jeux vidéo, articles de blog. Il se retrouve aussi en silhouette sur les stickers muraux à motif de navire vendus pour les chambres d'enfant. Et il se retrouve mélangé, très souvent, avec Barbe Noire et l'âge d'or de la piraterie, qui lui est postérieur d'un bon siècle.
L'écart chronologique est le premier tri à faire. Drake navigue sous Élisabeth Ire, dans les années 1570. Les équipages des Caraïbes dont on tire les pavillons noirs et les tricornes appartiennent à la période 1650-1730. Deux mondes différents, deux types de navires, deux régimes juridiques.
- Le nom: lequel, à quelle date, et pourquoi ce changement.
- Le statut: corsaire mandaté ou hors la loi.
- Le gréement: ce qui fait un galion et pas autre chose.
- Les dimensions: longueur, largeur, tonnage, équipage.
- Le voyage: 1577-1580, étape par étape.
- Le navire dont on parle: l'original de 1577 ou une reconstruction moderne.
Il faut distinguer plusieurs choses sur ce sujet : l'histoire attestée par les archives élisabéthaines, les reconstructions du XXe siècle qui donnent une idée du volume sans être des pièces d'époque, et le costume pirate de fête, qui n'a rien à voir avec Drake. Ces trois usages se côtoient, mais aucun ne sert de preuve pour les autres.
Point 1 : vérifier le nom, Pelican d'abord, Golden Hind ensuite
La quille est posée vers 1575, le navire est lancé en 1577 et quitte Plymouth sous le nom de Pelican. Le nouveau nom apparaît en 1578, en Patagonie, avant le passage du détroit de Magellan.
Christopher Hatton portait une biche dorée dans ses armoiries. Il figurait parmi les soutiens financiers et politiques de l'expédition, à un moment où Drake venait de faire exécuter Thomas Doughty, un gentilhomme lié à Hatton, pour mutinerie. Rebaptiser le navire à ce moment précis tient du calcul politique, pas d'un usage de marin.
Autre détail qui embrouille les recherches : les deux graphies se côtoient. Golden Hind pour le navire historique, Golden Hinde pour la reconstruction visitable à Londres. Quand une page mélange les deux, elle mélange souvent aussi les deux navires.
La flottille de départ comptait cinq unités : le Pelican, l'Elizabeth, le Marigold, le Swan et le Christopher. Un seul est rentré à Plymouth.
Point 2 : vérifier le statut, corsaire et non pirate
Drake navigue avec l'accord de la reine, une part du butin remontant à la Couronne. C'est la définition d'un corsaire : un particulier armé en guerre par mandat d'un État, qui rend des comptes et partage.
Le vocabulaire mérite d'être tenu, parce qu'il sert à trier les objets et les récits. Le corsaire agit sous lettre de course. Le flibustier et le boucanier appartiennent au monde caraïbe du XVIIe siècle, entre chasse, contrebande et raids. Le pirate agit pour son compte, hors de toute autorité, et ce que rapportent ses prises ne finance aucun trésor public.
Mon critère de tri habituel tient en une question : qui perçoit sa part, et au nom de qui le pavillon est hissé. Pour le Golden Hind, la réponse est écrite dans les comptes anglais : la reine encaisse. En avril 1581, à Deptford, Drake est anobli à bord de son propre navire. On ne fait pas ça à un hors-la-loi.
Point 3 : vérifier le gréement, à quoi reconnaît-on un galion
Trois mâts, dont deux portant des voiles carrées et un mât d'artimon en voile latine, plus le beaupré et sa civadière. Un château arrière élevé, un gaillard d'avant plus bas que sur les caraques du siècle précédent, une coque plus effilée. Voilà la silhouette.
Le Golden Hind portait deux ponts, des sabords de batterie et une vingtaine de canons de calibres mêlés, entre pièces longues et pièces courtes. Un galion est un compromis : assez de port en lourd pour rapporter une cargaison, assez d'artillerie pour la défendre, assez de tenue pour tenir l'Atlantique.

La comparaison avec les navires de l'âge d'or éclaire la différence. Un sloop ou une goélette misent sur la vitesse, le faible tirant d'eau et la fuite ; ils enlèvent une prise et disparaissent. Le galion mise sur le canon et la capacité de charge. Si tu veux creuser cette logique des petits gréements rapides, je l'ai détaillée dans mon article sur la goélette à trois mâts Tern.
Point 4 : vérifier les dimensions, un navire plus petit qu'on ne l'imagine
Environ 31 m de coque, 37 m hors tout avec le beaupré, 6,1 m de maître-bau, 2,7 m de tirant d'eau. Le tonnage annoncé varie entre 100 et 150 tonneaux selon les sources, pour un déplacement d'environ 120 tonnes.
À bord, 40 à 60 marins et une vingtaine d'officiers, gentilshommes et artisans. Trois ans dans ce volume, avec les vivres, l'eau, la poudre, le bois de rechange et le butin, donne une idée de la promiscuité. Un charpentier, un forgeron, un aumônier, des musiciens : l'équipage embarquait aussi des compétences, pas seulement des bras.
Cette taille modeste est un avantage de navigation. Un navire de 2,7 m de tirant d'eau entre dans des baies mal connues, mouille près d'une plage, et peut être couché sur le flanc pour un carénage sans installation portuaire. Drake a fait exactement cela plusieurs fois pendant le voyage, notamment sur la côte californienne. Un vaisseau de 500 tonneaux ne serait jamais revenu.
Point 5 : vérifier le voyage, 1577-1580 étape par étape
Départ de Plymouth en décembre 1577, escales sur la côte d'Afrique de l'Ouest et aux îles du Cap-Vert, traversée de l'Atlantique. Hivernage à Port San Julián, en Patagonie, où Thomas Doughty est jugé et exécuté en 1578.
Le détroit de Magellan est franchi en seize jours, ce qui est rapide pour l'époque. À la sortie, une série de tempêtes disperse la flottille : le Marigold disparaît, l'Elizabeth rentre en Angleterre. Le Golden Hind continue seul.
Suit la remontée de la côte pacifique, Valparaíso, Callao, une succession de prises sur des navires espagnols qui ne s'attendaient à aucune menace de ce côté du continent. En mars 1579, au large de l'Équateur, Drake capture le Nuestra Señora de la Concepción, surnommé Cacafuego, et sa cargaison d'argent, d'or et de pièces. C'est la prise qui change la nature de l'expédition.
Escale ensuite sur la côte de Californie, baptisée Nova Albion, pour caréner et refaire les vivres. Puis la traversée du Pacifique, les Moluques, un traité d'épices avec le sultan de Ternate, un échouage sur un récif près de Célèbes en janvier 1580, le cap de Bonne-Espérance, et le retour à Plymouth le 26 septembre 1580.
Le butin est difficile à chiffrer précisément, les comptes ayant été volontairement brouillés. Ce qui est documenté, c'est que la part revenant à la Couronne a suffi à éponger une bonne partie de sa dette, et que les investisseurs ont récupéré plusieurs fois leur mise.
Point 6 : vérifier de quel navire on parle, l'original a disparu
Après 1580, le Golden Hind est amarré à Deptford, sur la Tamise, et montré au public comme un monument. Il se dégrade sur place pendant des décennies et disparaît au milieu du XVIIe siècle, démoli ou effondré.
Quelques objets sont dits faits de son bois : un fauteuil conservé à la Bodleian Library d'Oxford, une table au Middle Temple de Londres. L'attribution repose sur la tradition et sur des dons anciens, pas sur une analyse qui trancherait la question. Je la donne comme telle.
Le reste appartient au XXe siècle. Quatre répliques grandeur nature ont été construites, et la plus visitée est celle de Londres, amarrée à St Mary Overie Dock, dans Southwark : une reconstruction lancée en 1973, qui a réellement navigué avant de devenir navire-musée. Elle donne le volume, l'échelle des entreponts et la hauteur du château arrière. Elle ne donne pas une pièce d'époque.
| Navire | Date | Lieu | Statut actuel |
|---|---|---|---|
| Pelican / Golden Hind (original) | Lancé en 1577 | Plymouth, puis Deptford | Disparu : laissé à quai, pourri et détruit au XVIIe siècle |
| Golden Hind de Southend-on-Sea | 1947 | Southend-on-Sea | N'existe plus |
| Golden Hind de Brixham (1re) | 1963 | Brixham, Devon | Remplacée |
| Golden Hind de Brixham (2e) | 1988 | Brixham, Devon | Toujours visible sur le port |
| Golden Hinde de Londres | Lancée en 1973 | St Mary Overie Dock, Southwark | A navigué, aujourd'hui navire-musée visitable |
Représenter un galion chez soi : mur, maquette ou set de construction
Trois solutions, trois contraintes. Le mur ne coûte aucune surface utile. La maquette demande une étagère et un dépoussiérage patient du gréement. Le set de construction demande de la place au sol et un moment de montage.
En 1993, à neuf ans, j'ai découpé une tête de mort dans un vieux drap noir avec ma mère pour un anniversaire déguisé, et ce drapeau est resté punaisé au-dessus de mon lit jusqu'au collège. C'est resté ma référence pour la décoration de chambre : ce qui tient au mur se regarde tous les jours, donc ça se choisit pour la silhouette, pas pour le détail.
Une représentation de navire se juge d'ailleurs à la distance de recul. Sous 60 cm de large, on lit la silhouette de près, au-dessus d'un lit ou d'un bureau. Au-delà de 80 cm, le galion tient un pan de mur entier et se reconnaît depuis la porte. Le détail des sabords, lui, ne se voit à aucune de ces distances : ce qui reste lisible, ce sont les trois mâts, les voiles gonflées, le château arrière et l'inclinaison de la coque sur la vague.
Dernier paramètre, souvent oublié en chambre d'enfant ou près d'une salle d'eau : l'humidité et la poussière. Une surface lisse en vinyle s'essuie d'un chiffon. Un gréement en fil et en bois se dépoussière pièce par pièce, au pinceau souple, et supporte mal une pièce humide.
Deux réserves. Ce motif est un galion générique, pas un portrait documenté du navire de Drake : si tu cherches une représentation fidèle du Golden Hind avec son pavillon et ses armoiries, ce n'est pas ce qu'il faut regarder. Et le vinyle réclame un mur lisse : sur du crépi, sur une peinture de moins de trois semaines ou sur un support poussiéreux, l'adhérence sera mauvaise et les angles se relèveront. Dans ce cas, une maquette posée sur une étagère ou un des bateaux miniatures à exposer rend mieux service.
Poser un sticker mural sans bulles
- Nettoie le mur à sec, puis laisse-le parfaitement sec avant la pose.
- Positionne le motif avec du ruban de masquage et marque deux repères de niveau au crayon.
- Décolle le support par le haut, sur quelques centimètres seulement.
- Applique en chassant l'air du centre vers les bords, à la raclette plastique ou avec le plat de la main.
- Descends progressivement en retirant le support, sans tirer sur le film.
- Termine par les angles et les pointes de mât, les zones qui se relèvent en premier.
Pour un enfant de deux ou trois ans, le mur reste la seule option raisonnable côté navire : les maquettes et les sets classiques comportent des pièces trop petites. Les bateaux de type Duplo sont l'entrée en matière habituelle à cet âge, avec de grosses briques et un coffre à trésor manipulable.
Sur la cohérence du décor, une remarque de vocabulaire. Un galion élisabéthain s'associe très bien à une carte marine, une longue-vue posée sur une étagère, une boussole. Un pavillon Jolly Roger, lui, appartient aux équipages de 1650-1730 : rien n'interdit de le hisser au-dessus du lit, mais ce n'est pas l'époque de Drake.
L'essentiel d'abord
La date, toujours. Un navire de 1577 n'a rien à voir avec l'âge d'or de la piraterie, et ce seul repère élimine la moitié des approximations qui circulent sur le Golden Hind.
Ensuite le gréement sur l'image : trois mâts dont un latin à l'arrière, château arrière haut, gaillard d'avant plus bas. Un deux-mâts bas sur l'eau n'est pas un galion, c'est un sloop ou une goélette, et il appartient à un autre siècle. Puis le tonnage annoncé, qui recadre vite les descriptions grandiloquentes.
Sur une représentation décorative, l'ordre change : lisibilité de la silhouette à trois mètres d'abord, matière et nettoyage ensuite, dimensions par rapport au mur disponible enfin. Les motifs au tracé un peu irrégulier, dessinés à la main, me plaisent davantage que les silhouettes parfaitement symétriques, parce qu'on y voit encore le geste du dessinateur.
Mon conseil, pour finir sur le sujet : traiter le Golden Hind comme un objet d'histoire maritime, avec ses dates et ses chiffres, et assumer à part le registre pirate, celui du jeu, de la fête et du déguisement. Les stickers muraux pirate de Piraterie Shop couvrent les deux styles si tu veux comparer les formats et les motifs disponibles.
Les questions qu'on me pose
Quel était le nom du bateau de Francis Drake ?
Il en a eu deux. Le navire du tour du monde s'appelait Pelican au départ de Plymouth en 1577, puis Golden Hind à partir de 1578. Plus tard, en 1588, Drake commandait le Revenge face à l'Armada espagnole : c'est un autre navire, plus grand, et une autre histoire.
Quelle est la citation célèbre de Sir Francis Drake ?
La plus reprise est sa réponse pendant la partie de boules à Plymouth, en 1588, quand on lui annonce l'approche de l'Armada : il aurait répondu qu'il y avait le temps de finir la partie et de battre les Espagnols. L'anecdote est rapportée bien après les faits et aucune source contemporaine ne la confirme. La prière « Disturb us, Lord », qui circule beaucoup sous son nom, n'est pas non plus attestée comme étant de lui.
Quel est le plus gros galion du monde ?
Il n'y a pas de réponse unique, parce que les galions ont été construits pendant deux siècles avec des tonnages très différents. Historiquement, les galions de Manille du XVIIIe siècle, comme le Santísima Trinidad, comptent parmi les plus gros jamais gréés, plusieurs fois le tonnage du Golden Hind. Parmi les navires qui naviguent aujourd'hui, le Galeón Andalucía, reconstruction espagnole mise à l'eau à la fin des années 2000, est souvent présenté comme le plus grand de ce type.
Quel est le bateau le plus connu d'Angleterre ?
Le HMS Victory, vaisseau amiral de Nelson à Trafalgar, conservé en cale sèche à Portsmouth, est probablement le plus visité et le plus reproduit. Suivent le clipper Cutty Sark à Greenwich, l'épave de la Mary Rose à Portsmouth, et le Golden Hinde de Southwark. Ces quatre navires couvrent quatre époques, du XVIe au XIXe siècle.
Peut-on visiter le Golden Hind aujourd'hui, et est-ce le navire d'origine ?
On peut visiter une reconstruction, pas le navire d'origine. Celui de 1577 a disparu au XVIIe siècle. La réplique de Londres, lancée en 1973 et amarrée à St Mary Overie Dock à Southwark, se visite ; celle de Brixham, dans le Devon, datée de 1988, est également accessible sur le port.
Le Golden Hind était-il un bateau pirate ou un navire corsaire ?
Un navire corsaire. Drake agissait avec l'aval d'Élisabeth Ire, une part du butin remontait à la Couronne, et il a été anobli à bord en 1581. Les archives espagnoles, elles, le tiennent pour un pirate, ce qui est logique de leur point de vue : les prises visaient leurs navires et leurs ports.
Un sticker mural de galion tient-il dans une chambre d'enfant, et comment l'entretenir ?
Sur un mur lisse, propre et sec, oui. Le vinyle s'essuie avec un chiffon légèrement humide, sans produit abrasif, ce qui règle la question de la poussière. Les limites sont connues : crépi, peinture fraîche de moins de trois semaines, murs mal dépoussiérés, et un décollement suivi d'un repositionnement qui abîme souvent le film. Prévois la hauteur en fonction du mobilier, un motif masqué à moitié par une tête de lit ne sert à rien.
« Il n'y a rien qui déplaise davantage à un marin que de voir un navire mal gréé sur une image : la voilure, on la reconnaît avant le nom du bateau. » Erwan Cadiou